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Politique

« Bye-bye Collomb »

Collomb lâche la Macronie…. mais pas ses 33 000 euros d’indemnités lyonnaises !

C’est dans la fureur de l’exécutif et le bruit de casseroles lyonnaises que Gérard Collomb a rendu en ce début de semaine sa démission. La passation de pouvoir, après 15 minutes d’attente pour le ministre sortant, a été pour le moins glaciale. Il faut dire que la macronie digère assez mal ce retour précoce des ambitions lyonnaises de Collomb. Ambition qu’il n’a jamais lâchée à en croire le versement de 33 000 euros d’indemnités lyonnaises qu’il a conservé au cours des 16 mois derniers.

Une passation polaire

Edouard Philippe raide comme un piquet, l’air grave, pas un regard pour son collègue de l’Intérieur Gérard Collomb. La passation de pouvoir qui s’est tenue, ce mercredi matin, place Beauvau, s’est faite dans une ambiance polaire. Sous l’œil acerbe des caméras et ballotté par le vent frais d’automne qui parcourait la cour Beauvau, Gérard Collomb a commencé par attendre 15 bonnes minutes l’arrivée d’Edouard Philippe, avant d’entamer son discours d’autocongratulation de ses 16 mois comme « premier flic de France ». Faute de remplaçant adéquat pour l’instant, dans une Macronie qui prend l’eau, c’est au premier ministre à qui revient cette charge. Après celle de Nicolas Hulot, la démission de Collomb, d’abord refusée par Emmanuel Macron, puis confirmée par Collomb lui-même dans une interview donnée au Figaro mardi 2 octobre, met un nouveau coup à l’exécutif, enkysté dans une crise dont il ne parvient à se sortir depuis l’affaire Benalla. La Macronie apparait comme un pouvoir solitaire, autant en terme de base sociale que de relais politiques, qui vogue désormais à vue. L’attraction des premiers mois n’est plus. Gérard Collomb, premier soutien du président durant la campagne, sentant le vent tourné, se fait la malle, et plus tôt que prévu. L’ambiance est désormais au sauve-qui-peut.

Lyon : une ambition électorale et des indemnités

Dans son discours de sortie, Gérard Collomb n’a pas dit un mot sur les raisons de son départ. Ce dernier n’a pourtant jamais caché ses ambitions lyonnaises, son fief, pour les élections municipales de 2020. Selon les révélations de Médiacités, Collomb, alors ministre de l’Intérieur, a continué à percevoir ses indemnités pour ses mandats lyonnais qu’il n’a jamais lâché : conseiller municipal et métropolitain, l’ancien ministre de l’intérieur, aurait perçu la somme de 33 000 euros d’indemnités alors même qu’il ne s’est jamais rendu aux conseils de la ville et de la métropole. Si la situation est réglementaire pour le conseil municipal, elle ne l’est pas dans le cadre de la Métropole, et proprement scandaleuse du point de vue d’un membre de la Macronie élue sous un discours du « nouveau monde » et de transparence politique.

Défiance de tous les côtés

Plusieurs éléments ont pu accélérer la décision de Collomb. Certes, on parle d’un climat de défiance à l’égard de sa formation, La République En Marche, animée à Lyon par sa propre femme, mais aussi vis-à-vis de sa propre personne au sein des réseaux politiques lyonnais. Une défiance dont il a pu prendre connaissance lors de ses nombreux déplacements à Lyon en tant que ministre – pas moins de 32 allers-retours Paris Lyon selon Médiacité – et par une lettre anonyme, passée le mois dernier dans les boites mails de la classe politique lyonnaise et appelant à son éviction. En dépit de son passage au ministère de l’Intérieur, sa victoire aux futures élections municipales de Lyon est loin d’être une évidence. De tremplin incontestable, le poste de ministre d’Etat de Macron, est vraisemblablement devenu un boulet politique.

En outre, l’atmosphère de fin de règne qui siège en Macronie a très certainement pesé dans son choix de départ. L’affaire Benalla d’abord, durant laquelle Collomb, passé en audition devant l’Assemblée Nationale, est apparu comme un ministre impotent, ignorant l’existence même de Benalla, lui a fait connaitre une grande d’heure d’humiliation. De quoi lui attirer les foudres des membres des forces de répression, très remontée sur la question des passe-droits accordés aux conseillers de l’Elysée.

Dans la macronie, ballottée par l’opportunisme politique, comme dans un navire qui menace de couler, les rats sont les premiers à partir. Après Gérard Collomb, on peut s’attendre à ce que d’autres suivent le mouvement.

Crédit photo : Philippe WOJAZER / REUTERS




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