Genres et Sexualités

Contre les violences faites aux femmes

Ce samedi, le cri #NiUnaMenos se fera entendre au Pérou. Manifestons notre solidarité à Paris !

Publié le 11 août 2016

Ce samedi, une manifestation nationale contre les violences faites aux femmes aura lieu au Pérou, reprenant le slogan déjà international de "Ni Una Menos" (Pas une [victime] de moins). A Paris, un collectif de femmes s’est monté ces dernières semaines pour répondre à l’appel, par delà les frontières. Rendez-vous est donné, samedi 13 août, à 17h sur l’esplanade du Trocadéro (lien vers l’évenement facebook ici). Contre les violences faites aux femmes, notre solidarité n’a pas de frontières !

Joe Zapata
Traduit de l’espagnol par Flora Carpentier

Au mois de juillet, deux cas d’agressions de femmes ont été au cœur de l’actualité au Pérou et ont ouvert un débat à propos de la violence de genre.

Ces faits ont conduit à l’appel sur les réseaux sociaux à une mobilisation nationale #NiUnaMenos [Pas une de moins] autour du slogan « S’ils s’en prennent à l’une d’entre nous, ils s’en prennent à nous toutes », qui aura lieu ce samedi 13 août dans tout le pays.

Une justice de classe au service de l’oppression de genre

Les cas de violence de genre ont pris une importance particulière après que la justice a décidé de laisser en liberté, avec des peines de prison avec sursis, les agresseurs de Lady Guillén et Arlette Contreras, les deux femmes agressées. Ce verdict a provoqué l’indignation des victimes, et de la population en général, contre la justice péruvienne.

Les agissements de la justice péruvienne sont similaires à ceux de la justice du Brésil, d’Argentine, des Etats-Unis ou de partout ailleurs dans le monde. Pour s’en convaincre, il suffit de songer à un récent cas de viol collectif d’une jeune femme des favelas au Brésil ; la justice avait montré son véritable visage machiste, en ne se souciant aucunement des répercussions de ce viol et en prétextant des « détails juridiques » pour justifier son inaction. Celle-ci n’a fait que légitimer la violence exercée par les suspects qui avaient pourtant été identifiés. De même en France, deux policiers accusés de viol par une femme canadienne ont récemment bénéficié d’un non-lieu alors que de nombreuses preuves existaient contre eux.

A l’inverse, on peut songer à la condamnation récente à 8 ans de prison prononcée à l’encontre d’une femme à Tucuman, en Argentine : alors qu’elle subissait une fausse couche, elle a été accusée par l’équipe de soignants d’avoir provoqué la situation pour avorter, et a été condamnée pour homicide volontaire.

Ces deux exemples montrent à quel point une justice qui ne peut dissimuler son caractère de classe fait preuve d’une efficacité redoutable dans certains cas, et reste les bras croisés dans d’autres cas. Ainsi, la violence de genre n’a pas de frontières et repose sur une justice machiste qui nie les preuves et les plaintes des femmes violentées.

La violence de genre au Pérou

En matière de violence de genre, les chiffres concernant le Pérou sont glaçants : le pays occupe la première place en terme de violences sexuelles dénoncées en Amérique Latine, et la seconde parmi les pays de la région en terme de féminicides.

Le Ministre de la Femme et des Populations Vulnérables du Pérou déclare que 7 femmes sur 10 au Pérou ont souffert de maltraitance physique ou psychologique due à leur conjoint, et qu’au cours des cinq derniers mois, près de 6 000 cas de violences domestiques et sexuelles ont été rapportés, alors qu’il n’existe que 46 foyers d’accueil pour les victimes. D’un autre côté, un organisme de défense des droits humains indique que 33% des victimes de violences machistes avaient dénoncé préalablement leur agresseur, sans qu’il ne soit donné de suite à leur plainte.

#NiUnaMenos

Les violences faites aux femmes sont un problème structurel dans la société capitaliste, dont les gouvernements sont responsables. Elles sont en effet légitimées, reproduites et justifiées par la Justice, l’Eglise et les grands médias. Face à la gravité de la situation, il est indispensable qu’émerge un grand mouvement des femmes, affrontant le gouvernement et ses projets, cessant de faire confiance à ces institutions dont nous ne pouvons rien attendre en ce qui concerne les droits légitimes des femmes.

La mobilisation du 13A (13 août) doit être le début d’une lutte à travers laquelle s’exprime notre force pour faire du slogan #NiUnaMenos (#PasUneDeMoins) une réalité, car nous sommes convaincues que nos droits ne se mendient pas mais sont conquis par la lutte.

Nous n’accepterons pas une victime de plus. Le cri « Ni Una Menos », qui s’est déjà fait entendre en Argentine, en Uruguay, au Chili, au Mexique, dans l’Etat Espagnol, va se faire entendre désormais au Pérou : « Vivas nos queremos, si tocan a una nos organizamos miles » [Nous nous voulons vivantes, s’ils s’en prennent à l’une d’entre nous, nous nous organiserons par milliers »] doit être un slogan sans frontières.

Comme le disait Léon Trotsky, si nous voulons réellement transformer la vie, nous devons apprendre à la regarder à travers les yeux des femmes.