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Politique

Chez Bourdin

Ce lundi, Marine le Pen se réaffirme contre la hausse du SMIC, une des principales revendications des gilets jaunes

Ce lundi matin, face à Bourdin, Marine Le Pen a au moins eu le mérite de la constance. Sur fond de soulèvement des gilets jaunes au sujet du pouvoir d'achat, la présidente du Rassemblement National a une nouvelle fois réaffirmé son opposition à la hausse du SMIC.

Ce lundi matin, face à Bourdin, Marine Le Pen a au moins eu le mérite de la constance. Sur fond de soulèvement des gilets jaunes au sujet du pouvoir d’achat, la présidente du Rassemblement National a une nouvelle fois réaffirmé son opposition à la hausse du SMIC. Si on n’en attendait pas moins de cet ennemi du monde du travail et de la jeunesse, on peut cependant noter le numéro d’équilibriste de celle qui dit "soutenir" les gilets jaunes, mobilisés essentiellement sur la question du pouvoir d’achat.

Oui, Le Pen au pouvoir, ce serait aussi des attaques contre le SMIC et le pouvoir d’achat des plus précaires.

Le Pen n’en est pas à une contradiction près. Alors que les gilets jaunes se mobilisent essentiellement sur la question du pouvoir d’achat, comme en témoignent les revendications des gilets jaunes, Marine Le Pen (vidéo à 2min30) a réaffirmé un des éléments centraux de son programme : le refus de la hausse du SMIC – que touche pourtant les plus précaires des travailleurs. Marine le Pen se met ainsi en porte-à-faux avec l’une des revendications centrales formulées par le mouvement, l’"augmentation du smic à 1 300 euros net", réaffirmant une nouvelle fois que son "soutien" aux gilets jaunes n’est qu’une manière opportuniste de surfer sur la colère sociale en vue des prochaines élections européennes.

Par ailleurs, elle ne dit pas un mot du "plafonnement de tous les salaires à 15.000 euros par mois", autre revendication centrale des gilets jaunes...

Ce refus de l’augmentation du SMIC, Marine Le Pen le justifie comme elle le faisait déjà début 2017, en soutenant que "cela entraînerait une charge supplémentaire pour les entreprises, qui sont déjà dans une très grande fragilité dans notre pays", sans faire aucune distinction entre petites entreprises et grandes multinationales. Face au mouvement des "gilets jaunes", où une franges des classes moyennes paupérisées se mobilise – dont des artisans, auto entrepreneurs et parfois des petits patrons – Marine Le Pen tente un tour de passe-passe en affirmant que ce SMIC pèse sur les petites entreprises. Cette dernière oublie, au passage, que les très grandes multinationales profitent à plein régime d’un SMIC au plus bas, étant donné qu’il est l’aiguillon général des salaires. En effet, une hausse du SMIC entraîne une pression à la hausse sur les salaires proches du SMIC ou intermédiaires. 

Dans ce cadre, celle qui dit « soutenir les gilets jaunes » affirme vouloir supprimer certaines cotisations sociales pour « financer cette mesure » : une manière de remettre, en définitive, en cause la Sécurité Sociale pour tous, ou encore un système de retraite solidaire et socialisé. C’est ce qui signifie en réalité la mort annoncée des institutions de protection sociale - retraites et sécurité sociale - financées par ces cotisations, déjà grandement fragilisées par les politiques du gouvernement. Cette position n’est pas nouvelle, Marine le Pen l’ayant déjà avancée dans son programme.

Il est correct de dire, toutefois, qu’une frange des petits artisans et commerçants est littéralement écrasée par les grandes entreprises, et que leur paupérisation progresse à vue d’œil. Parmi les gilets jaunes sont effectivement présents une frange des classes moyennes qui dirigent des petites entreprises et qui meurent sous le poids des taxes et la pression du grand capital. Mais la solution est-elle vraiment de déshabiller Pierre pour habiller Paul, comme le propose Marine le Pen, c’est-à-dire de refuser une hausse d’urgence et minimale du SMIC pour les plus précaires (d’autant plus s’ils sont étrangers), pour les mettre dos à dos avec les petits patrons ? Une manière de toujours plus diviser et fragmenter ceux qui, pourtant, coagulent d’une certaine manière leurs colères face aux politiques de Macron. 

En réalité, ce n’est ni une taxation sur les importations – comme le propose Marine le Pen – ni la suppression des cotisations sociales qui pourront apporter une réponse à l’ensemble de la population. Cette réponse viendra d’une nationalisation des grandes entreprises et des secteurs clés de l’économie, sous contrôle ouvrier et au bénéfice de l’ensemble de la grande masse de la population.

Actuellement, ce sont effectivement les banques et les multinationales qui dirigent l’économie du pays. Et à condition de s’emparer de ces banques et industries, et les diriger au service de la population, le niveau de vie pourra effectivement sur le champ être augmenté, y compris par une hausse du SMIC ! 

Toutefois, il ne s’agit pas là de prendre aux TPE et PME, mais bien aux grandes entreprises. Comme l’écrit Trotsky, ce n’est pas aux dépends, mais bien au bénéfice des petites producteurs que l’économie devra être nationalisée sous contrôle ouvrier : 
« Mais la nationalisation des grands moyens de production et d’échange ne signifie absolument pas l’étouffement des petites entreprises paysan­nes, commerciales et artisanales. Au contraire ce sont les grands mono­poles privés qui étranglent les petites économies.

Non seulement les petites entreprises seraient laissées libres, mais les travailleurs ayant nationalisé les grandes entreprises pourraient leur venir en aide. L’économie dirigée, appuyée sur les immenses richesses accumulées par les banques, trusts, sociétés anonymes, etc. permettrait d’établir un plan de production et de distribution qui offre aux petits producteurs privés des commandes directes de la part de l’État, des matières premières et des crédits à des conditions absolument favorables. Ainsi la paysannerie recevrait à bon marché des machines agricoles et engrais. La nationalisation par les travailleurs signifie la destruction des grands monopoles privés, le soutien des petites entreprises, une répartition des produits au bénéfice de la grande masse des producteurs. »




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