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Cinq choses à retenir des élections de mi-mandat aux États-Unis

Le parti Démocrate a repris la majorité a la Chambre des Représentants malgré quelques défaites notables. Un nouveau protagoniste s’est incontestablement fait remarquer lors de ces élections : les femmes racisées.

Crédit image : Al Jazeera

Traduction de l’article de Leftvoice

Comme expliqué dans l’un de nos précédents articles (en anglais), ces dernières élections de mi-mandat ont été marquées par deux phénomènes : une polarisation plus marquée encore qu’auparavant à droite comme à gauche et une mise en avant des questions de race, voire parfois de thématiques ouvertement racistes. Lors des dernières semaines de la campagne, Donald Trump et Barack Obama se sont faits les représentants phares de leurs partis respectifs, tentant l’un comme l’autre de consolider leurs bases électorales et de réduire l’abstention dans leurs rangs.

1. La vague démocrate rencontre #MeToo

Les premiers résultats indiquent que les démocrates ont pris la majorité dans la Chambre des Représentants : 219 sièges sur 435. La barrière des 218 sièges, qui assure la majorité, est dépassée et le nombre total de places avoisinera probablement les 225 après le décompte final. Sans surprise, les Républicains gardent la majorité au Sénat.

Parmi les districts dans lesquels les démocrates l’ont emporté, vingt sont urbains, comptant une population ayant en moyenne bénéficié d’une éducation universitaire. Un grand nombre de candidats démocrates vainqueurs se trouvent être des femmes, particulièrement dans certains districts importants tels que le septième district de Virginie, dans lequel Abigail Spanberger a battu Dave Bratt, un politicien républicain originaire du Tea Party qui s’est notamment fait un nom en 2014 en battant Eric Cantor alors que ce dernier était le leader de la majorité a la Chambre des Représentants.

Les femmes s’érigent désormais en figures progressistes chez les démocrates et sont parmi les candidats les plus à gauche du parti, à l’image d’Alexandira Ocasio-Cortez, socialiste et fille de Porto-Ricains du Queens, désormais la plus jeune femme de l’histoire des États-Unis à siéger au congrès. Ayanna Pressley sera quant à elle la première femme noire à représenter le septième congrès du Massachusetts. Rashida Tlaib et Ilhan Omar, du Michigan et du Minnesota respectivement, sont devenues les premières femmes musulmanes élues au Congrès. Les femmes de couleur étaient lors de ces élections des acteurs proéminents, changeant littéralement le visage du parti démocrate.

2. Au sénat, pas de surprise

Du côté du Sénat, peu de surprises. Le démocrate Beto O’Rourke, au Texas, a réussi à mettre en place une levée de fonds record dans sa campagne contre le très largement détesté Ted Cruz, mais n’a pas emporté la victoire : la bataille était particulièrement rude pour le candidat démocrate progressiste dans cet État traditionnellement très à droite. La différence entre les deux candidats est cependant extrêmement minime : 2 % seulement. Le Texas, État républicain de longue date, est en voie de polarisation.

Les démocrates ont perdu trois élus au Sénat : la défaite d’Heidi Heitkamp dans le Dakota du Nord était prévue depuis qu’elle a été contrainte de se prononcer au sujet de la nomination du conservateur Brett Kavanaugh au titre de juge de la cour suprême par Donald Trump. Elle lui a tout d’abord apporté son soutien avant de s’opposer à lui sur la base de ses entretiens au Sénat. Heitkamp se trouvait alors prise au piège par sa position de sénatrice démocrate dans un Etat de droite : son soutien a Kavanaugh lui a valu le désaveu de l’électorat démocrate. En choisissant de finalement s’opposer à lui, elle finit par perdre le soutien de l’électorat plus large, lui plus à droite, qui avait voté pour elle pour son programme conservateur. Joe Donnely est lui aussi l’un de ces démocrates qui avait ouvertement soutenu Donald Trump et George Bush, et qui finit par perdre son siège au profit de Mike Braun, candidat républicain. La défaite de ces candidats démocrates s’accrochant à des valeurs conservatrices afin de conserver leur poste pourrait s’avérer être un avertissement pour le parti Démocrate.

3. La campagne pour le titre de gouverneur

La campagne pour le titre de gouverneur a été au centre de toutes les attentions : Andrew Gillum et Stacey Abrams étaient dans le sud du pays deux candidats prometteurs du parti démocrate, tous deux afro-américains et progressistes, candidats au poste de premier gouverneur noir de leurs Etats respectifs. Tous deux affrontaient des républicains blancs, pour certains d’entre eux ouvertement racistes. Ron DeSantis, l’opposant Républicain a Gillum, a centré sa campagne autour de ses similitudes avec Donald Trump, qui en retour lui a apporté son soutien. La victoire de l’un de ces deux candidats démocrates aurait été une défaite importante pour les Républicains autant que pour Trump, mais il s’avère qu’ils ont tous deux été battus avec des résultats cependant très serrés, voire avec la possibilité d’un nouveau vote dans le cas d’Abrams.

Même si la victoire a ici échappé aux Démocrates, ils ont cependant réussi à battre les Républicains dans certains de leurs fiefs : le Maine, le Michigan, L’Illinois, le Kansas et le Nouveau Mexique. Cette victoire n’est pas anodine car le redécoupage des districts, qui peut s’avérer crucial pour les élections suivantes, aura lieu dans deux ans seulement. Ce redécoupage est décidé au niveau des États, ainsi est-il donc important pour les Démocrates d’en prendre le contrôle pour décider du redécoupage .

4. La marijuana légalisée alors que les femmes sortent perdantes

La marijuana pour usage personnel a été légalisée dans le Michigan et pour usage médical au Missouri et dans l’Utah, alors qu’une proposition de vote visant à la légalisation du cannabis s’est trouvée perdante dans le Dakota du Nord. En Floride, la victoire de l’amendement 4 permettra à plus d’un million d’anciens détenus de voter de nouveau. Dans le Massachusetts, la proposition de vote concernant le droit des personnes trans à se défendre face à des discriminations dans des lieux publics a récolté 68 % des votes.

Malheureusement, les propositions anti-abolition dans l’Alabama et dans la Virginie-Occidentale ont toutes atteint plus de 50 % du scrutin. Ce résultat, troublant en lui-même, l’est d’autant plus si l’on prend en compte le mouvement #MeToo et la très large augmentation du nombre de femmes candidates. Par ailleurs, la proposition de vote visant à annuler les subventions publiques aux cliniques d’avortement en Oregon a elle été mise en échec.

5. La suite

Même si les Démocrates sont finalement sortis vainqueurs de ces élections, leurs attentes sont loin d’avoir été atteintes : la « vague bleue » aura finalement eu assez peu d’impact. Les femmes se sont dégagées comme principales protagonistes de cette journée, particulièrement les femmes racisées, et cela risque d’avoir des conséquences sur l’élection du prochain leader du Parti Démocrate en 2020, dans laquelle Elizabeth Warren est aujourd’hui favorite.

Du côté Républicain, Trump s’est trouvé revigoré et sa position de leader a permis d’éviter la catastrophe au Congrès. Alors que les élections de mi-mandat prennent fin, les présidentielles de 2020 s’ouvrent a peine : le ralentissement de l’économie à été l’un des facteurs majeurs qui ont mené à l’élection de Trump et la récente relance a été une aubaine pour lui et son parti. La situation pourrait cependant rapidement se retourner contre lui si cette relance s’avère courte, ou si l’économie américaine se heurte à une nouvelle crise tel que semblent l’indiquer de nombreux économistes. Le blocage du congrès sera sans doute un nouvel obstacle pour Trump, mais pourrait s’avérer être un bouc émissaire commode pour justifier ses échecs auprès de sa base électorale. Les démocrates ont, eux, un rôle important à jouer pour ces deux prochaines années : pour attirer plus de jeunes et remotiver leurs bases, ils n’ont d’autre choix que de mettre leurs promesses en application, et à se battre contre la nouvelle réforme de l’assurance maladie préparée par Trump. La bataille au sein du parti, entre la vielle garde menée par Nancy Pelosi et la nouvelle génération de candidats progressistes sera déterminante pour l’avenir du parti Démocrate, car il se joue ici sa capacité à capter un public jeune qui se situe clairement à sa gauche.

Trad. : Nicolas Gourdon




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