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Jusqu'où ira l'indécence ?

Chômage : Pôle emploi organise des recrutements inspirés de « The Voice »

L'humiliation et la culpabilisation des demandeurs a encore franchi un cap dernièrement. Pôle emploi, agence du service public, a en effet décidé d'organiser des séances de recrutement sur le format de la célèbre émission « The Voice ». Une incroyable mise en compétition des plus précaires entre eux.

« This is the job. Soyez le meilleur candidat. » Voilà le slogan proposé par Pôle emploi pour ces séances de recrutement organisées depuis le début de l’automne. Le modèle, c’est donc « The Voice », l’émission de TF1 qui cherche à déceler des chanteurs de talents. Sauf qu’ici, il s’agit de recruter des personnes sans emploi.

Ces événements se déroulent selon les mêmes modalités. Les candidats défilent, debout dans la pièce pour répondre aux questions des recruteurs. Ces derniers, à l’instar du jury, sont assis dos aux demandeurs d’emploi. Lorsqu’un profil les intéresse, ils se retournent et appuient sur le buzzer prévu à cet effet. Cette méthode particulièrement dégradante, mise en place dans au moins huit agences, situées dans plusieurs départements, n’a pas manqué de créer la polémique.

« Cette initiative m’inspire de la colère et de l’inquiétude. On parle de choses sérieuses et de l’avenir des gens », s’indigne Marie Lacoste, secrétaire nationale du mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP) dans les colonnes de Streetpress. « Imaginez un peu l’humiliation ressentie par les chômeurs si aucun recruteur ne se retourne. Le rôle du service public, c’est de soutenir et d’accompagner ceux qui en ont vraiment besoin, pas de mettre les gens en compétition ! »

« Les candidats de The Voice font le choix de participer à l’émission. Là, on parle de personnes qui sont au chômage, parfois depuis longtemps. Trouver un travail c’est une nécessité. Pas un jeu », poursuit un participant. C’est donc comme cela que le service public tente de lutter contre le chômage et la situation préoccupante des plus précaires : en les mettant en compétition les uns avec les autres. En leur faisant intégrer que le fait d’obtenir un emploi – précaire lui aussi, on parle ici de boîtes d’intérim où les conditions de travail et les salaires sont peu enviables - nécessite une démarche des plus individualistes.

De son côté, l’agence essaie tant bien que mal de défendre l’indéfendable. Pôle emploi a par exemple déclaré que « cette initiative était maladroite mais bienveillante », avant d’affirmer qu’elle encourageait pleinement ces « actions innovantes » qui « cassent les codes ».

Le chômage est aujourd’hui un phénomène de masse dans notre société, qui touche environ 10% de la population active. Cela représente plus de 5 millions de personnes, dont plus de la moitié est dans cette situation depuis plus d’un an. Un chiffre qui devrait encore augmenter dans les mois à venir, alors que la conjoncture économique du pays n’est pas des plus réjouissantes. Ces recrutements ne sont qu’une illustration de plus de la tentative de criminaliser, de rabaisser et d’humilier les chômeurs pour qu’il soit prêt à accepter n’importe quel emploi.. Un message clair envoyé aux « privilégiés » qui ont un emploi, de la part d’un État qui n’a fait que faciliter les licenciements depuis des années : ne pas faire de remous pour ne pas perdre son job quitte à devoir travailler toujours plus pour gagner toujours moins.

Crédit Photo : CHAMUSSY/SIPA




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