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Comme au temps des colonies, la police impose la réouverture aux grévistes de Mayco Coca Cola

Après 57 jours de grève, la direction de Mayco Coca Cola a imposé la réouverture de l'entreprise en faisant intervenir la police hexagonale, puis a licencié en représailles 24 grévistes. En réponse, les 115 salariés grévistes (sur 140) ont menacé de démissionner collectivement et de laisser l'entreprise sans salariés.

Les salariés de Mayco, entreprise qui fabrique le Coca-Cola et autres sodas de la marque américaine pour Mayotte, sont en grève depuis le 27 octobre et bloquent l’entreprise. Ils réclament une augmentation de salaire de 4% (déjà actée mais non appliquée) et le paiement des heures supplémentaires. Les négociations n’ont rien donné, la direction de l’entreprise attaque même les salariés en justice et demande que le blocage soit déclaré illégal.

En réponse, la direction avait choisi de fermer le site le 13 décembre suite à l’intervention d’agents de sécurité contre le personnel gréviste, que la direction a utilisé. « Nous avons rouvert l’usine ce matin (mercredi, ndlr) pour effectuer les livraisons », explique le PDG de Mayo Coca Cola. « Nous essayons de remettre en marche une ligne de production, mais c’est un processus qui est long. Cette réouverture est temporaire, c’est encore très incertain. Je suis conscient que nous n’avons pu rouvrir aujourd’hui que grâce à la présence de la gendarmerie. Mais tant qu’il n’y a pas de menace [de la part des grévistes], on continuera à travailler », complète encore le responsable.

On se croirait donc au temps des colonies : la police hexagonale intervient pour réprimer les travailleurs aux ordres même de la grande multinationale Mayco, dont le propriétaire n’est autre que le groupe Coca-Cola Beverages Africa (CCBA). Cette direction tente ainsi de briser cette grève qui semble-t-il a trop duré pour la multinationale. Ainsi, elle tente de pourrir le conflit en accusant les grévistes de vouloir sacrifier l’usine pour la défense de quelques-uns, des fauteurs de trouble en somme… Elle est passée à l’étape supérieure en convoquant convoqué 24 salariés grévistes parmi les 115 qui ont cessé le travail en vue de les licencier. L’entreprise compte 140 salariés.

Face aux licenciements visant à briser l’unité des travailleurs en grève, c’est par la solidarité que les salariés ont répondue : « Puisque la direction souhaite licencier certains d’entre nous, nous avons décidé de faire bloc. Nous allons faire valoir nos droits individuels, pour aller ensuite chercher du travail ailleurs », a expliqué, Soilihi Midaïn, leader CGT Ma, seul syndicat gréviste. Après une AG, les grévistes ont décidé d’envoyer un message clair à la direction « nous préférons que le directeur nous donne l’ensemble de nos droits et mette fin aux contrats de tous les grévistes, plutôt que de licencier juste une partie de nos camarades. Nous sommes tous grévistes, et tous les actes commis l’ont été collectivement ». Non, la direction de Mayco, appuyé par les forces de police, ne les diviserons pas.

Par ailleurs, les grévistes préparent la contre-attaque : « Deux camions Sodifram ont récupéré les boissons (…) et nous comptons attaquer en justice la direction. Nous n’admettons pas [qu’elle] ait recours à des personnes extérieures pour faire le travail du personnel gréviste", explique Soilihi Midaïn, délégué syndical CGTM, qui indique qu’il y avait encore une cinquantaine de grévistes devant l’usine hier matin. Bien que les trois revendications principales à l’origine du mouvement de grève (revalorisation d’une partie des salaires et des primes sur objectifs, décompte hebdomadaire transparent des heures supplémentaires grâce à un système de pointage, ndlr) ont été satisfaites, la grève continuera pour empêcher les licenciements de grévistes. La tension sociale ne redescend donc pas tant les grévistes ne sont pas prêts à céder au chantage.




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