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Politique

Contre-édito

Christophe Barbier et l’Express ont découvert l’eau chaude : en effet, les trotskistes sont dangereux

Il s’est lâché, l’éditorialiste de L’Express, dans son papier faisant suite au débat à 11. Comme si Poutou ne l’avait pas laissé fermer l’œil de la nuit et qu’il s’était réveillé plus furibard que jamais le lendemain.

Offusqués ou menaçants. Dans leurs commentaires, les journalistes ont collé au plus près des réactions des amis de Bernard Arnault à la suite de la prestation de Philippe Poutou lors du débat à 11. L’une des palmes de la scribouille revient, tout de même, à Christophe Barbier. Selon l’éditorialiste vedette de L’Express, « Poutou est quelqu’un de dangereux ». Une fois n’est pas coutume, nous sommes d’accord avec la presse de droite.

S’il ne s’était agi que de dire à Fillon ses quatre vérités, il n’y aurait pas eu autant de raffut médiatique autour de l’échange entre le candidat du NPA et l’ex-premier ministre. La presse en aurait parlé autant que de l’interpellation du plus corrompu des candidats par Christine Angot il y a quelques jours, à savoir l’espace de quelques tweets et de quelques articles. Le fait que Poutou ait autant marqué les esprits ne relève pas seulement de la sympathie car il aurait « dit tout haut ce que les Français pensent tout bas à propos de l’affaire Fillon ». L’essentiel est ailleurs, et Barbier en est conscient.

Le problème central, pour Barbier, c’est que Poutou est trotskyste, comme « 20% des candidats à la présidentielle » Barbier exagère, car ils sont un peu moins, en réalité : deux sur onze, avec Nathalie Arthaud, de Lutte Ouvrière. Mais Barbier ne saurait souffrir cette exceptionnalité française dans le panorama des démocraties avancées : que l’esprit de la Commune, de 36 et de 68, pour ne prendre que des exemples hexagonaux, continue, tant bien que mal, à exister, et à s’exprimer, voilà qui échappe à l’entendement de Barbier. C’est, surtout, ce qui lui semble absolument néfaste.

Le fait que le discours classe contre classe de Poutou, contre la caste en général et les corrompus en particulier, de solidarité avec la grève en Guyane, de refus de distinguer les Français des étrangers au sein de notre camp social, voilà ce que Barbier ne supporte pas. L’éditorialiste de L’Express, comme bon nombre de ses collègues commentateurs, sait que dans les luttes qui ne manqueront pas de pointer contre le gouvernement à venir, le fait qu’il existe, au sein du monde du travail, de la jeunesse et des classes populaires, des militants déterminés, qui veulent en découdre, et qui se revendiquent d’un combat communiste et révolutionnaire, voilà le danger. Et Barbier sait que cela va bien au-delà de Poutou et de la lutte qu’il anime contre la fermeture de Ford Blanquefort.

Porter la parole des exploité-e-s et des opprimé-e-s, exprimer la radicalité qui devrait être celle de nos résistances face aux attaques annoncées et à venir, voilà à quoi sert la candidature ouvrière de Philippe Poutou. Faute d’argument et ne craignant pas le ridicule, Barbier le traite d’apparatchik, mettant en garde contre un humour irrévérencieux qui cacherait une grande dangerosité. Barbier a raison : les trotskistes ne sont pas de grands rêveurs. Ils-elles ont souvent tendance à suivre à la lettre les recommandations de Don Quichotte : « parfois, les blagues se font sérieusement ». Le trotskisme est l’expression capable de proposer au monde du travail un programme hégémonique, à même de s’adresser largement à l’ensemble des classes populaires pour échapper à la fausse alternative entre chauvinisme-lepéniste ou mondialisme macronien, entre repli sur soi et acceptation du néolibéralisme. Qu’il soit lecteur de Cervantes ou de Trotsky, Barbier a bien raison d’avoir peur. À nous de radicaliser encore plus la campagne, histoire que lui et ses amis aient vraiment la frousse, dès maintenant et dans les luttes à venir.




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