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Monde

Le mouvement étudiant catalan et la question de l'Indépendance

« On tend à l’union des ouvriers et des étudiants » : interview de Marta et Veronica, militantes et étudiantes catalanes

En visite à Barcelone, une délégation française de Révolution Permanente a interviewé deux militantes du CRT (Corriente Revolucionaria de Trabajadores y Trabajadoras) dans le mouvement étudiant catalan, à propos du mouvement indépendantiste.

Révolution Permanente : Quel est l’état d’esprit parmi les jeunes et les étudiants catalans aujourd’hui ? Tu pourrais nous raconter la suite d’événements qui ont mené au blocage et à l’occupation de la fac à Barcelone et comment cela s’est mis en place, organisé, quelles étaient les forces présentes qui ont dirigé le mouvement… ?

Marta : En réalité, l’occupation du rectorat a été la réponse des étudiants à la répression du premier octobre qui s’est matérialisée par l’arrestation des 14 membres de l’équipe d’Oriol Junqueras. L’occupation a été, en un sens, dirigée par le front unique Universitats per la República qui est composé des jeunes des partis qui constituent le front souverainiste, allant de la Juntsxsi et ERC à la CUP. Et, en réalité, le climat qu’il y avait était un climat tel que le mouvement étudiant ne pouvait pas rester impassible face à l’attaque répressive. Et ça a vraiment été une occupation massive à laquelle des milliers d’étudiants ont participé et beaucoup d’entre eux étaient indépendants de la direction. Des groupes comme Pan y rosas et No pasaran y ont aussi participé, aux côtés de milliers d’étudiants qui étaient dans le rectorat. À ce moment-là, diverses activités se sont mises en place à l’initiative d’Universitats per la República, surtout des concerts, des conférences et ce type d’événements. Cependant, une partie des étudiants pensait qu’il fallait profiter du moment pour que la jeunesse s’organise, en développant des assemblées, en profitant de ce moment d’effervescence […] pour vraiment créer des assemblées massives. De là, on a commencé à faire des assemblées avec la base des étudiants qui proposaient de developper un mouvement combinant la lutte pour le référendum, pour qu’on puisse voter en Catalogne avec les revendications plus sociales de la jeunesse et du mouvement étudiant, qui est un secteur qui a été attaqué dans les dernières années, pas seulement par le gouvernement espagnol mais aussi par le gouvernement de la Generalitat avec Puigdemont et Junqueras à la tête. Voilà la situation.

RP : On voit des revendications plus sociales émerger dans la mobilisation – à la base plus démocratique, comment se placent les étudiants vis-à-vis de ça ? Est-ce que vous pensez que le mouvement étudiant et le mouvement ouvrier doivent se lier ? Si oui, à quel moment cette liaison peut-elle avoir lieu, comment militez-vous en ce sens ?

Veronica : Bon, comme le disait Marta, il y a un secteur qui s’organisait au travers d’assemblées, et ce secteur-là voulait unir ce qu’on appelle les « demandes nationales » telles que défendre le referendum, le droit à l’auto-détermination, avec des demandes plus historiques du mouvement étudiant comme la gratuité de l’éducation, la fin de la précarité du personnel de l’enseignement et étendre ces demandes au reste du milieu de l’éducation : l’enseignement secondaire, la formation professionnelle, etc. Et en ce sens, on tend à l’union des ouvriers et des étudiants. Dans la grève du 3 octobre, dans la grève générale, en tant qu’étudiants participant à ces assemblées, nous sommes allés, en tant que bloc critique, accompagnés de quelques travailleurs et travailleuses de Telepizza qui sont des jeunes précarisés, accompagnés aussi de travailleurs de Moviestar et d’autres secteurs de l’éducation. Et par exemple, la banderole principale était : « Un bloc critique pour l’université gratuite », « Défendons l’université gratuite, faisons la grève générale ».

RP : Réunis à 400 en assemblée générale, les étudiants toulousains ont voté une motion de soutien au peuple catalan, aux revendications démocratiques et au droit à l’auto-détermination. Que pensez-vous de cette motion ?

Marta : Nous remercions vraiment cette preuve de solidarité de la part des étudiants français car le droit à l’autodétermination est une question démocratique qu’il faut défendre en Catalogne et ailleurs. C’est réellement une chose positive de pouvoir compter sur le soutien de la jeunesse qui n’est pas catalane. De même, nous voulons saluer la jeunesse française qui s’est mise debout pour la deuxième fois contre la deuxième loi Travail. Je crois qu’il faut continuer à approfondir cette démonstration de solidarité internationale. Car ces deux luttes, celle du peuple catalan comme celle de la classe ouvrière et de la jeunesse française, si on les mène jusqu’au bout, devront renforcer cette démonstration d’internationalisme par l’unité, la meilleure unité possible de la classe ouvrière et de la jeunesse catalanes, de l’ensemble de l’État espagnol et de la France.




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