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Politique

Un tabassage devenu une affaire d’Etat

Champigny : Policiers tabassés. Comment Macron coupe l’herbe sous le pied à la droite et au FN

Comme l’affirme Le Figaro, dans l’édition du jour, le chef de l’Etat ne tweete pas pour un oui ou pour un non. C’est une vidéo montrant une policière tabassée par plusieurs personnes le soir du nouvel an qui aura suffi à Jupiter pour sortir de son silence. Peu prompte habituellement, que cache cette sortie ?

Rappel des faits. Dans la rue menant à la zone industrielle de Champigny-sur-Marne, dans le Val de Marne, une soirée privée était organisée dans un hangar pour le nouvel an. « On attendait 200 personnes mais il y a eu beaucoup de monde qui est arrivé », affirme un proche du propriétaire des lieux. « Il y avait des gens qui ont attendu trois heures, on leur a dit de partir », raconte Ali, témoin de la scène, au micro de LCI. Sous la pression de la foule, « la porte de la salle est tombée et les personnes sont entrées à l’intérieur en nombre important », ajoute-t-il. C’est alors que pour ramener le « calme », le propriétaire des lieux a appelé les « forces de l’ordre ».

En intégralité. « On a vu les CRS avec leurs boucliers, ils tiraient des Flash-Ball », explique Ali, montrant un large bleu circulaire sur sa cuisse, trace d’une balle reçue. Aux gaz lacrymogènes de la police, un certain nombre de personnes ripostent en jetant des projectiles. « Ça n’arrêtait pas de péter, il y avait de la fumée partout », relate Ali. Par la suite, ce sont deux policiers, un officier et une gardienne de la paix, du commissariat de Chennevières-sur-Marne, qui sont pris à partie à leur arrivée sur les lieux puis tabassés par un groupe d’une quinzaine de personnes. La scène filmée par des témoins viralise sur les réseaux sociaux. En boucle, les médias se refusent à montrer des scènes d’une rare violence.

Montée en épingle. Une policière tabassée en réunion, le film est parfait pour la droite et l’extrême-droite. Mais pour le président en exercice, en responsabilité, l’exercice est différent. C’est son premier baptême de feu sur le terrain sécuritaire. En ce sens, Macron a tenu à réagir promptement : « Les coupables du lynchage lâche et criminel des policiers faisant leur devoir une nuit de 31 décembre seront retrouvés et punis. Force restera à la loi. Honneur à la police et soutien total à tous les agents bassement agressés », a-t-il lancé par un tweet. Lynchage,lâcheté, criminel, punition et honneur pour Macron. Le vocable est important. C’est, exactement, celui employé par la droite et l’extrême droite.

Défendre sa police de proximité. Macron le sait. Il est attendu au tournant sur les questions sécuritaires, le cheval de bataille de la droite et du FN. Là encore, à première vue, Macron semble être en train de réussir son coup. Il avait déjà siphonné le programme du FN au travers d’une surenchère xénophobe sur la question des migrants. Désormais, il tente de couper l’herbe sous le pied de la droite et du FN, qui, sur ce terrain, ont sur le papier un programme encore plus sécuritaire. Le FN surenchérit avec la réforme de la présomption de légitime défense, déjà entamée par Hollande. Pour LR, « ce n’est pas d’une police de proximité que nous avons besoin, mais d’une politique de sécurité ».

Une classe politique unanime. De Macron, à la droite, au FN, il s’agit, in fine, d’un renforcement sécuritaire à venir. Il suffit pour s’en convaincre de voir que les agents de sécurité pourront désormais porter des armes tout en voyant leur pouvoir élargi, figurant le début de milices privées au service de la police, s’ajoutant à la « police de proximité » de Macron qui accentuera son occupation dans les quartiers populaires. De son côté, la France Insoumise semble ne pas changer de ton sur la question de la police. Au travers d’un communiqué, LFI a affirmé la nécessité de « renforcer les moyens humains et matériels » des forces de police, à savoir plus de « commissariats » et plus d’armes.

La violence est d’abord policière. Curieusement, les vidéos de violences policières ne font pas autant de remous politique et médiatique habituellement. Dans les quartiers populaires, d’habitude, cela commence par un contrôle au faciès. C’est ensuite palpations, insultes, voir des attouchements, agressions sexuelles et viol, jusqu’à la mort. C’est alors que le cynisme du « syndicat » policier Unité-SGP Police FO atteint son paroxysme, quand il s’agit de ressortir « la soi-disant affaire Théo à Aulnay-sous-Bois » pour illustrer la fermeté de Macron en comparaison à Hollande « qui ne s’était absolument pas enquis de l’état des policiers » après le viol de Théo.

Aulnay-Sous-Bois. Monté de toute pièce ? Du côté des médias dominants, ce n’est pas une nouveauté. Alors que tous censurent les violences policières, les morts tués des mains de la police, tous font de ce tabassage, une affaire d’Etat. Ce n’est pas étonnant, tant leur concentration au mains des grands capitalistes, Macron à leur service, est forte. En ce sens, nous ne pouvons que regretter que Médiapart, journal dit indépendant, pourtant avec une position plutôt juste quant à la mort d’Adama tué des mains des gendarmes, soit si prompt à pointer « le policier » qui sert de « punching-ball ». Cela d’autant plus que l’affaire des « deux autres policiers pris à partie », dont « l’un d’eux blessé à Aulnay-sous-Bois », comme l’affirme Mediapart dans son article, semble faire pschitt… après la vidéo exclusive publiée par Lies Breaker, qui montre « un policier de la BAC asséner des coups de poing et un coup de crosse sur un jeune homme déjà maintenu au sol. » Pour ensuite, « pointer son arme de service à hauteur d’homme ».




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