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Politique

Recomposition à droite

Chez les Républicains, la fracture « En Marche » ?

Vent de panique au sein du parti de la droite républicaine. À peine remis de l’échec de François Fillon au premier tour, les Républicains s’écharpent sur la voie à suivre pour le second tour et les législatives. L’explosion des Républicains, à l’image de celle du PS, est-elle « En Marche » ?

Dès la sortie des résultats des urnes, ce dimanche 23 avril, François Fillon s’est exprimé clairement : face au Front national, il a appelé à voter pour Emmanuel Macron au second tour. Mais la déclaration politique issue de la réunion du bureau du parti de ce lundi n’est pourtant pas aussi claire : en appelant « à voter contre Marine Le Pen », sans faire référence à un vote en faveur d’Emmanuel Macron, le parti ménage son aile droite, tentée par le vote Le Pen et surtout récalcitrante à voter pour un candidat, Emmanuel Macron, qu’elle considère dans la juste continuité du mandat d’Hollande.

En effet, la frange catholique et radicale du parti, incarnée dans la tendance Sens commun qui a été à l’initiative du mouvement de la Manif pour tous, a pris publiquement position pour voter « contre Macron », qualifié d’ « ouvertement anti-famille ». Et plusieurs caciques des Républicains se sont rangés de cet avis. Parmi eux, des figures de la Droite décomplexée comme Henri Guaino, Georges Fenech, Éric Ciotti, Jean-Frédéric Poisson ou encore Nadine Morano qui se refusent à appeler en faveur du candidat d’En Marche !.

D’autres encore, même s’ils restent minoritaires, comme Christine Boutin, ex-ministre de Nicolas Sarkozy ou Françoise Hostalier, secrétaire d’État du gouvernement Juppé en 1995, se disent prêts à voter Marine Le Pen. « Voter Le Pen, ce n’est pas adhérer aux idées du FN mais c’est affaiblir [Emmanuel Macron] », a ainsi déclaré la très conservatrice et anti-avortement, Christine Boutin.

La stratégie mise en place par le mandat Sarkozy d’OPA sur les idées du Front national entre 2007 et 2012 a laissé des traces. À force de vouloir « décomplexer » la droite et d’ouvrir les vannes à une parole raciste toujours plus assumée, la frange radicale de la droite, portée par la victoire de Fillon à la primaire, se retrouve naturellement, dans ce duel improbable du second tour, poussée dans les bras du Front national. Et c’est ce que confirment les sondages concernant les reports de voix au second tour : selon les sondages Ipsos et Harris Interactive réalisés dimanche soir, bien plus que les électeurs de Mélenchon (9 à 12%), ce sont entre 23 et 33% des électeurs de François Fillon au premier tour qui seraient prêts à voter pour Marine Le Pen.

Ce qui risque de précipiter la fracture des Républicains et de pousser une partie des cadres du parti et de l’électorat du côté du Front national, c’est l’opposition que pourrait soulever, auprès de la frange la plus « décomplexée » de la droite, le ralliement d’une partie des Républicains au gouvernement Macron. Bruno Le Maire ou François Baroin, se proposant en éventuel Premier ministre, se sont d’ores et déjà dits prêts à intégrer le gouvernement en cas de victoire aux législatives des Républicains dans un gouvernement de cohabitation. Sandrine Keller, sénatrice LR du Bas-Rhin, est elle allée encore plus loin en émettant la possibilité de construire un gouvernement de coalition.

L’ancien chef de l’État, Nicolas Sarkozy, est déjà sur le pont pour mener la bataille des législatives. Débarrassé du boulet Fillon, il s’agit pour le camp républicain de faire gagner la droite. Sans prendre position sur le débat d’une éventuelle participation de la droite à une coalition pro-Macron qui menace de faire exploser le parti, Sarkozy appelle « tous les responsables de la droite et du centre au rassemblement des énergies, des talents et des compétences ». Selon une source de Mediapart, sarkozyste ayant participé à une réunion avec les proches de l’ancien chef de l’État ce mardi, le programme est en train d’être remanié : « On fait sauter l’augmentation du taux intermédiaire de la TVA, la suppression des 500000 fonctionnaires… Et on remet les heures supplémentaires. ». Moins radical, pour élargir les bases de l’électorat républicain et qui sait, le rendre plus compatible avec la formule Macron.

L’échec de François Fillon, et plus généralement d’un tournant vers un thatchérisme à la française de la droite libérale, l’alternative posée par le second tour et le débat sur une éventuelle participation des Républicains au gouvernement Macron, non pas tant sous la forme d’une cohabitation mais d’une coalition, ouvrent des brèches et des dissensions au sein des Républicains qui se retrouvent divisés entre une frange Macron-compatible et une frange radicalisée par un discours identitaire et xénophobe et bercée par les sirènes du FN. Les résultats des Républicains aux législatives vont être déterminants pour la suite. Selon s’ils parviennent à obtenir une majorité suffisante pour mener un gouvernement de cohabitation avec Macron, ou s’ils se voient contraints de faire une coalition avec En Marche !, voire avec les socialistes pour pouvoir gouverner.




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