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Jeunesse

Face aux menaces policières de déblocage

Comment défendre le Mirail ?

Alors que l'administrateur provisoire Laganier appelle la préfecture à débloquer le Mirail, comment défendre le Mirail dans le contexte actuel du mouvement étudiant ?

En avril, ne te découvre pas d’un fil. En mai non plus...

La situation du mouvement étudiant n’est plus exactement la même début mai qu’en mars-avril. Depuis l’offensive des fachos de Montpellier, le mouvement étudiant avait multiplié les blocages avec occupation et les AG massives, dans de nombreuses universités. Le gouvernement pariait fin avril sur une combinaison de facteurs pour tuer le mouvement de contestation. Les vacances, couplé à des déblocages violents, puis la pression des examens et l’arrivée des vacances d’été, auraient raison de la mobilisation. 

Et pourtant, malgré les coups portés, notamment en ayant fait tomber Tolbiac, et les limites propres au mouvement lui-même, la contestation de Parcousup survit aux déblocages . Dès la rentrée, des AG de 2000 personnes à Rennes 2 ou à Nanterre (pourtant débloquée violemment) ont voté massivement le blocage et la poursuite du mouvement. D’autres facs restent bloquées en France, et une fronde d’une partie des enseignants et personnels semble poindre, même si tardivement parfois, contre la sélection qu’on leur demande d’effectuer. 

C’est dans un contexte de recul partiel, mais pas de défaite totale, que se trouve le mouvement étudiant. C’est dans ce contexte, que Richard Laganier, administrateur provisoire de la fac du Mirail, a renié ses propres mots sur le fait qu’il était inutile de faire débloquer la fac du Mirail, et s’est appuyé sur la décision du tribunal administratif saisi par l’UNI pour appeler la préfecture à envoyer les "forces de l’ordre" au Mirail. 

Quelques écueils à éviter

On l’a vu, la contestation étudiante n’est pas morte. Elle se trouve face à un défi central. Non seulement "tenir" face à la répression et aux déblocages du gouvernement, mais élargir, désenclaver le mouvement au-delà des seules occupations, en vue de démonstrations de rue qui manquent encore. En ce sens, la décision des étudiants de Bordeaux de débloquer eux-mêmes leur fac (et les idées que cela a donné à un secteur d’étudiants mobilisés au Mirail, notamment à l’AG de rentrée du 30 avril) envoie d’avantage un message de capitulation, d’abandon, sans d’ailleurs avoir été un outil pour massifier plus (le 1er mai bordelais rassemblait 7000 personnes, dont des cortèges de jeunesse relativement équivalents aux autres villes). Ces secteurs expliquent parfois que la répression "détourne" les étudiants des vrais questions, ou empêchent d’élargir la mobilisation. Les réactions qu’ont provoqués les déblocages de certaines facs parisiennes (certains secteurs d’enseignants se sont mis en grève totale suite à ça par exemple) permettent de penser le contraire. 

Mais l’écueil inverse existe aussi. Pour certains, le blocage et l’occupation serait une fin en soi, et sa défense serait une question à régler exclusivement sur le terrain du rapport de force physique. Un écueil de la mouvance autonome particulièrement visible dans le mois de lutte à Tolbiac par exemple

Au contraire, les modalités tactiques (comme le blocage, l’occupation, l’attitude à adopter face à la répression...) doivent être penser en fonction de la situation globale et d’une stratégie d’ensemble pour gagner. D’où l’importance d’ailleurs de lutter pour que le mouvement de l’enseignement supérieur arrive à se coordonner et à établir un plan de bataille au niveau national, contre la division actuelle entre 4 coordonations (CNE, CNL, CNX, CNU...). Dans un contexte où la répression est un outil central de Macron qui cherche à se donner une posture de président jupitérien face à la mobilisation, le gouvernement veut montrer que même une grève comme celle du Mirail, organisée et très suivie par les personnels peut être détruite par la répression. Si le gouvernement veut faire du Mirail un exemple, il risque au contraire de se retrouver face à un exemple de résistance.

Comme le 20 mars, il est possible d’empêcher le déblocage du Mirail !

Alors que l’offensive de déblocage commençait début mars, par les fachos à Montpellier, ou la police comme à Bordeaux le 6 mars, à Dijon le 19 mars, à Grenoble le 22... la fac du Mirail était mise sous tutelle et menacée d’intervention policière. Pourtant, le gouvernement et l’administrateur provisoire qu’il venait de nommer, avaient dû reculer et expliquaient ne jamais avoir songé à une intervention policière. 
Ce recul du gouvernement était le résultat du rapport de force politique (et non militaire) que les étudiants et personnels mobilisés ont réussi à imposer. 

Une réaction rapide contre la menace de déblocage, un rassemblement à plus de 700 personnes, une médiatisation importante, et de nombreux soutiens extérieurs. Voilà le cocktail qui avait été gagnant alors.

Plusieurs facs mobilisées s’étaient positionnés en soutien au Mirail, plusieurs secteurs en lutte aussi comme les grévistes du CHU de Toulouse ou les cheminots, et de nombreuses personnalités politiques comme Poutou ou Mélenchon. 

L’attitude des personnels BIATSS du Mirail aussi, en première ligne pour ne "pas laisser les étudiants seuls face à la répression", avait fini de refroidir les ardeurs du préfet de police et son gouvernement.
Ce qui a été possible le 20 mars, peut l’être de nouveau aujourd’hui. C’est le sens du rassemblement organisé à 18h ce jeudi par le comité de mobilisation, qui doit être le plus massif possible. C’est le sens aussi du communiqué de Sud Rail hier mercredi 2 mai, expliquant que « si vous évacuez les étudiants du Mirail, vous trouverez les cheminots sur votre chemin ». C’est le sens enfin de l’énorme Assemblée Générale des étudiants de Sciences Po Toulouse, à plus de 300, en solidarité avec le Mirail aujourd’hui.

Si l’on s’en donne les moyens, il est possible non seulement de défendre l’occupation et le blocage du Mirail, mais d’utiliser cette défense pour tenter d’élargir le combat, d’entraîner ceux qui doutent encore de la possibilité de battre Macron, sa loi Vidal, et son monde.




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