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Notre classe

Le rail et les Gilets Jaunes

Champs Elysées : Des cheminots au contact des Gilets Jaunes

Une expérience qui devrait interroger dans les rangs du mouvement ouvrier : Jeter les Gilets jaunes dans les bras des fachos ou faire entendre une autre voix… ?

Partis à pied de la gare Saint Lazare, près d’une soixantaine de cheminots venus de différentes gares sont allés, ce samedi 24 novembre, rejoindre les Gilets Jaunes aux Champs-Elysées. Loin d’être rejetés par les manifestants, ils ont montré qu’il était possible de faire entendre des mots d’ordre radicaux tels que la classe ouvrière les exprime.

Des cheminots motivés qui n’ont pas oublié

Leur premier sentiment, ce matin tôt, rassemblés devant la « bulle » de Saint Lazare en attendant l’arrivée de « Paris-Nord », a été exprimé par l’un d’entre eux : « Ca fait plaisir de se retrouver là après tous ces mois ». Signe implicite mais fort que, pour les cheminots, la lutte n’est pas terminée. Leur décision d’aller à la manif n’est pas un coup de tête ou un besoin d’activisme, elle est mûrement réfléchie. Elle résulte des liens conscients qu’ils ont établis entre les attaques dont sont victimes les cheminots et les usagers du rail, et contre lesquelles ils se sont battus avec vigueur, et les conditions de vie de plus en plus difficiles de la quasi-totalité de ceux qui endossent aujourd’hui un gilet jaune. Un rendez-vous, pour eux, à ne pas manquer… à défaut d’autres rendez-vous qu’ils ont attendus vainement.

Eux qui ont mené, pendant toute la période qui a précédé l’été, une lutte emblématique, ont une légitimité certaine pour dire et démontrer dans leurs actes que la colère populaire contre Macron est justifiée, que cette masse composite et bigarrée de Gilets Jaunes ne mérite pas notre mépris, qu’elle a besoin de l’expérience, de la capacité d’organisation et des frontières de classe qui seules permettront aux travailleurs et aux plus déshérités d’imposer leurs revendications et d’affronter le pouvoir d’un Macron ou de l’un de ses semblables. Et qu’il appartient aux travailleurs conscients de les écouter, de leur parler et de gagner leur confiance.

Le mariage des gilets jaunes et des gilets oranges sur les Champs-Elysées

Arrivés aux abords des Champs-Elysées, non loin de la place de l’Etoile, ils ont endossé leurs gilets oranges, signes de leur identité de travailleurs du rail, mais aussi, simultanément de proximité et de différence avec les gilets jaunes massés quelques mètres plus bas pour descendre les Champs-Elysées face aux CRS. Alignés derrière une longue banderole ils ont parcouru les quelques dizaines de mètres qui les séparaient de l’arrière de la manifestation en annonçant la couleur. « Faisons tous déRAILler Macron ».

Très vite la fusion s’est faite sans que les gilets jaunes manifestent le moindre rejet de ces nouveaux arrivants. Autour d’eux, des étudiants, quelques militants sans affichage politique, un T-shirt BDS, quelques keffiehs … Ici et là des échanges ont commencé, des propos pas si fachos. Simplement du ras le bol et pas mal de misère. Des jeunes, des retraités, des travailleuses, femmes de ménage venues de banlieue avec enfant, qui expriment leur misère et leur espoir que la génération qui suit tirera les leçons, une invective à l’adresse des « dirigeants syndicaux qui s’enrichissent » (mais peut-on appeler ça facho ?).

Des mots d’ordre qui expriment autrement les revendications

En dehors du mot d’ordre « Macron, démission ! » qui faisait le plein à chaque reprise, beaucoup de mots d’ordre lancés par les cheminots ont été écoutés, entendus et parfois même repris et n’ont en tout cas suscité aucune réaction négative : « De l’argent, il y en a, dans les caisses du patronat », « Taxer, taxer, les patrons pétroliers, pas les ouvriers ! », « La force des travailleurs c’est la grève », « C’est tous ensemble qu’il faut lutter, c’est tous ensemble qu’on va gagner »….

Et après…

Après une telle journée, on imagine bien que le mouvement ne va pas en rester là malgré l’entreprise de démolition du gouvernement et des médias. Déjà les gilets jaunes appellent à recommencer la semaine prochaine. Ce sur quoi compte le gouvernement c’est bien entendu le pourrissement. Chacun sait que livrés à eux-mêmes, malgré leur détermination, ils risquent de s’essouffler. Dans les rangs des organisations ouvrières et démocratiques la question est posée. Doit-on s’en réjouir ou bien faut-il, à l’instar des cheminots qui en ont fait l’expérience ce samedi 24 novembre, disputer à l’extrême droite ceux qui représentent une large partie des exploités et des opprimés.




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