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Conditions de travail dans les maisons de retraite : un rapport alarmant

À l'issue d'une mission parlementaire, un rapport sur les Ehpad dénonce une situation dangereuse pour les travailleuses et travailleurs, mais aussi pour les personnes âgées qui y sont prises en charge.

Crédit Photo : vu sur ceetal.com

« Les Ehpad [établissements d’hébergement pour les personnes âgées dépendantes] sont en sous-effectif partout et ça ne date pas d’aujourd’hui. C’est quelque chose qui existe depuis un certain nombre d’années et qui fait consensus. Tous les secteurs, privés et publics, sont concernés »
C’est ce qu’a annoncé Monique Iborra, députée LREM et rapporteure de la mission parlementaire d’information sur les Ehpad. Cette enquête avait été décidée suite à la médiatisation de la grève longue de 117 jours des aides-soignantes de la maison de retraite des Opalines dans le Jura. Le combat de ces travailleuses avait révélé au grand public les conditions de travail insoutenables dans ces établissements.

Brigitte Bourguignon, présidente de la commission, alerte les conditions de travail qui seraient « particulièrement préoccupantes tant d’un point de vue physique que psychologique ». À titre d’exemple, la profession d’aide-soignante connaît un taux d’absentéisme moyen de 10% et un taux d’accidents du travail deux fois supérieur à la moyenne nationale, taux plus important que dans des métiers considérés à risque comme le BTP. À moyen terme, la mission parlementaire d’information a prévu de travailler sur l’instauration d’une norme minimale d’encadrement, qui existe déjà dans d’autre pays d’Europe. En effet, la moyenne en France est de 55 professionnels pour 100 résidents, alors que le seuil recommandé est de 80 professionnels.

Violeta, jeune infirmière diplomée, témoigne pour Révolution permanente de ce qu’elle a pu voir des Ehpad entre ses stages et son CDD qu’elle a arrêté au bout de deux jours au vu des conditions de travail inacceptables :
« La moyenne est de 50 patients pour une infirmière. Il est très difficile de savoir à quel patient donner quel traitement, d’autant plus que les aides-soignantes ont d’autres tâches à accomplir, et les personnes agées ne sont pas toujours en mesure de le savoir non plus. Il y a donc un gros risque de se tromper dans les traitements. Dans les grands Ehpad, les aides-soignantes peuvent avoir à faire une trentaine de toilettes en une matinée. Le résultat : aucune disponibilité pour discuter avec les patients, une mauvaise prise en charge, des soins mal faits, voire de la maltraitance. Dans les Ehpad, il y a beaucoup de problèmes d’escarres [plaies pouvant aboutir à une nécrose de la peau] chez les personnes alitées, car les aides-soignantes n’ont pas le temps de faire les massages nécessaires à ces personnes. Au niveau des conditions de travail, infirmières et aides-soignantes ont notamment beaucoup de problèmes de dos, car il n’y a pas assez de matériel, ni de personnel, et que l’on se retrouve souvent, par exemple, à devoir déplacer toutes seules des personnes qui pèsent plus lourd que nous. »

Face à cette situation, les professionnels de la santé demandent à l’État de sanctuariser les contrats aidés dans le secteur. Une mission parlementaire ne suffira pas à améliorer les conditions de travail et la prise en charge des travailleurs. À l’image des grévistes des Opalines, la lutte des travailleuses et des travailleurs est la seule réponse à l’exploitation accrue. Cela est d’autant plus vrai dans le contexte actuel, où Macron cherche à faire passer de nombreuses mesures s’attaquant directement aux plus précaires : suppression d’un grand nombre de contrats aidés, Loi travail XXL...




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