Politique

Vous avez dit légitime défense ?

’Comme un chien’. Abattu de cinq balles par la BAC en Isère

Publié le 29 octobre 2016

C’est par une banale dispute entre voisins que commence l’altercation : un homme de 51 ans, visiblement éméché, se dispute avec son voisin et devient violent. La BAC intervient et l’homme les menace avec une machette qu’il fiche dans le sol. Alors qu’il fait un mouvement, les forces de « l’ordre », alors protégés en deux colonnes derrières des boucliers balistiques, font feux. Armés d’armes de poing et de fusils d’assaut HK G36 (une arme de guerre qui équipe notamment la Bundeswehr, l’armée de terre allemande), ils font feu croyant voir un « objet ressemblant à une arme de poing ». Cinq balles font mouche, dont une dans la tête, le reste dans le thorax. L’homme tombe, abattu, comme le dit sa femme, « comme un chien ».

George Waters

Cinq balles et un cercueil pour une altercation entre voisins. Alors que la police n’a toujours pas communiqué sur la nature de l’objet qu’aurait sorti l’homme, tout laisse penser qu’il s’agit bien là d’une nouveau mort tué par la police, dont on peut remarquer des similitudes avec la mort de Medhi tué de cinq balles par la police à Cergy en janvier 2016. Tout d’abord, le fait que la police n’ait toujours rien affirmé sur la présence ou non d’une arme de poing est assez signifiante ; d’autant plus que la femme et le fils de l’homme affirment qu’il n’en possédait pas. D’autre part, comme le dit la femme de l’homme abattu, si la « légitime défense » des policiers venait à être qualifiée, - ce qui au sens légal du terme n’est pas encore attesté- il est totalement légitime de se demander pourquoi on tire au fusil d’assaut dans la tête des gens au lieu de les neutraliser de façon non-létale.

Les cinq policiers ont été mis en garde à vue et une enquête de l’IGPN a été ouverte, un signe que « l’affaire » pourrait postuler à ce que eux considèrent être des « bavures ». Les syndicats policiers comme FO ou Alliance, eux se sont solidarisés immédiatement des policiers. Le secrétaire de SGP Police-FO affirmait en défense que « les policiers sont dans un état de stress et de vigilance absolue dans ces situations. La légitime défense était proportionnée et simultanée, en riposte ». Mais depuis quand peut-on accepter qu’un homme armé d’un fusil d’assaut puisse tirer parce qu’il est dans un « état de stress » ? Après avoir abattu de cinq balles à bout pourtant un homme, manifestement ivre, il est plus que nécessaire de répéter que les victimes ne sont pas du côté des forces de police armés jusqu’aux dents. Ce dont il s’agit avant tout, c’est de se solidariser de la famille de la victime, et d’exiger toute vérité sur l’affaire, et toutes les autres, comme celle d’Adama Traoré.

Face à l’institution police, dont une partie manifeste, depuis plus de dix jours, pour exiger plus moyens pour réprimer, plus d’impunité policière, le gouvernement vient d’accéder à une partie de leurs revendications, avec 100 millions d’euros supplémentaires pour la police, alors que l’austérité reste que la règle dans l’éducation et les services hospitaliers notamment. En parallèle, il vient d’ouvrir un groupe de travail qui devra proposer une loi d’assouplissement de la « légitime défense ». Pourtant, en déclarant que la « légitime défense était proportionnée et simultanée, en riposte », le syndicat SGP Police-FO explique par lui-même, que la « légitime défense » telle qu’elle existe aujourd’hui au sens de la loi, permet aujourd’hui aux forces de police de pouvoir se saisir de son arme pour « maitriser », et manifestement tuer dans les « règles » un homme. Qu’en sera-t-il alors avec la présomption de la légitime défense défendue par les forces de polices, et une partie de la droite ?

Pour imposer qu’il n’y ait plus d’autre victime, c’est d’un combat plus général contre l’Etat policier, pour une défense unitaire des droits démocratiques. Contre le renforcement répressif des forces de police qui vise à étendre les pouvoirs des forces de police, avec plus de moyens répressifs, et plus d’impunité policière. C’est pour cela qu’il s’agit pour les organisations syndicales, de salariés, d’étudiants et les associations des quartiers populaires de construire un large front contre ce tournant autoritaire. Et pour défendre fermement, contre cet Etat de plus en plus policier, les droits démocratiques de s’exprimer, de manifester, de se réunir, de circuler et de s’installer librement. Contre le coup de force : non à l’impunité policière et au permis de tuer !