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Notre classe

Loi travail XXL

Combat personnel ou combat collectif ? De la part d’un cheminot en colère

Contrairement à toute la propagande médiatique qui vise à diviser les cheminots qui seraient des privilégiés du reste des travailleurs, nous relayons le récit d'un cheminot révolté contre les ordonnances de Macron et la régression sociale, et déterminé à construire la convergence des luttes. Tous et toutes en grève et dans la rue le 21 septembre !

J’ai beau y penser, j’ai beau essayer,

Je n’arrive toujours pas à me préoccuper du sort personnel des Cheminots, donc du mien.

Depuis maintenant quelques années, les cheminots subissent des régressions constantes sur leurs acquis sociaux, voyant restreindre un à un les avantages qui compensaient un rythme de travail et de vie peu commun (à savoir, horaire de travail décalé en 3x8, weekend et jours fériés inclus, et ce souvent durant toute leur vie professionnelle).

Mais les attaques que nous promet Macron sont peut être les plus importantes de ces dix années écoulées, comme en témoigne la volonté gouvernementale et patronale de réformer les régimes spéciaux de retraite, de réduire les facilités de circulation pour les cheminots et leurs familles ou bien encore de contraindre un cheminot à être rattaché à une filiale de droit privé, si son activité était absorbée par celle-ci, à défaut d’être licencié en cas de désaccord. Sachant que la SNCF organise son propre dumping social via ses filiales de droit privé, ce dernier point reste très préoccupant.
Non, malgré cela je n’arrive toujours pas à me préoccuper de mon sort personnel. Pourtant, il me semble bien que je devrais. Se préoccuper de soi relève d’une logique humaine implacable. Puisque tant de Cheminot sont inquiet quant à leur avenir et sont prêt à défendre leur statut coûte que coûte, je devrais probablement ressentir cette même obligation ; non pas de défendre et de préserverses acquis, mais bel et bien m’inquiéter sur le sort qui est le mien. A l’inverse, voici ce qui se produit au fond de moi. Un probable dysfonctionnement de mon cerveau m’oblige à dépasser le cadre purement individuel de ma situation pour me préoccuper du sort général des salariés de ce pays (on pourrait légitimement étendre cette préoccupation au monde dans son ensemble).

Pourquoi ?

Parce que je prends conscience que ma situation professionnelle, relevant pourtant de 17 années en horaire décalé 3x8, reste plaisante par comparaison à celle d’un ouvrier/salarié du secteur privé exerçant une activité similaire ou tout aussi contraignante en termes d’horaire. Ma fonction professionnelle recèle encore des avantages qui permettent de compenser les lourdeurs de ma profession en termes de rythme de travail, même si ces avantages tendent à fondre comme neige au soleil.

Il est de coutume, pour toute propagande politicienne, patronale donc bourgeoise, de toujours comparer par le bas les situations afin de légitimer les réformes libérales les plus drastiques.
Vouloir constamment aligner par le bas l’ensemble des métiers, des contrats, des statuts, des retraites et des lois sociales, en culpabilisant celles et ceux qui bénéficient de quelques avantages liés à leurs fonctions, relève d’une stratégie éculée constamment employée et mise en œuvre par la classe dominante.

Pourquoi donc ne jamais réformer par le haut en attribuant à celles et ceux, les moins favorisés sur le plan professionnel et social, les mêmes avantages de celles et ceux en bénéficiant.

Pourquoi ne jamais harmoniser par le haut, en alignant l’ensemble des métiers, contrats, statuts et retraites, tout secteur professionnel confondu pour permettre à toutes et tous de bénéficier des mêmes garanties sociales.

Cette logique patronale, mis en œuvre par les directives gouvernementales, n’a pour objectif que la déstructuration des acquis sociaux des salariés pour libérer et accentuer l’effort de productivité qui entraînera une accumulation de richesse pour une élite dirigeante toujours plus avide de fortune, donc de domination.

Non et décidément non, dès le moment où je prends conscience du sort des autres, de celles et ceux qui m’entourent, je ne peux plus me préoccuper uniquement de mon sort personnel. Il m’est impossible de revenir en arrière et de retrouver cette posture égoïste consistant à ne vouloir défendre que son statut sans se préoccuper de celui des autres, nettement plus précaire, non pas que je vive dans l’opulence.

Jamais non plus, je n’éprouverai de jalousie pour celles et ceux bénéficiant d’un statut plus avantageux que le mien, ce que revendique et cherche à instaurer en permanence les propagandes médiatiques fomentées par la classe patronale et politique.

Ne pas être égoïste et envieux sont les deux principaux combats que tout individu doit mener personnellement pour être en capacité de construire une nouvelle société égalitaire basée sur une franche et sincère solidarité.

Lorsque l’on se préoccupe du sort des autres, en cherchant l’amélioration constante de la situation sociale collective, on contribue indirectement à se préoccuper de son propre sort. Tout est intimement lié ; plus que nous ne pourrions l’imaginer de prime abord.

Soyez donc certain d’une chose, l’évolution du bien-être collectif, contribuera à votre bien-être.

Cette posture consistant à dépasser son combat personnel pour permettre au combat collectif d’exister est peut-être la clef de la réussite finale. Dépasser son propre combat c’est aussi dépasser son obédience syndicale pour permettre d’abolir le corporatisme, cette infection contagieuse qui n’est ni plus ni moins qu’une forme différente d’individualisme et d’égoïsme.

Nous devons plus que jamais nous élever au-dessus de toute contrainte corporatiste qu’elle soit professionnelle ou bien encore syndicale afin de créer les conditions d’une véritable convergence commune, soit les conditions d’un succès potentiel.

L’œuvre est grande, le chantier est immense mais la récompense en vaut largement la peine.




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