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Clés pour comprendre l’intervention militaire à Rio de Janeiro

Cinq clés pour comprendre ce qu’implique l’intervention fédérale et militaire à Rio de Janeiro qu’a décrété le président Michel Temer ce vendredi.

Traduction : La Izquierda Diario

Après un carnaval plutôt amer pour Michel Temer, président du Brésil qui n’a pas réussi à obtenir une nette majorité des deux tiers pour approuver la réforme des retraites, ce dernier a entamé l’intervention fédérale (militaire) à Rio de Janeiro. C’est une manœuvre politique importante qui donnera des pouvoirs dictatoriaux au général de l’armée. En réponse, une grande journée de lutte a lieu ce lundi 19 février à Rio : terminaux d’autobus vides, routes coupées, usines totalement paralysées dans la principale zone industrielle du Brésil, l’ABC de São Paulo.

Quel est le motif de l’intervention ?

Sous prétexte de vouloir en finir avec la violence à Rio de Janeiro, le président du Brésil, Michel Temer, a décrété ce vendredi l’intervention fédérale dans cet Etat, limitée au domaine de la sécurité publique. Derrière la décision de Termer, qui a expliqué que "La violence est une métastase qui s’étend à travers le pays", se trouvent les véritables raisons de cette manœuvre politique.

· En premier lieu, c’est une tentative de renverser son impopularité, en s’impliquant dans une question sensible comme celle de la « sécurité » dans la deuxième ville du pays. Certains analystes ont suggéré vendredi qu’un tel jeu pourrait conduire à enterrer son administration, et ont assuré que Carlos Temer jouait le peu de légitimité qu’il lui reste.

· En second lieu, Temer cherche à détourner l’attention de la manoeuvre politique qui se prépare à Brasilia où, en en achetant des voix, il entend obtenir la majorité qu’il n’a pas encore pour approuver la réforme des retraites.

· Enfin, l’extrême militarisation de Rio de Janeiro cherche à intimider et à faire taire les voix qui se manifestent contre les attaques telles que les réformes du travail et de la sécurité sociale. Ces derniers jours, Rio est devenu le centre d’attention lorsque, pendant le Carnaval, la haine contre le gouvernement de Temer et la résistance à ses politiques sont devenues évidentes aux yeux de tous, même dans les défilés des principales écoles de samba.

Qu’implique l’intervention fédérale ?

Bien que d’un point de vue juridique une intervention fédérale impliquerait de mettre fin à l’autonomie de l’Etat concerné, et notamment du pouvoir exécutif et législatif, ici l’intervention est réduite à l’aspect de "sécurité publique". Cela signifie que le décret signé vendredi, et qui devrait avoir l’aval du congrès, ne suspend pas l’exécutif et le législatif, mais met sous le contrôle de Temer tous les organes de sécurité, les ministères, les employés et les dépendances de la région. À partir de ce moment, Temer devient responsable de tous les actes de ceux qu’il nomme.

Il est clair que, de toute façon, la brutalité que les forces répressives peuvent exercer restera absolument impunie, comme l’illustre le vote par le Sénat brésilien en octobre dernier d’une loi qui protège les militaires qui commettent des crimes pendant leurs missions, approuvant la mise en place d’un tribunal spécial pour l’armée.

Qui est le contrôleur nommé par Temer ?

C’est le général Walter Souza Braga Netto qui sera nommé contrôleur de Rio de Janeiro. Son programme est celui d’un spécialiste du commandement des opérations de militarisation des villes pour le maintien de « l’ordre et de la paix ».

Il s’agit d’un spécialiste de la répression qui était coordinateur général des conseils spéciaux pour les Jeux Olympiques et Paralympiques et qui a, au nom de la sécurité, pendant les Jeux, militarisé et réprimé principalement les favelas de Rio de Janeiro.

Braga Netto était également à la tête de "l’opération Capixaba", lorsque des proches de membres de la police militaire campaient devant les bataillons en réclamant de meilleures conditions de travail, empêchant la sortie des agents de sécurité.

Qu’est-ce qui change avec l’intervention ?

Braga Netto prendra le contrôle du ministère de la Sécurité publique et des forces de police. En n’étant pas subordonné au gouverneur de l’État de Rio de Janeiro, il a une autonomie absolue et répond directement aux ordres de Temer.

Il y a beaucoup de choses à définir puisque ce serait la première fois depuis la constitution de 1988 qu’une intervention fédérale de ce genre est lancée.

Dans les faits, l’intervention offrira des superpouvoirs dictatoriaux à l’armée dans la deuxième plus grande ville du pays et concentrera les forces répressives, de l’agence d’espionnage à la police fédérale en passant par le commandement de la police, dans un seul portefeuille ministériel.

Qu’adviendra-t-il du vote sur la réforme des retraites ?

Les détenteurs des principaux journaux affirment que, durant une intervention fédérale, il n’est pas possible de faire passer la réforme des retraites ou n’importe quel amendement constitutionnel. Il semblerait qu’il s’agisse en réalité d’une opération de presse pour essayer de démanteler la mobilisation des travailleurs et la colère exprimée lors du carnaval, ainsi que pour empêcher la tenue des journées de mobilisation prévues, comme celle du 19 février.

Dans les mêmes articles, sous les gros titres, des journaux tels que Estadão et Folha confirment le contraire : lors de la réunion au cours de laquelle Temer a décidé de l’intervention fédérale, ce dernier a déjà défini que la mesure serait suspendue le temps d’une journée afin de voter la réforme. Cette hypothèse pourrait être combinée avec une deuxième option : si Temer ne parvient pas à "acheter" les 308 députés nécessaires, il pourrait déjà aller de l’avant en votant sur des parties de la réforme qui ne nécessitent pas de modifier la Constitution.




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