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Débats

Notre histoire

Commune de Paris. Il y a 145 ans, les travailleurs imposaient leur gouvernement

Le 18 mars 1871, les travailleurs parisiens faisaient fuir la bourgeoisie de Paris et proclamaient la commune de Paris. Quelle a été cette expérience révolutionnaire ? Quelle est son actualité aujourd’hui ? Georges Camac

Le début de l’insurrection


En ce mois de mars 1871, Paris est encerclée par l’armée prussienne. Après six mois d’une guerre perdue contre la Prusse et d’un long siège de la capitale, la colère est grande dans la population parisienne contre ceux qui les ont envoyés au front. Au mois de septembre déjà, ils ont renversé l’Empire de Bonaparte. Et l’armistice signé en janvier 1971 par le nouveau gouvernement vient remettre de l’huile sur le feu. Les parisiens refusent de capituler.

Face à la détermination des parisiens, le 18 mars, l’ordre est donné par Adolphe Thiers de faire retirer les canons de Paris dans la nuit, notamment ceux situés à Montmartre. Au petit matin, la population surprend l’armée et se rebelle. Les chefs ordonnent de continuer l’évacuation des canons mais la grande majorité des soldats fait sécession. Deux généraux, Lecomte, et Clément-Thomas, qui avaient participé à la répression du soulèvement de juin 1848, sont massacrés par la foule rue des Rosiers. C’est le début de l’insurrection.

La démocratie de la Commune


Alors, les communards ne seraient-ils que des patriotes jusqu’au boutistes qui refusent de faire la paix ? Pas vraiment. D’abord, les canons que Thiers prétend reprendre au nom de l’Etat appartiennent en réalité aux communards. Durant la guerre, ce sont les travailleurs parisiens qui les ont payés eux-mêmes avec la souscription. Mais surtout, les parisiens n’ont aucune confiance dans le gouvernement. Et ils ont bien raison. Le projet d’armistice, derrière ses apparences pacifistes, a surtout pour but de faire mater la population parisienne, coupable, aux yeux des bourgeois, d’être trop proche des idées révolutionnaires.

Après l’insurrection, le nouveau gouvernement fuit Paris et établit son siège à Versailles. Les travailleurs parisiens sont livrés à eux-mêmes et vont alors établir leur propre démocratie, radicalement différente de celle qui aura cours avant et après. Les trois mesures phares sont la suppression de l’armée permanente, remplacée par la Garde nationale dont tous les citoyens doivent faire partie ; l’élection et la révocabilité de tous les responsables dans l’administration, la justice, l’enseignement et la Garde nationale, ainsi que la limitation du traitement des employés de la Commune à celui d’un ouvrier. Un fonctionnement largement plus démocratique que celui qui structure aujourd’hui la Vè République et sa caste politicienne. Il proclame aussi l’égalité totale entre les hommes et les femmes sur le plan juridique et politique, bien avant tous les gouvernements bourgeois !

Le gouvernement des travailleurs et travailleuses


Mais la Commune de Paris est bien davantage qu’un ensemble de mesures démocratiques. Elle est selon Karl Marx, qui s’est abondamment penché sur l’histoire de cette insurrection, la première forme de « gouvernement des producteurs par eux-mêmes ». C’est bien la fuite des classes dominantes qui permet de faire exister à Paris l’un des régimes les plus démocratiques qui ait existé. D’ailleurs, la Commune de Paris s’accompagne d’un grand nombre de mesures sociales : la réquisition des logements vacants, la baisse des loyers, la création des futures Bourses du travail, la suppression du travail de nuit chez les boulangers, l’interdiction des amendes et des retenues sur salaire dans les ateliers et les administrations ou encore l’éducation gratuite et obligatoire et la mise en place de coopératives ouvrières dans les fabriques abandonnées.

Dans une société où vivent des classes aux intérêts contraires, la démocratie ne peut être autre qu’une démocratie ouvrière, c’est à dire la prise du pouvoir par ceux et celles qui produisent et font tourner la société au quotidien. Une leçon de classe que les classes dominantes en France avaient, de leur côté, bien compris. Après s’être retiré de Paris, le nouveau gouvernement va préparer patiemment la contre-offensive. Après avoir conclu la paix avec la Prusse, le nouveau président, Adolphe Thiers va réprimer dans le sang la Commune, du 21 au 28 mai, faisant plusieurs dizaines de milliers de morts. Une défaite de la Commune qui était envisagée dans ces termes par Karl Marx : « Si la Commune était battue, la lutte serait seulement ajournée. Les principes de la Commune sont éternels et ne peuvent être détruits ; ils seront toujours mis à nouveau à l’ordre du jour, aussi longtemps que la classe ouvrière n’aura pas conquis sa libération. »




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