^

Politique

Un groupe nommé Action des Forces Opérationnelles

Cellule démantelée : une montée du terrorisme d’extrême-droite sur fond de politiques xénophobes et impérialistes

Dix personnes ont été arrêtées ce dimanche, elles projetaient des attentats contre des personnes de confession musulmane. Cette opération vient mettre en lumière la montée de l’extrême-droite radicale, sur fond de politiques xénophobes et impérialistes.

Le coup de filet a eu lieu dans la nuit de samedi et dimanche. Dans plusieurs endroits en France, dix suspects ont été arrêtés. Ils gravitaient autour du groupe clandestin Action des Forces Opérationnelles (AFO), scission encore plus radicale du groupe Volontaires pour la France (VPF), qui appelle à « combattre l’islamisation du pays » et revendique 800 adhérents. Selon les premières informations, des armes auraient été saisies aux domiciles des suspects, et ceux-ci prévoyaient de se fournir en armes à feu et explosifs. Un laboratoire de fabrication d’explosifs a notamment été découvert au domicile d’un des suspects. Les terroristes prévoyaient de passer à l’acte et avaient établi une liste de personnes de confessions musulmanes : des imams « radicaux », des détenus sortis de prison en lien avec la mouvance djihadiste ou encore des femmes voilées choisies au hasard dans la rue.

Cette affaire vient mettre un coup de projecteur sur la montée préoccupante de l’extrême-droite radicale depuis plusieurs années. Ces groupes, galvanisés par la montée en puissance des idées réactionnaires, n’hésitent désormais plus à passer l’action directe, comme lors des blocages d’universités du printemps dernier où de nombreuses attaques de militants d’extrême droite ont été répertoriées, disposant d’un certain laisser faire de la part de la police et de la justice. Selon Médiapart, la multiplication de ces groupes fait l’objet d’une vigilance accrue des services de renseignement depuis plusieurs mois.

Les médias dominants présentent la montée en puissance de cette extrême-droite radicale comme une réponse à la multiplication des attentats djihadistes sur le territoire français. Mais ils omettent de dire que c’est surtout le renforcement de politiques et de discours toujours plus xénophobes, islamophobes et impérialistes qui constituent le terrain de la croissance de ces groupes radicaux. La thématique de la guerre civile contre l’islam qu’ils font leur a été introduite dans la sphère audiovisuelle par des polémistes bienvenue sur l’ensemble des plateaux médiatiques, à l’image par exemple de Zemmour et sa théorie du « grand remplacement ». Dans le même temps, l’association entre le terrorisme et les migrations est devenue un lieu commun des politiques dominants et justifient les politiques toujours plus répressives contre les migrants, à l’image de la loi Asile et Immigration adoptée récemment.

D’autre part, le recrutement des membres de ces milices d’extrême-droite en dit long sur l’école de pensée qui les a formés. Ils sont dans une large mesure issus de l’armée, des forces de répression ou des pouvoirs concentrés de l’Etat. Dans la cellule qui vient d’être démantelé, on retrouve un ancien policier ainsi qu’un haut fonctionnaire. Cette provenance des combattants est rapportée par une membre de l’administration de l’état français, [présentée par Médiapart comme une « ponte de la lutte antiterroriste »- https://www.mediapart.fr/journal/france/240618/coup-de-filet-au-sein-d-une-cellule-clandestine-de-l-ultra-droite] : « L’ultra-droite se structure de façon assez inquiétante. Et c’est vrai que l’on retrouve beaucoup de militaires ou d’anciens militaires. ».

Un lien qui n’a rien du hasard : ces terroristes d’extrême droite ont été confrontés aux déboires de l’impérialisme français dans un contexte d’une instabilité géopolitique croissante au niveau mondial. Beaucoup d’entre eux reviennent des zones de guerre d’Irak ou d’Afghanistan. Cette radicalisation exprime la volonté d’une frange, certes minoritaire mais en croissance, de passer à des moyens extra-légaux pour répondre aux difficultés de l’impérialisme français, sur le territoire extérieur mais aussi national.

Le groupe interpellé ce dimanche rappelle, bien qu’à une échelle inférieure, l’exemple de l’Organisation Armée Secrète (OAS), organisation politico-militaire clandestine créée à l’occasion de la guerre d’Algérie. Après avoir causé la mort de plusieurs milliers de personnes (entre 2 et 12.000 selon les estimations), en majorité des civils, les dirigeants de l’OAS, issus dans une grande mesure de l’administration militaire, ont été graciés à la fin des années 1960 et réintégrés à l’appareil de l’Etat, après avoir notamment participé à la répression de Mai 68. Si le niveau d’organisation de l’AFO n’a rien de comparable, c’est néanmoins à ce type de scénario que doivent se préparer ceux qui s’opposent aux méfaits impérialistes de la France, et plus en général à la politique de Macron.

Crédits photo : DENIS CHARLET / AFP




Mots-clés

Racisme   /    Extrême-droite   /    Politique