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41 blessés

Collision entre deux trains en Allemagne : le mensonge des bienfaits de la privatisation et de l’ouverture à la concurrence

C’est près de Düsseldorf qu’un train régional de transport de voyageurs a percuté un train de marchandise à l’arrêt. Le bilan de la collision, qui s’élève à 41 blessés dont un grave, aurait pu être bien plus lourd si le freinage d’urgence avait été actionné plus tard. Une nouvelle fois la question des effets de la privatisation tous azimuts du transport ferroviaire se pose à l’aune des questions de sécurité.

La question centrale de la sécurité ferroviaire dans le contexte de l’offensive libérale

Bien que les causes précises de l’accident demeurent à l’heure actuelle inconnues, cette collision entre deux trains, l’un de marchandises, appartenant à la compagnie allemande de fret DB Cargo, l’autre de voyageurs, appartenant à une compagnie britannique, ne peut manquer de mettre en cause l’exploitation du réseau ferroviaire ainsi que les compagnies elles-mêmes. En Union européenne, l’Allemagne a la particularité d’être très « en avance » sur l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire de marchandises et de voyageurs. C’est dès 1994 qu’elle ouvre en effet le transport de voyageurs à la concurrence (alors que le quatrième décret européen obligeant tous les états membres à l’ouverture date de janvier 2017) ce que Macron entend réaliser d’ici 2019. En 1998, l’accident ferroviaire d’Eschede provoque la mort de 101 personnes et fait une centaine de blessés. Entre 2011 et 2016, 21 personnes trouvent également la mort dans deux accidents impliquant la collision frontale entre deux trains. De l’autre coté de la Manche, au Royaume-Uni, une longue expérience de privatisation montre également ses effets très néfastes sur la sécurité. Depuis la privatisation du British Railways Board amorcée par Tatcher au début des années 80 et achevée par le gouvernement conservateur de John Major dans les années 90, on peut dénombrer, entre 1984 et 2007, 29 accidents majeurs causant plus de 200 morts et plusieurs centaines de blessés.

Le trompe l’oeil des rapports de l’UIC, travailleurs et passagers de plus en plus touchés

Depuis quelques années, rapports et experts célèbrent de concert la baisse du nombre d’accidents notables impliquant morts ou blessures graves. Néanmoins, ces rapports font état de tous types d’accidents, c’est-à-dire également ceux impliquant les personnes dites « intruses », c’est-à-dire des personnes qui s’aventurent sur les chemins de fer et installations malgré l’interdiction expresse de s’y rendre. Ces rapports tiennent également compte des accidents aux passages à niveau. Or ces types d’accident représentent en moyenne 90 à 95 % du nombre de morts, au niveau européen, impliquant les installations et matériels de type ferroviaire. Ce que les rapports ne disent pas, c’est que les accidents touchant les personnels et voyageurs eux ne baissent pas, voire augmentent. De plus, privatisation et management libéral comme celui de la SNCF, entreprise publique, causent une augmentation des risques d’accident de travail et de suicides dus aux pressions exercées sur les travailleurs. Or cela les directions le nient. L’association française du rail, qui fait la promotion de l’ouverture à la concurrence au niveau européen remarque une baisse du nombre de victimes au Royaume-Uni et en Allemagne sur la période 2004-2011. Sans parler du peu de sens de cette statistique compte tenu de la nature des accidents comptabilisés, le rapport prend bien soin de ne pas mentionner les accidents de Hatfield, Selby et Potters Bar, qui ont causé à eux trois 21 décès. De même, le rapport oublie de mentionner le dramatique accident d’Eschede en Allemagne. Pas un mot non plus sur les multiples accidents de 2013 alors même que le rapport date de 2014. Le transport doit être une priorité et un service réellement publique et non une marchandise. Nous devons imposer que les transports soient réellement au service des travailleurs et de la population et non à celui du profit du patron privé ou de l’Etat capitaliste.

Crédits @AFP




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