Monde

Interview d’Antonio Zonca, FGTB-Hainaut

Caterpillar. ‘Ce sont des bandits. Ils gèrent l’usine comme la guerre en Syrie !’

Publié le 2 septembre 2016

L’information a fait l’effet d’une bombe en Belgique. L’annonce, vendredi 2 septembre, de la fermeture définitive du site Caterpillar de Gosselies, dans la banlieue de Charleroi, fait la une des médias. Très remontés, les salariés présents à l’intérieur et une soixantaine de leurs collègues, à l’extérieur, ont bloqué les grilles d’entrée une partie de l’après-midi, et des actions sont prévues dès lundi. C’est ce dont parle, pour Révolution Permanente, Antonio Zonca, secrétaire permanent pour la province du Hainaut du syndicat des métaux de la FGTB, le principal syndicat belge.

« C’est scandaleux, s’insurge Zonca. Il y a quinze jours encore, on était la meilleure usine du groupe. Jusqu’à il y a peu, les ouvriers ont produit, produit, produit, sans s’arrêter, y compris lors de samedis obligatoires qui étaient inscrits dans la dernière convention. La direction a expédié tout le matériel à l’export, il ne reste presque rien sur site. C’est à ce moment-là qu’ils ont fait l’annonce ».
Le fait que l’information tombe un vendredi ne relève pas du hasard. « La dernière fois, déjà, le 28 février 2013, lorsque la direction avait annoncé le licenciement de 1 300 ouvriers sur le site de Gosselies, ils avaient choisi un vendredi, la veille d’un weekend. C’est stratégique. Si les médias ont dit que seuls 60 ouvriers bloquaient l’entrée, vendredi, au cours de l’après-midi, c’était sans compter ceux qui étaient à l’intérieur ».

Le Premier ministre libéral (droite) Charles Michel, de même que le gouvernement Wallon, se sont rendus immédiatement sur place après que la multinationale a annoncé son intention de fermer le site de l’usine belge. « Le syndicat, dit Zonca, attend que les politiques se mouillent. Mais c’est vrai qu’au vu de la politique libérale que mène Michel dans le pays, ça m’étonnerait fort. De toute façon, la décision a été prise aux Etats-Unis, directement, au plus haut-niveau. Ces gens-là gèrent l’usine comme ils font la guerre en Syrie. Ce sont des bandits ».

Pour ce qui est de la suite, « et on va se concerter avec les autres syndicats, assure Zonca. Une AG est prévue après le weekend. Mais on reçoit d’ores et déjà des messages de solidarité de tout le pays, pas seulement de Wallonie, mais également de Flandres. Au niveau des sous-traitants, qui seraient également directement impactés par la fermeture, il y a beaucoup de colère. Au niveau des métallos, chez Carwall, à Sombreffe, près de Namur, il y a eu un débrayage dès aujourd’hui. Pour ce qui est des ouvriers de Caterpillar Grenoble, ils vont perdre également. On leur promet la production de Charleroi, mais une partie de ce qu’ils produisent devrait partir ailleurs. C’est pour cela aussi qu’on a rendez-vous avec les camarades de la CGT Caterpillar de Grenoble, mardi. C’est nous qui devions nous rendre dans l’Isère, la semaine prochaine, mais finalement, compte-tenu de la situation, ce sont eux qui viennent. Les discussions vont se poursuivre, tout au long du weekend, mais dès lundi, il y aura des actions ».

Propos recueillis par JP Clech

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