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Début de la campagne officielle

Catalogne. Des élections pour restaurer l’autorité espagnoliste et étouffer le mouvement populaire

La campagne électorale en Catalogne s’ouvre cette semaine. Et, avec elle, commence aussi une nouvelle vague de mesures répressives. Sous prétexte de maintenir l’impartialité des moyens de communication publics catalans pendant la campagne, la commission électorale centrale a interdit à Catalunya Ràdio et à TV3 l’emploi de certaines expressions telles que « prisonnier politique », « conseillers emprisonnés », « Président Puigdemont » ou « gouvernement exilé ».

Alors que Jordi Cuixart, Jordi Sanchez, Oriol Junqueras et Joaquim Forn demeurent en prison, Carles Puigdemont et d’autres conseillers sont toujours exilés à Bruxelles sous peine d’être emprisonnés à leur tour s’ils reviennent en Espagne.

Or, le plus choquant de de cette campagne n’est pas l’oppression sous laquelle elle se déroule, mais le recul de la lutte pour le droit à l’autodétermination de la Catalogne. Les élections du 21 décembre sont conçues, notamment par le PDeCat et l’ERC, comme le dernier outil pour exprimer le refus du 155 et défendre le résultat du référendum du 1 octobre sous le regard de l’Espagne et de l’Union Européenne.

Le coup institutionnel du gouvernement de Madrid vise justement à empêcher toute tentative de réalisation effective du programme indépendantiste. On pourrait aussi rappeler que M. Rajoy a déjà déclaré que si le bloc indépendantiste gagnait, ceux-ci devraient abandonner la DIU (Déclaration Unilatérale d’Indépendance) sous risque d’une nouvelle application de l’article 155.

Face à cette situation d’impuissance la CUP, bien qu’encore rattachée à la direction bourgeoise du procès, a compris qu’une grande partie du travail de ses militants est de mettre en place des cadres d’auto-organisation populaire. Or, ERC et PDeCAT, sans avoir un réel programme stratégique au-delà des élections du 21 décembre, continuent pourtant à être les forces politiques incontestables et cherchent à désarticuler et réorienter le mouvement populaire qui commence à les dépasser. Leur priorité est de rediriger le processus indépendantiste vers la voie parlementaire.

En outre, cet étouffement du mouvement indépendantiste n’est pas un fait isolé ou secondaire, mais le premier pas d’un processus réactionnaire qui vise à renforcer le régime du pouvoir espagnol en difficulté depuis la crise économique de 2008. L’État espagnol ne bataille pas seulement pour empêcher l’indépendance de la Catalogne, mais surtout pour s’assurer, à n’importe quel prix, le pouvoir et la légitimité nécessaires pour continuer à appliquer ses mesures d’appauvrissement et d’austérité.

Dépasser, donc, l’horizon imposé pour les élections du 21 décembre et mettre en place et défendre une stratégie consciente d’échec de la voie parlementaire reste central. Car les travailleurs et les classes populaires de Catalogne, mais aussi du reste de l’Espagne, ne pourront vaincre le régime réactionnaire de 1978 qu’en construisant une direction révolutionnaire et en travaillant pour la massification, l’extension et la coordination l’auto-organisation populaire et ouvrière en lutte pour une Catalogne indépendante, ouvrière et socialiste.

Crédit Photo : AFP




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