Politique

Mobilisation contre la Loi El Khomri

« Casseurs ». Refuser la diversion du gouvernement et la dépolitisation du débat

Publié le 17 juin 2016

« ...ou alors ça va péter ! » dit le slogan de manif repris par des centaines de milliers parfois. Or, souvent dès que la presse dominante dénonce quelques vitrines cassées ou quelques projectiles jetés, les directions syndicales n’hésitent pas à dénonces « les casseurs », à faire le « tri » entre les bons et les mauvais manifestants. « Nous ça fait trois mois qu’on dit au gouvernement : il faut stopper les casseurs (…) Pourquoi il n’y a pas d’ordre de donnée aux policier d’empêcher les casseurs de frapper le long des manifestations ? », déclarait Philippe Martinez de la CGT sur le plateau du JT de France 2 le 15 juin. Les mêmes qui sont en train d’enterrer le mouvement exigent que la police puisse vraiment « arrêter les casseurs » sans même pas dénoncer la brutalité de la police que subissent les manifestants depuis plus de trois mois.

Philippe Alcoy

Il s’agit précisément d’une façon d’alimenter le discours qui légitime la répression contre l’ensemble du mouvement ; une façon de justifier la répression contre des camarades qu’on taxe de « casseurs » pour justifier leur interpellation et condamnation. Une façon de diviser le mouvement. Regrettablement, parfois même des représentants de « l’extrême gauche » adoptent ce discours.

Mais en même temps quel embarras pour eux quand des journalistes réactionnaires sortent des photos et des vidéos montrant des syndicalistes s’affrontant à la police. Car la réalité est bien différente sur le terrain : une grande partie de ceux et celles qu’on va appeler « casseurs » ce ne sont que des camarades, des travailleurs, des jeunes qui se défendent face aux provocations, intimidations et à la répression de la police. Et c’est bien cette réaction que le gouvernement cherche pour tenter de décrédibiliser le mouvement en le présentant comme un regroupement de personnes violentes.

En effet, quand on se fait gazer, matraquer, arrêter, quand on subit l’arrogance des forces de répression, il n’y a pas besoin d’être « casseur » pour vouloir se défendre, parfois en ayant envie de balancer quelque chose. C’est de « l’auto-défense » primaire ; presque de l’impuissance face à la répression d’un côté et à la politique « responsable » (vis-à-vis de l’Etat et non des manifestants) des directions syndicales, de l’autre.

Quant à ceux que la presse dominante appelle les « casseurs », il faut refuser la dépolitisation du débat que le gouvernement et le patronat, aidés par la presse capitaliste, essayent de mettre en place déviant l’attention sur « la violence ».Dans le mouvement il y a plusieurs secteurs et courants politiques qui interviennent. Nous avons d’importantes divergences avec certains parmi eux, mais ce sont des divergences politiques entre des personnes qui se battent contre cette loi de régression sociale.

Il y a des actions de groupes autonomes qui desservent le mouvement effectivement et nous ne partageons pas certaines de leurs méthodes. Mais, le problème de ces actions n’est pas tant qu’elles peuvent être parfois « violentes » mais qu’elles relèvent de l’initiative d’une minorité en dehors des cadres d’auto-organisations que se donne le mouvement. Et cela, sans parler de l’efficacité des certaines actions elles-mêmes pour faire avancer le rapport de forces de ceux qui s’opposent à la Loi El Khomri.

Mais les critiques et débats que l’on peut avoir au sein du mouvement ne se confondent aucunement avec les « condamnations » de la part de ceux qui nous répriment, nous exploitent et manipulent l’opinion pour faire passer leurs attaques. Face à la répression de l’Etat on ne fera pas « le tri » parmi les gens mobilisés. La violence vient principalement de la part de la police, de la Justice, du gouvernement et notamment du patronat. Ce sont les manifestants, la jeunesse, les travailleuses et travailleurs, les classes populaires de ce pays les principales cibles de la violence. Une violence physique directe mais aussi la violence des licenciements, de la dégradation insupportable des services publics, de la pression au travail, de l’humiliation du chômage chronique. Voilà la violence que nous condamnons !