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Politique

Beaucoup attendent un retour sur investissement

Combien de patrons du CAC40 dans le gouvernement Fillon ?

C’est une promesse de François Fillon : son équipe resserrée de ministres sera nommée d’ici 2017 au cas où il serait élu. À la charge de ces ministres de préparer l’opération à cœur ouvert, sans anesthésie, de la France à l’été 2017. Ces noms donneront un signal clair sur la politique que le candidat des Républicains souhaite mener et, d’ores et déjà, de nombreux noms circulent. Le député de Paris aime rappeler l’importance qu’il a donnée aux hommes issus de la société civile lorsqu’il a formé ses équipes. Sauf que derrière le mot « société civile » se cache une catégorie qui est bien éloignée de l’honnête citoyen et sa morne vie : actionnaires et PDG du CAC40 se bousculent au portillon pour mener les réformes qui leur rapporteront le plus.

Après avoir mis au tapis Juppé, Fillon s’attelle à mettre la France à genoux. Et, comme tout bon fossoyeur, il a sa méthode, son programme. Avec un programme sorti tout droit des tréfonds de la Grande-Bretagne de Margaret Thatcher, il s’apprête à rendre au patronat français ce qui doit être (selon lui) au patronat français : le sang et la sueur des travailleurs. À coup sûr, peu lui importera sa cote de popularité qui ne risque guère d’être bien haute : seul le cours de l’action et l’augmentation des dividendes seront gages de sa réussite. Notons qu’ici, il imite en tout point celui à qui il veut succéder. Mais pour mener cette politique, le fier Sarthois a évidemment besoin d’alliés fidèles jusqu’au bout. Pour mettre à bas l’assurance maladie, augmenter la TVA, réduire les dépenses publiques de dizaines de milliards d’euros, il lui faut une équipe capable de rassurer tous les conseils d’administrations des multinationales ayant des intérêts en France.

Beaucoup de noms résonnent dans les salons parisiens, mais trois ou quatre reviennent très souvent. Dont un particulièrement : le comte Henri de La Croix de Castries, Henri de Castries pour les intimes, l’ex-PDG d’AXA. Le cher bambin fait partie des PDG que Fillon estime beaucoup et pourrait être pressenti pour Matignon ou bien pour Bercy. Premier ministre ou ministre de l’Économie, ce sera de toute façon un poste de choix pour envoyer le compromis social de 1945 aux oubliettes. L’homme représente tout d’abord tout ce que la France voulait envoyer au bûcher ce printemps. À la tête de l’assureur AXA pendant 17 ans, il a su engranger de mirifiques profits pour ses chers actionnaires, qui le lui ont bien rendu : 5,4 millions d’euros en 2014 (7e salaire du CAC40) ; il est en outre administrateur chez HSBC (13,5 milliards de bénéfices en 2015) et Nestlé (8,2 milliards de bénéfices en 2015). Des postes et des fonctions qu’il a bien entendu conquis au détriment de tous les employés des entreprises qu’il a dirigées : chez AXA, les 5 milliards de bénéfices ont été possibles grâce aux licenciements, au dumping social, et même au suicide d’un de ses collaborateurs. L’homme de réseau, qui a su profiter de l’ENA, d’HEC et de l’Inspection des Finances pour tisser sa toile millénaire jusqu’à la présidence de Bilderberg, un groupe très resserré de politiques et milliardaires cherchant à parfaire au mieux leurs intérêts, dans lequel il a même fait entrer François Fillon ! Il a particulièrement œuvré durant sa campagne, notamment en levant des fonds pour lui, et s’est visiblement rendu totalement disponible en quittant la présidence d’AXA. Loin d’être un porte-flingue du Capital, l’homme l’incarne à merveille jusqu’à son dernier cheveu brossé. Finalement, l’homme pourrait être celui qui casserait jusqu’au bout, avec son expérience d’assureur, la Sécurité Sociale, au profit des mutuelles de santé. Une perspective qui excite particulièrement la bourgeoisie française, qui trépigne de voir le printemps arriver.

Cependant, d’autres beaux étalons sont dans les starting blocks : Pierre Danon (ancien PDG de Numericable et de British Telecom), directeur de campagne adjoint de Fillon, pourrait aussi faire particulièrement l’affaire dans un gouvernement du patronat. Au sein de l’équipe politique de Fillon, l’homme serait critiqué en interne pour son « manque d’expérience politique et sa forte propension à vouloir exporter les règles de l’entreprise en politique », selon le magazine Forbes. Des règles qui, on le sait, sont encore moins à l’avantage des salariés. D’autres noms –Alexandre Bompard (Canal+, puis Fnac), Antoine Gosset-Grainville (BDGS)- pourraient aussi faire partie des quinze mercenaires que Fillon compte employer à son attaque contre la classe ouvrière et la jeunesse. Des hommes qui, loin d’être intéressés par la politique, auront l’avantage certain de n’avoir que faire d’une cote de popularité, qui, de toute façon, ne réduira pas leur fortune.




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