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Politique

La partie est loin d’être jouée

Code du travail : près de « 66 % de la population comprendraient un vaste mouvement de grève »

Un scénario qui pourrait se gripper. Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, la stratégie du coup de force permanent et les manœuvres politiques remportent un certain succès malgré la crise que vit le régime de la Cinquième République. Pourtant, à force de passer en force, le moteur pourrait bien caler…

Crise et effondrement des partis traditionnels, Front républicain quelque peu fonctionnel malgré les énormes fissures, un gouvernement de campagne en passe de désarçonner avec succès la droite, un calendrier estival pour attaques éclaires ou encore des syndicats, notamment la CGT, des plus timorés face à la casse du Code du travail version XXL, une opération déminage réussie à GMS. Pour l’heure, le plan de bataille mis en œuvre par Macron ne subit pas encore d’anicroche majeure. Tout roule comme sur des roulettes malgré quelques tâtonnements somme toute logiques pour qui ne possède pas l’armada d’un appareil politique déjà rodé.

Résultat, les deux-tiers des Français (66% contre 34%) comprendraient que les syndicats organisent un vaste mouvement de contestation si Emmanuel Macron voulait passer en force sur sa réforme du code du travail

Pourtant, des signaux pour le moins avant-coureurs pourraient bien faire dérailler cette formidable machine à détruire les acquis du mouvement ouvrier. Il avait déjà grippé une première fois, après les manifestations des plus justes « Ni Le Pen ni Macron » ou encore après la première manifestation anti-Macron du 8 mai, organisée par le Front social. Mais c’est suite à la déclaration de guerre contre le Code du travail qu’un signal pourrait bien passer au rouge pour Macron. Ainsi, dans un sondage Odoxa réalisé par France Info, l’on apprend que près de 66% de la population « comprendraient un vaste mouvement de contestations (grèves et manifestations) ».

Pour le gouvernement, il s’agit donc d’une première véritable mauvaise nouvelle. D’abord parce que cet indicateur a été des plus instructifs lors des mobilisations contre la loi Travail au printemps dernier. Il avait permis d’exprimé le soutien sans faille de la très grande majorité de la population (70%) au mouvement de grève dur mené par une avant-garde large du monde du travail. Un soutien populaire qui n’avait pas vacillé alors même que les grèves, notamment des raffineurs, avaient paralysé le pays. Face à la détermination du gouvernement et à la machine médiatique, cet appui de l’opinion publique, marquant pour sa longévité, avait été perçu comme l’un des points d’appui majeur au mouvement.

Un mauvais indicateur que le sondage Odoxa interprète ainsi : « Le terrain est donc extrêmement miné pour Emmanuel Macron. Mais une solution existe peut-être pour les négociations à venir : elle consisterait à « lâcher » sur le plafonnement des indemnités prud’hommales, constamment rejetée par les Français pour tenir bon sur le principe essentiel la primauté à la négociation dans l’entreprise plutôt qu’au niveau des branches qui, lui, est largement soutenu par les Français ». Le terrain est donc à priori déjà miné alors même que le gouvernement n’a pas dévoilé le détail précis de la loi Travail 2, préférant marcher sur des œufs, pour passer sans encombre les législatives.

En effet, ces législatives sont un objectif stratégique pour Macron dans sa bataille pour asseoir dans le long terme son quinquennat dans un régime de la Cinquième République en crise et ce alors même que la base sociale par laquelle il a été élu est des plus minoritaires. Plus encore, avoir une majorité parlementaire à l’Assemblée est la condition sine qua non pour pouvoir gouverner par ordonnances, comme il a prévu de le faire notamment dès cet été pour imposer la loi Travail 2. Une méthode des plus anti-démocratiques du régime, à laquelle là encore, selon le sondage, la majorité (52% contre 46%) affirme s’opposer « au recours aux ordonnances pour faire passer cette réforme ».

Ainsi, non seulement la majorité de la population est contre un passage en force via ordonnances, mais elle est aussi et surtout opposée au principe même de réforme du Code du travail : 51% y sont opposés, 48% y sont favorables. Dès lors, qu’aussi bien en termes de méthode que de contenu, le monde du travail et la jeunesse, le pourcentage de sondés parmi le peuple de gauche à même de soutenir un mouvement vaste de grève et de manifestation monte même à 85%. Ainsi, plus qu’un indicateur pour Macron, c’est une poudrière qui n’attend qu’une étincelle que le moteur macroniste s’enflamme sur le brasier pas encore éteint de la mobilisation contre la loi Travail, dont Macron était déjà l’inspirateur.




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