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Politique

#SansMoiLe7mai

Ces insoumis qui refusent le chantage au vote utile

Alors que le « front républicain » s'organise depuis l'annonce des résultats pour « contrer Marine Le Pen », de nombreux soutiens de Jean-Luc Mélenchon annoncent leur refus de s'engager en faveur d'Emmanuel Macron.

« Entre la peste et le choléra, j’ai choisi de ne pas être malade »

 
Après l’annonce des résultats dimanche 23 avril la déception est à son comble du côté des partisans de la France Insoumise. Jean Luc Mélenchon n’est pas qualifié pour le second tour. Pire, le 7 mai les électeurs devront choisir entre Marine Le Pen, la candidate du Front National et Emmanuel Macron le candidat d’En Marche.

Très rapidement, de nombreux appels à l’abstention émanent sur les réseaux sociaux mais aussi lors des réactions filmées à la télévision de la part de ces insoumis qui ont fait le choix de voter pour la candidature de Mélenchon au 1er tour. Le #SansMoiLe7Mai, qui se propage depuis le 23 au soir et qui avait déjà atteint les trending topics, c’est-à-dire les sujets les plus discutés sur Tweeter, appelle les électeurs à ne pas participer à un second tour qui apparaît comme truqué, piégé. « Je comptais voter @JLMelenchon au 2nd tour, mais je préfère délégitimer le vainqueur. Ni peste, ni choléra, abstention. », ou encore « Qui a mis le FN si haut ? Mélenchon ? Moi ? Non, ces politiques horribles qui seront encore au pouvoir demain ! Démerdez-vous ! », nombreux sont les militants insoumis sur qui prennent position sur la toile pour une abstention ou un vote blanc au 2nd tour.

Selon la plateforme de veille Visibrain, le hashtag #SansMoiLe7Mai a été utilisé 85.000 fois entre dimanche soir et lundi après-midi, avec des réactions partagées plus de 1.500 fois. Un refus surprenant et inédit : le 21 avril 2002, l’engagement des électeurs de gauche contre Jean-Marie Le Pen avait été massif. Souvent en se « pinçant le nez », ils avaient voté unanimement en faveur de Jacques Chirac au nom de la lutte contre la montée de l’extrême droite et du front républicain. Cette fois-ci, pour beaucoup, pas question de réitérer l’aventure en prenant parti. Le slogan s’est d’ailleurs répandu rapidement sur internet : « Ni patrie ni patron, ni Le Pen ni Macron ».

Si pour bon nombre d’électeurs de gauche, le vote utile Macron pour faire barrage au Front National ne va pas de soi, voire est fermement rejeté, c’est qu’une leçon du chantage au vote utile de 2002 a été tirée : celle que la stratégie du front républicain n’est en rien un barrage contre la montée de l’extrême droite, bien au contraire. Bien plus, la politique libérale et anti sociale des gouvernements de droite comme de « gauche » au service des classes dominantes fait le lit des idées réactionnaires et du vote FN. « La peste alimente le choléra. Ce sera #SansMoiLe7Mai ! » : la formule résume bien l’idée.

Certains vont même jusqu’à formuler l’hypothèse que dans un cas où l’abstention dépasserait les 51%, le scrutin serait invalidé et que de nouvelles élections auraient lieu, donnant une seconde chance à leur favori Jean-Luc Mélenchon. Malheureusement, c’est sans compter sur les rouages de la démocratie bourgeoise et sur ses mécanismes de maintien de l’ordre établi. Macron sera probablement élu face à Marine Le Pen, c’est en tout cas ce qui est donné dans les différents sondages, même si les initiatives militantes en faveur d’une abstention au 2nd tour pourrait entraîner un record de l’abstention, qui rendrait de fait le nouveau gouvernement plus impopulaire et moins légitime.

Le chantage au vote Macron peut-il faire plier le candidat de la France Insoumise ?

 
Du côté de Jean-Luc Mélenchon, aucune consigne de vote n’a été donnée pour le moment. Face aux pressions bien réelles dans ses rangs pour appeler à une abstention au second tour, le candidat de la France Insoumise laisse à ses soutiens le choix de la conduite à adopter pour le 7 mai et n’appelle pas à faire barrage au FN dans les urnes. En tout cas pour le moment, puisqu’aucune porte n’a été fermée à un éventuel appel au vote en faveur de Macron. On se rappelle qu’en 2002, celui qui était alors ministre délégué à l’Enseignement professionnel dans le gouvernement de Lionel Jospin avait immédiatement appelé à voter pour Chirac pour accomplir son « devoir républicain » face à l’extrême droite. À l’époque, Lionel Jospin avait tenu près d’une semaine avant d’annoncer son ralliement à son concurrent de droite.

Pour Mélenchon, la situation est délicate face à une véritable aspiration à ne pas réitérer le chantage au vote pour faire barrage à l’extrême droite. D’autant que la pression à ce que le candidat de la France Insoumise appelle ses électeurs à combattre le « danger extrémiste » en adoptant une consigne de vote ferme en faveur d’Emmanuel Macron se fait grandissante. Nombreux sont les politiciens, de droite comme de gauche, à avoir dénoncé le non-choix de Mélenchon. Pire encore, du côté des organisations qui soutenaient la candidature de la France Insoumise, les consignes sont claires et vont dans le sens de voter Macron pour faire barrage au FN. Pierre Laurent, le leader du Parti Communiste, soutien de Jean-Luc Mélenchon a déclaré ne « pas comprendre le silence » de l’ex-candidat. « Notre appel à faire barrage à Marine Le Pen, en utilisant le seul bulletin qui lui sera malheureusement opposé, est net et sans détour » a-t-il encore déclaré dans une conférence de presse. Du côté d’Ensemble ! Clémentine Autain, soutien de Mélenchon, appelle elle aussi à faire barrage à l’extrême droite.

Ces appels au vote utile Macron pour faire barrage au FN, exprimés par des soutiens directs et importants du candidat de la France Insoumise, montrent qu’il existe des contradictions dans l’appareil élargi qui a porté sa candidature. Pour Mélenchon, la situation est délicate puisqu’il existe une véritable aspiration à ne pas réitérer l’expérience traumatique du vote utile au 2nd tour, qui a démontré son inefficacité totale à mettre en échec, sur le long terme, la montée du FN.

Faire front face aux pressions, organiser la riposte face au FN et aux politiques libérales

 
D’ici le 7 mai, nombreux seront ceux qui voudront nous faire porter la responsabilité d’une éventuelle victoire de Marine Le Pen. Les déclarations grandiloquentes sur le devoir républicain face à la montée de l’extrême droite n’ont qu’un objectif : préserver les politiques en place et nous contraindre à nous ranger derrière Macron, le candidat des patrons et de la haine des pauvres. Pourtant, ce chantage au Front républicain contribue à la montée du Front National en entretenant l’idée que voter pour Marine Le Pen serait un vote anti système. Il alimente les illusions qui entourent sa candidature, qu’elle serait la candidate du peuple contre les élites. Pourtant il est clair Marine Le Pen n’est pas et ne sera jamais du côté des classes populaires.

La seule manière de lutter efficacement et durablement contre la montée des idées réactionnaires, c’est d’organiser la riposte tous ensemble et par-delà les divisions qu’on cherche à nous imposer. En ce sens, les militants du mouvement social devraient chercher à se regrouper dès le 1er mai pour organiser des cortèges contre le Front National mais aussi contre les politiques libérales, car c’est unis et dans la rue que nous pourrons affronter les idées réactionnaires de l’extrême droite, et les politiques de casses sociales qui font le lit du FN.

Photo : Bertrand GUAY / AFP




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