Politique

Pré-campagne hollandaise

Colomiers. Valls & co au diapason pour défendre le bilan du quinquennat.

Publié le 30 août 2016

Julian Vadis

Ce lundi 29 août était synonyme, pour les soutiens PS de François Hollande, de rentrée politique à Colomiers, en Haute Garonne. Sous la forme d’un meeting intitulé "L’essentiel, c’est la République", Valls, Touraine ou encore Vallaud-Belkacem ont serré les rangs, défendant le bilan du quinquennat.


Pas grand monde… sauf la clique fidèle

« Tous ceux qui ont envie qu’il se représente sont là » a déclaré d’emblée Patrick Kanner, ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports. C’est ainsi que Jean-Christophe Cambadélis, Stéphane Le Foll, Najat Vallaud-Belkacem,Marisol Touraine et Manuel Valls ont été accueillis à Colomiers par Carole Delga, présidente de la région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, Karine Traval Michelet, maire de Colomiers et Georges Méric président du Conseil départemental de Haute-Garonne dans le cadre d’un meeting aux allures de précampagne pour François Hollande et qui a, selon les organisateurs –mais pas les manifestants sur place-, réuni 1200 personnes. Si le Premier ministre n’a à aucun moment mentionné le président, se laissant une fenêtre de sortie pour une très hypothétique candidature, l’heure était avant tout à l’affichage d’une cohésion autour de François Hollande.

Enterrée, la passe verbale entre Valls et Najat Vallaud-Belkacem au sujet du Burkini. Cette dernière n’a pas manqué d’afficher, dans la suite de sa conférence de presse du matin destinée à répondre à la grogne enseignante, sa fierté d’avoir œuvré à la politique gouvernementale au côté du premier ministre, défendant bec et ongle le bilan du quinquennat. « J’appelle chacun à avoir de la dignité, de l’exigence, du collectif, du sens de l’intérêt général », a ainsi déclaré Valls à la tribune avant de terminer son discours « à la place qui est la (s)ienne », celle de premier ministre. Du moins en apparence, il s’agissait de faire bloc alors que les candidatures à la primaire se multiplient, de Filoche à Montebourg en passant par Benoit Hamont.

Au sujet des frondeurs et candidats à la primaire, Najat Vallaud-Belkacem a frappé fort, affirmant qu’une démarche anti-hollande conduisait sur le chemin de la défaite et qu’il fallait, à contrario " s’appuyer sur les réussites de ce quinquennat pour poursuivre avec les Français " que l’heure n’était pas à "l’autodestruction", que cela amènera la droite au pouvoir en 2017. Du resaucé de vote utile en somme. À l’instar du tweet de Cambadélis la semaine dernière, affirmant que la polémique autour du Burkini ne visait qu’à éclipser le bilan positif du gouvernement, les pontes hollandistes n’ont eu de cesse de batailler pour « gauchiser » le bilan quinquennal. C’est ainsi que la loi Macron, la loi El Khomri, la mise en place de l’état d’urgence, les poursuites envers les salariés d’Air France et de Goodyears mais aussi les cinq mois de matraquage et gazage intensif sur le mouvement du printemps dernier sont soit passé sous silence, soit inclus dans un bilan positif amenant au "progrès social" ... Une pilule qui aura bien du mal à passer au-delà de la fidèle clique, et quand il faudra faire face aux électeurs.


Valls, un coup challengeur de Marine Le Pen, un coup « défenseur »des femmes

En interne, beaucoup s’inquiétaient de la prise de position du premier ministre, ouvertement droitière dans le cadre du Burkini, qui n’entre que peu en phase avec l’opération séduction menée à l’encontre des électeurs de la gauche du parti, en vue des primaires.

"On ne peut pas empêcher des étrangers malades de se soigner ou des familles de vivre ensemble " a t-il d’abord déclaré pour conclure le débat, fustigeant Sarkozy dans sa course au voix FN et plaidant pour une "relance économique " en Europe et un " assouplissement des règles du pacte de stabilité ". De quoi rassurer ? Pas sûr vu la suite de son intervention. En effet, Valls s’est fendu d’une formule fracassante face à "l’intégrisme islamiste" : " Nous ne pouvons pas transiger. Marianne elle a le sein nu parce qu’elle nourrit le peuple, elle n’est pas voilée parce qu’elle est libre ! C’est ça la République ! " Une déclaration empreint de nationalisme, de sexisme et de xénophobie dans la droite lignée de la ligne dure du premier ministre sur le sujet. Non seulement les femmes sont renvoyés manu militari à leur rôle reproducteur et nourricier, mais Valls se permet de montrer la voie (risible) à suivre en matière d’émancipation.

Lui, le chef de file d’un gouvernement qui a mis en place un ministère du Droits des Femmes...de la Famille et de l’Enfance, avec toutes les conceptions rétrogrades qu’il charrie sur la question du droit des femmes. Bien entendu, cette déclaration est surtout prétexte à un énième amalgame sur les femmes musulmanes. Plus que jamais, ce n’est certainement pas à l’ État de s’occuper de l’émancipation des femmes !

Unité (de façade ?), défense d’un bilan libéral, sexiste et xénophobe, le meeting "L’essentiel, c’est la République" aura été une bonne cuvée en matière de déclarations et prises de position nauséabondes. Mais à l’extérieur, le rassemblement qui s’est tenu pour protester contre la venue des pontes gouvernementaux à Colomiers montre quel est le meilleur chemin pour infliger une déroute à ce gouvernement, et ce dès l’automne. Le rendez vous est donc pris le 15 septembre dans la rue, contre la loi El Khomri et son monde. Celui défendu, entre autre, par l’ensemble des soutiens de François Hollande réunis à Colomiers ce 29 août.