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Politique

And the winner is…

Christian Estrosi. Un facho peut en cacher un autre

Ils sont un certain nombre à pavoiser, depuis dimanche 20h. Vieux briscards de la politique ou chevaux de retour, tous appelés à occuper la présidence des nouvelles régions, leurs premières déclarations sont tout en rondeur… pour mieux cacher leur vraie nature. Pour ce premier portrait, « the winner is… » Christian Estrosi, le facho qui l’a emporté sur l’autre facho en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Camilla Ernst

Il faut croire qu’il existe pour certains de bonnes et de mauvaises immigrations, et de bonnes et de mauvaises relations. Il y a surtout de fins manipulateurs. Parmi eux, Estrosi. La preuve : fils d’immigré italien, cela ne l’a pas empêché de remettre en cause l’application automatique de la règle du droit du sol à Mayotte.

N’étant pas à une contradiction près, il fait campagne pour la mairie de Nice en 2007, pour une ville « plus honnête et plus transparente », quand il accumule les affaires de détournement de fonds publics et autres subventions. La première remonte à 1989, dans l’Affaire du golf de Nice aux profits d’une société dont sa femme est la gérante ; la seconde à 1993, quand il voit son élection en tant que député annulée pour avoir « oublier » de déclarer la part des dépenses de sa campagne supportée par l’association « Les amis de Christian Estrosi »... Un champion de l’honnêteté donc !

Et au chapitre des contradictions made in Estrosi, la dernière en date a à voir avec ses déclarations pendant l’entre-deux tours des régionales 2015. Face à la « menace Marion Maréchal-Le-Pen », il assurait que la région PACA « ne [devait] pas être le laboratoire de l’extrême-droite ». Pour un homme qui manifestait aux côtés du FN dès 1988 pour le maintien de la Nouvelle-Calédonie au sein de la République française, et qui n’hésitait pas à passer une alliance avec le FN local en la personne de Jean-Marie Le Chevallier dix ans plus tard pour empêcher l’élection d’un président de région socialiste, cela en dit long sur ses véritables convictions politiques, ou sur le crédit qu’il peut accorder à son accord du jour avec le PS, simple manœuvre pour gagner au jeu des trônes.

S’il était encore besoin de démontrer à quel point la politique de M. Estrosi n’a rien à envier à celle préconisée par sa rivale du FN, rappelons quelques-unes de ses prises de position. S’étant prononcé ouvertement pour la peine de mort, il a finalement concédé dans sa bonne grâce à l’instauration de la perpétuité réelle, estimant en dernière instance qu’« il n’y [avait] rien d’inhumain à laisser les condamnés en prison jusqu’à la fin de leurs jours puisque c’est là qu’ils sont le mieux » ; fervent défenseur de l’empire français, comme on l’a vu dans le cas de la Nouvelle-Calédonie, il s’est positionné pour le rapatriement en France du corps de Napoléon III afin de réparer l’injustice faite à la mémoire de l’Empereur ; grand acteur sur le versant sécuritaire, autre cheval de bataille d’une droite qui n’a rien à envier à l’extrême du même nom, il porte à l’Assemblée nationale les lois sur la sécurité quotidienne et les violences en bande en 2003, puis propose de sanctionner les maires « qui ne se conforment pas à leur obligation de sécurité, de prévention de la délinquance, de lutte contre l’absentéisme scolaire et de réformes des règles d’urbanisme ».

Mais comme il fallait faire barrage à l’extrême droite, il était bien normal de voter pour un candidat aussi sympathiquement républicain, humaniste et démocrate…




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Régionales 2015   /    Extrême-droite   /    Politique