Politique

Edito

Ce que Trump et Clinton disent de la politique française

Publié le 7 novembre 2016

C’est aujourd’hui que se joue, de l’autre côté de l’Atlantique, l’une des élections les plus suivies au niveau mondial. Mais pour les classes populaires des États-Unis, le résultat du vote ne changera pas grand-chose à leur situation. Sans même parler des centaines de milliers de citoyens afro-américains qui sont privés de leur droit de vote pour avoir été condamnés pour des délits mineurs par une justice raciste, ceux qui se rendront aux urnes auront juste le droit de choisir, fondamentalement, entre un multimillionnaire ultraréactionnaire aux propos xénophobes, antimusulmans, anti-latinos et misogynes, et l’ancienne ministre des Affaires étrangères d’Obama qui a été de tous les mauvais coups de l’administration démocrate, et qui a soutenu toutes les interventions impérialistes ces dernières années. Ses derniers discours patriotiques, sur la nécessité de réunifier une nation qui aurait été déchirée au cours de la campagne électorale, soit autant d’appels du pied sur sa droite, ne laissent rien présager de bon quant au programme qu’elle mettrait en œuvre si elle était élue.

Alors, bien entendu, Trump et Clinton, c’est loin d’être bonnet blanc et blanc bonnet, mais les travailleurs, les jeunes, les habitants des quartiers de Harlem, de Detroit ou de South Central n’ont que faire de savoir à quelle sauce ils seront livrés aux appétits du grand capital et de Wall Street. Car c’est bien le point commun de ces deux candidats, en dernière instance : la défense du système, indépendamment des charges anti-élites de Trump.

Et pourtant, cela fait plusieurs semaines que l’on nous rebat les oreilles sur le fait que Clinton doit gagner et que l’élection de Trump serait un désastre. C’est ce que nous ont servi tous les socialistes de gouvernement ces derniers temps. Mais c’est également ce dont se sont fait l’écho certains à gauche, comme le montrent les dernières déclarations de soutien de Pierre Laurent à la candidate démocrate. C’est la logique du « moins pire », voire de la soumission à l’aile « progressiste » du système bipartiste qui bat son plein, comme d’habitude.

Trump et Clinton sont pourtant l’expression de la pire de la politique aux États-Unis. Ils représentent, d’ailleurs, une tendance à l’œuvre ici également : d’un côté, le basculement sur la droite extrême de la droite la plus classique et, de l’autre, le glissement de « la gauche » vers l’extrême centre. C’est ce que nous proposent les deux primaires à venir en France, celle de la droite et celle de « la gauche », avec des chevaux de retour et des politiciens qui ont tous, peu ou prou, appliqué la même politique lorsqu’ils étaient aux responsabilités.

C’est pourtant une autre logique qu’il faudrait imposer. C’est la raison pour laquelle il aurait été important qu’aux États-Unis les jeunes qui ont contesté la toute puissance des « 1% » et de Wall Street pendant le mouvement Occupy, ceux qui ont bataillé pour imposer, dans plusieurs secteurs, dont la restauration rapide, un salaire minimal de 15 dollars de l’heure, celles et ceux qui descendent dans la rue depuis plus de deux ans contre les assassinats policiers de jeunes afro-américains, puissent s’exprimer, en toute indépendance. Notre solidarité, demain, ira à celles et ceux qui construiront les luttes à venir, aux États-Unis, contre le futur locataire de la Maison-Blanche.

C’est la raison pour laquelle, ici également, la jeunesse qui est descendue dans la rue au printemps, les équipes syndicales qui ont contesté les licenciements, les reculs dans les entreprises au nom des accords de compétitivité et qui se sont opposés à la loi Travail, celles et ceux qui étaient à Amiens en défense des Goodyear, celles et ceux qui défilent contre les violences policières, comme ce samedi, à Paris, pour exiger justice et vérité pour Adama, doivent « faire front » en toute indépendance, dans la lutte mais également, pourquoi pas, sur le terrain politique. Car nous valons bien mieux que les Trump et les Clinton français qui sont dans les starting-blocks, mieux également que la fausse gauche qui s’apprête à emboîter le pas au candidat qui sortira de la primaire socialiste, mieux aussi que les hommes providentiels qui estiment incarner « la » solution sans jamais parler de rupture avec le capitalisme ni même avec cette république de classe et raciste. C’est ce front qu’il nous faut construire si l’on veut se préparer pour affronter les mauvais coups du prochain locataire de l’Elysée.