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Monde

Menaces impérialistes ou coup de bluff ?

Ce qui se cache derrière le discours guerrier de Trump à l’ONU

A la tribune de l'Assemblée générale des Nations Unies, Trump a égrainé le nom de ses ennemis : Corée du Nord, Iran, Venezuela et Cuba. On le voit bien, cette défense de l'intérêt national n'est pas synonyme d'isolationnisme.

Sur un ton belliqueux et menaçant, Donald Trump a fait ses débuts à l’Assemblée générale des Nations Unies, lieu qui sert de vitrine à la diplomatie internationale. En 41 minutes, le président américain a martelé le nom des ennemis des États-Unis, tout comme George W. Bush l’avait fait avec son célèbre "axe du mal". Il a décrit les lignes directrices fondamentales de la politique étrangère de son gouvernement, guidée par le principe de l’« Amérique d’abord », s’adressant à sa base électorale mais aussi aux leaders mondiaux au travers de messages à l’adresse des alliés comme des adversaires et états « voyous ».

Trump a fait quelques définitions générales qui, sans aller jusque de la « grande stratégie », comme celle de « l’endiguement » ou de « l’équilibre de la terreur » expérimentée durant la guerre froide, tentaient de surmonter la contradiction apparente entre le nationalisme que prêche la Maison-Blanche et le besoin impératif de maintenir un certain ordre international qui profitera aux États-Unis en premier lieu. Bref, la défense de l’intérêt national (et des alliés menacés) n’est pas synonyme d’isolationnisme.

Barack Obama, Hillary Clinton et avant eux, les néoconservateurs et George W. Bush ont déguisé leurs guerres sous le couvert de « l’intervention humanitaire » et de « l’expansion des valeurs occidentales », d’exportation de la « démocratie » et de la proposition de « construire des nations ». Mais ces guerres ont entraîné des catastrophes en Irak, en Afghanistan ou encore en Libye.

Trump a posé la « souveraineté nationale », « l’État-nation » et le « patriotisme » comme le fondement d’alliances et de « coopérations internationales » et a donc tenté de démontrer que son slogan America First n’est pas seulement compatible avec le militarisme et l’intervention militaire ciblée. Or tout cela montre surtout qu’après un début flou le retour aux principes traditionnels de la politique étrangère des États-Unis est inévitable.

Ce principe de "souveraineté et d’intérêt national" régit les États-Unis (America First) et ses alliés, avec lesquels ils entendent partager plus équitablement le fardeau du maintien de l’ordre libéral dont ils disposent (Allemagne et membres de l’OTAN en premier lieu). Il en va tout autrement pour ceux désignés comme les ennemis des États-Unis (et de l’humanité) : le Corée du Nord, l’Iran, le Venezuela, Cuba (et le « socialisme »).

Trump a montré son arrogance caractéristique. Il a menacé de « détruire totalement » la Corée du Nord en désignant le leader nord-coréen Kim Jong-un par le surnom de "Rocket man" comme s’il était un méchant sorti d’un comic. Selon certains analystes, si « le feu et la fureur » pouvaient être lus comme une politique de changement de régime, la « destruction totale » doit être interprétée comme la possibilité d’une action militaire. Mais cette dernière n’est pas envisageable par le ministère de la Défense et de l’État. Pour l’instant, Trump semble dépendre du resserrement des sanctions imposées par l’ONU à la Corée du Nord ainsi que de la volonté de la Chine de faire pression sur Kim, un allié problématique du géant asiatique.

Pour l’Iran, Trump, avec l’aide de Netanyahou et du régime saoudien, tentera de modifier et de repousser au maximum l’accord nucléaire signé par Obama sous les auspices des Nations Unies.

Que ce soit par le renforcement du militarisme à l’intérieur des frontières nationales ou à l’international, ou par la pression des sanctions économiques et par la menace des guerres commerciales, la politique agressive de l’impérialisme américain sous Trump augure des temps tumultueux.

Trad. ED




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