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La Loi Travail « sur mesure » dans l’automobile

Célébré par Valls et les syndicats (sauf la CGT), l’accord de compétitivité de PSA

Publié le 11 juillet 2016

Vincent Duse, CGT PSA Mulhouse, secrétaire à la communication

Cinq syndicats ont mis leur signature pour un « nouvel élan pour la croissance » chez PSA, vendredi 8 juillet. A la différence de la CFTC, CFE-CGC, FO, CFDT et de la GSEA, seule la CGT a refusé de signer un accord contre l’intérêt des salariés de la multinationale.

En grande pompe, vendredi 8 juillet, dans le cadre d’une conférence de presse commune avec la direction du groupe PSA représentée par le DRH Xavier Chéreau, les syndicats ont validé le nouvel accord de compétitivité par leur signature. Tout a été présenté comme s’il s’agissait de l’accord du siècle qui allait sauver tous les emplois et les usines et augmenter les salaires de tous les salariés. Un accord d’un autre siècle, en réalité. Contrairement à ce qui a été dit, notamment par le Premier ministre, Manuel Valls, il s’agit d’un « accord gagnant/gagnant » pour le patron ou les véritables « perdants/perdants » sont ceux qui travaillent avec une flexibilité aggravée, la précarité comme seul horizon et des salaires toujours plus bas.

De quoi s’agit-t-il en réalité pour les 55 000 salariés du groupe PSA ?

La flexibilité est la colonne vertébrale du texte. Niveau horaire, on retrouve la rhétorique de l’accord de 2013, lorsque le groupe PSA a fait croire à tous ceux qui voulaient bien le croire que le groupe était au bord de la faillite. A partir de ce moment-là, la direction pouvait nous faire travailler des samedis et des dimanches non-payés, jusqu’à cinq samedis et dimanches obligatoires, en ne payant que les majorations c’est-à-dire moins de 20 euros par journée.

Aujourd’hui la borne a été modifiée à moins 12 et plus 8 avant de pouvoir être payé à 100%. Comment parler, dans ce cadre, d’une avancée ? C’est encore des séances gratuites pour le patron qui, parallèlement, nous fera chômer pour faire baisser les stocks et ainsi remettre une pièce dans la machine. De cette manière, nous ne serons jamais positifs dans les compteurs et, à chaque fois que le patron l’aura décidé, on passera à 6 jours au boulot sans un centime de plus.

Les salariés de nuit attaqués de plein fouet

La mise en place des nuits dites partielles de 28,50, cela signifie en clair travailler de nuit avec un salaire de doublage. La prime de 300 euros mensuels, en moyenne, sera supprimée et remplacée par une prime de 400 euros, 200 au début de passage en nuit et 200 au moment où le salarié passera en doublage. Il s’agit d’une véritable arnaque et surtout de la suppression de la prime de nuit.

« 1000 embauches sur le groupe PSA sur 3 ans », vraiment ?

Alors là, c’est le foutage de gueule complet. On parle de 1000 embauches sur le groupe alors que le dernier accord signé en 2013 lui avait permis de supprimer 17.000 emplois et de précariser les emplois et que le plan de suppressions va se poursuivre. Sur les sites, combien de CDI sont prévus ? Rien n’a été acté. Cela n’empêche pas Valls de saluer l’accord comme un « pas en avant pour l’emploi ».

C’est le bien-être au travail qui va être amélioré ?

Sur ce volet-là, également, on assiste à un enfumage de haut niveau. Il est vrai que cela fait toujours bien de mettre quelques lignes sur le bien-être au travail. Les bureaucrates syndicaux qui sont en extase devant leur PDG et qui, eux, bien sûr, ne sont pas sur les chaînes de montage, sont toujours très contents de l’effet de style. Mais c’est précisément sur les chaînes que les postes sont supprimés pour faire des gains de productivité, là où les salariés crèvent avec des cadences toujours plus élevées, à des postes surchargés à tel point que les salariés ne peuvent plus se parler et doivent courir toute la journée. C’est là que les malades et tous ceux qui ne peuvent plus tenir leur poste risquent de se retrouver sans-emploi. Rien à dire. Avec le nouvel accord, pour les ouvriers, tout va allez mieux.

La fin du blocage des salaires

Les médias martèlent que c’est la fin du blocage des salaires. Alors oui, en effet, ce qui est prévu sur la question des blocages des salaires c’est 0,45 %, soit 6 euros, alors que le PDG, Carlos Tavares, a doublé son salaire, une véritable provocation. Là, oui, on peut dire que le salaire n’est plus bloqué.

Dans les faits, ceux qui ont signé cet accord l’ont fait alors qu’il y avait des mobilisations dans les usines. A Mulhouse, il y a eu plus de 1000 grévistes le 26 mai. Sur d’autres sites la mobilisation a été importante, même si moins fournie. Mais les syndicats de collaboration qui signent des accords, uniquement pour servir les intérêts du patron, n’ont pas encore remporté la partie : la mise en œuvre de cet accord scélérat va trouver beaucoup de résistance au sein de notre classe sociale. Sur le dernier mouvement de grève chez PSA contre l’accord de compétitivité comme pour la loi El Khomri, rien n’est joué. Des signatures n’arrêteront pas la classe ouvrière organisée dans la défense de ses intérêts.

Nous n’avons à perdre que nos chaînes

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