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Il n’y avait pas de Plan B

Colombie. La victoire du « non » au référendum sur l’accord de paix ouvre une crise politique

Le « non » l’a emporté avec 50,23 % des suffrages exprimés lors du référendum sur les accords entre le gouvernement Santos et les FARC. Juan Andrés Gallardo analyse ces résultats et la situation qui s’ouvre dans un article initialement publié sur La Izquierda Diario. Juan Andrés Gallardo

Après le dépouillement final du scrutin, le « non » emporte une victoire serrée sur le « oui » au référendum sur l’accord entre le gouvernement et les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) convoqué par le président Juan Manuel Santos.

Dans le cadre d’une abstention élevée (seuls 37% des personnes inscrites sont allées voter), le « non » s’est imposé avec un très léger avantage de 50,23% des voix contre 49,76% pour le « oui ». Une étroite différence de 60000 voix sur un total de 13 millions.

Selon les premiers résultats, le « non » aux accords fut majoritaire dans les grandes villes, tandis que le « oui » a pris l’avantage dans les plus petites et dans de nombreuses provinces particulièrement touchées par le conflit armé.

Le résultat est un coup pour les accords et surtout pour le président Juan Manuel Santos, qui, face à une baisse de la popularité de son gouvernement et à la tête d’un pays traversant une crise économique, misait sur ce plébiscite pour conforter sa légitimité, son mandat et les accords qu’il venait de signer. Il s’agit également d’un dur revers pour les différents acteurs internationaux qui se sont engagés dans les accords. L’impérialisme étasunien a participé en envoyant un envoyé spécial aux accords de La Havane, et Obama prétendait que la « paix » en Colombie serait un point de son bilan, avec le dégel des relations avec Cuba. Le résultat du plébiscite est un revers pour sa politique de repositionnement de l’impérialisme étasunien dans la région qui incluait les accords en Colombie dans le contexte du virage à droite de l’Argentine, du coup d’État institutionnel au Brésil, des accords avec Cuba et des pressions pour une transition post-chaviste au Venezuela.

Le référendum n’était pas obligatoire, Santos prétendait renforcer son gouvernement mais surtout le régime bourgeois colombien, avec l’inclusion des FARC comme nouvel acteur à l’intérieur du régime des partis.

L’ex-président Álvaro Uribe apparaît comme le principal gagnant après avoir dirigé la campagne référendaire du « non » aux accords, en réclamant des termes plus durs dans la négociation. Dans ce but, Uribe comptait sur le rejet des FARC que lui et Santos ont semé parmi la population durant des années, avec les grands médias, profitant de l’isolement de la guérilla par l’échec de sa stratégie et les effets négatifs de ses actions les plus néfastes.

Le référendum était lié au contenu des accords mais pas sur le processus de dialogue entre le gouvernement et les FARC. Pour l’heure, les conditions de l’accord signé à La Havane sont invalidées et de nouvelles négociations devraient s’ouvrir, même si l’on ne connaît ni les délais, ni les conditions.

Après avoir pris connaissance des résultats, Rodrigo Londoño, alias « Timochenko », commandant des FARC, a déclaré qu’« avec le résultat d’aujourd’hui, nous savons que notre objectif comme mouvement politique est toujours plus grand et nous demande plus de forces pour construire la paix stable et durable », et que « les FARC-EP maintiennent leur volonté de paix et réitèrent leur disposition à n’utiliser que les mots comme arme de construction vers le futur ». Ils laissent ainsi entendre que leur disposition à se reconvertir en un parti politique du régime colombien est irréversible et qu’ils sont disposés à ouvrir tout type de renégociation.

Le président Santos, de son côté, étant donné la faiblesse dans laquelle il se trouve après la défaite du « oui », a déclaré : « Demain même, je convoquerai toutes les forces politiques et en particulier celles qui se sont manifestées pour le « non », pour les écouter, pour ouvrir des espaces de dialogue et déterminer le chemin à suivre ».

Santos donne ainsi une première réponse à la situation d’incertitude avec une droite renforcée, malgré le résultat serré, avec laquelle s’ouvre un espace de négociation pour revoir les termes de l’accord. Le résultat du référendum torpille les points qui étaient considérés comme des concessions envers les FARC, surtout ceux concernant la « justice transitionnelle », les réparations et les sièges assurés au parlement. La campagne dirigée par Uribe s’est basée sur le rejet de ces aspects par de larges secteurs, aspects qui devront être renégociés à la lumière des résultats de ce dimanche.

Après la courte victoire du « non », l’uribisme a donné des signaux pour ne pas en finir complètement avec les accords, mais d’être les « facilitateurs » de nouvelles négociations plus à droite et avec plus de conditions contre les FARC que celles admises à La Havane, ces quatre dernières années. Dans ce sens, l’ex-vice-président colombien, Francisco Santos assure que le parti d’opposition, Centre démocratique, le parti d’Álvaro Uribe qui a dirigé la campagne du « non » lors du référendum, « tendra la main » au président Juan Manuel Santos après la défaite de ce dimanche, et qu’il cherchera à « reconduire le processus » avec les FARC. Pour l’heure, aucun de ces acteurs ne semble donner pour mort« le processus de paix ». Ce qui commence à se discuter à partir de ce lundi, ce sont les termes pour une « reconduction » de celui-ci.

Traduction : Romain Lamel




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