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Politique

Assurance-chômage, la chasse est ouverte !

Chômage : Macron à l’assaut du salaire socialisé

Le gouvernement Macron a lancé jeudi dernier trois chantiers « sociaux » : les réformes de l’apprentissage et de la formation, mais surtout celle de l’assurance-chômage. Adossée à la réforme des cotisations sociales, celle-ci prolonge les attaques de l’Etat contre le salaire socialisé sous couvert d’être la mesure phare de la politique sociale de Macron.

LE PILIER SOCIAL DE LA POLITIQUE MACRONISTE, VRAIMENT ?

Depuis le jeudi 12 Octobre, le gouvernement Macron a lancé ses consultations pour une réforme de l’assurance chômage, sur le modèle de sa stratégie pour les ordonnances de réforme du marché du travail. Edouard Philippe reçoit donc les « partenaires sociaux » afin de préparer un projet de loi à l’horizon du printemps 2018. La mise en œuvre serait, elle, pour l’été suivant.

Présentée comme la contrepartie sociale de la réforme du code du travail, unanimement qualifiée de libérale, la réforme de l’assurance chômage voulue par le gouvernement Macron viserait l’extension de l’accès au chômage aux indépendants et aux démissionnaires. Alors que rien ne garantit que certains métiers précaires (livreurs, intérim…) soient concernés par le terme flou « d’indépendants », le système médiatique s’émeut d’un tel élan social. De quoi pousser Challenges à parler de « réforme très généreuse (…) à la facture potentiellement astronomique ». Certaines études parleraient d’un coût de plus de huit milliards d’euros la première année, bien que le gouvernement veuille équilibrer la réforme sur le plan budgétaire. Et pour ce faire, Macron compte sur une forte baisse du chômage… et sur le renforcement du contrôle des chômeurs. La radiation comme mesure de financement, en somme.

Difficile en effet de croire à cette version du cadeau social quand on y regarde de plus près : les chômeurs réaliseront des bilans de compétences, les contrôles et radiations pour absence de recherche seront renforcés, et les chômeurs pourraient être radiés s’ils refusent deux offres consécutivement. Et pourquoi pas des contrôles journaliers comme le recommande le Medef ?

Qui plus est, les démissionnaires auraient certes accès à un droit nouveau, mais une seule fois tous les cinq ans… et à partir du moment, comme la précisé le président Dimanche sur TF1 où cette démission vise à « construire un autre projet », entendre changer de travail. « Celui qui en a assez, on ne va pas lui donner comme ça l’accès au chômage » a bien précisé le président.

En outre, une telle réforme entraînera nécessairement un recours accru à la démission pour les séniors en fin de carrière faisant peser sur l’assurance chômage la transition entre emploi et pension de retraite. D’où aussi la proposition de faire reculer l’âge d’accès à l’indemnisation de 36 mois au lieu de 24, et aux préretraites.

UNE STRATEGIE D’ENSEMBLE CONTRE LE SALAIRE SOCIALISE

Mais le point le plus important de cette réforme est celui dont on parle le moins : la réforme de la gouvernance de l’assurance chômage. Jusque-là dirigée paritairement par les patrons et les salariés au sein des services de l’UNEDIC, la caisse pourrait être soit nationalisée, soit passée sous contrôle tripartite. Ceci est dans la continuité historique de toutes les attaques de la bourgeoisie contre le régime général originel de la Sécurité Sociale : il s’agit de reprendre aux travailleurs le contrôle de toute une partie de l’économie (santé, chômage, retraite…) qui échappe au pouvoir capitaliste et à son gardien étatique. La reprise en main progressive par l’Etat de l’institution des travailleurs qu’est la Sécurité Sociale prépare sa suppression au profit des systèmes d’assurance privée. D’ailleurs, alors que les syndicats promettent de se mobiliser si le gouvernement « baissait les indemnités ou rognait leur durée », on peine à comprendre comment cette réforme pourrait se faire à coût constant. L’équation serait « impossible » selon la numéro 2 de la CFDT, Virginie Descacq. Cette réforme ne pourrait qu’aboutir à la baisse des indemnités, ou encore à l’explosion du système, ce qui est peut-être le projet dissimulé de La République en Marche…

Dans le même temps, le gouvernement a pour autre béquille sociale le projet de suppressions des cotisations chômage et maladie compensées par une hausse de la CSG prétendument pour maintenir notre système social et faire gagner du pouvoir d’achat aux salariés ; mais il transfert ainsi le fonds de salaire socialisé et assurantiel que sont les cotisations au budget de l’Etat en le transformant en impôt, et en faisant au passage peser le poids de la réforme sur les retraités qui ne payent déjà plus de cotisations... Dès lors, l’exécutif sera libre quand il le voudra de réaffecter ses nouvelles ressources fiscales dans l’économie capitaliste, ou d’entériner la mort d’une Sécurité Sociale enchaînée en baissant la CSG. Un gain de pouvoir d’achat partiel est une illusion d’optique si la société ne fournit plus aux travailleurs la moindre aide en cas de maladie, ne verse plus d’allocations familiales, ou encore ne protège plus contre le chômage ; pire encore, toutes ses ressources sorties de la Sécurité Sociale entrent dans le système capitaliste, celui-ci commencera donc à prélever dessus ses taux de profit habituels, ne manquant pas d’accroître les coûts de la santé, des assurances et des mutuelles privées. Il est désormais proverbial de rappeler que l’économie Américaine consacre une plus grande part de son PIB aux dépenses sanitaires que l’économie Française pour une population en moins bonne santé.

En ajoutant à la réforme faussement sociale de l’assurance chômage l’intrusion de l’Etat dans sa gouvernance et le projet de suppression des cotisations salariales chômage et maladie, on comprend que la fin du régime de solidarité assurantielle est le cœur de la stratégie macroniste : le montant du chômage va être déconnecté du niveau de salaire, et nous nous acheminerons vers un minimum social universel. La conséquence directe d’un tel système libéral étant l’explosion des inégalités face à la santé et aux autres risques de la vie dans un univers absout de salaire socialisé et ainsi d’assurance sociale, livré aux dérives des mutuelles privées. Face aux attaques du gouvernement contre les acquis de hautes luttes des travailleurs, il est grand temps de faire entendre notre voix par la seule musique que le « président des riches » sait entendre, en bloquant l’économie et en faisant gémir le patronat.




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