Débats

X° conférence de la Fraction Trotskyste – Quatrième Internationale - Deuxième journée

Conférence de la Fraction Trotskyste. Vers une nouvelle étape de convulsions politiques et de lutte de classes

Publié le 12 août 2016

Publié originellement sur La Izquierda Diario.

La deuxième journée de débats de la Conférence de la Fraction Trotskiste – IV Internationale a abordé la discussion sur la situation politique internationale à partir d’un rapport de la camarade Claudia Cinatti, membre de la direction nationale du PTS. S’en est suivi un débat entre les délégués des différents pays et une conclusion du camarade Emilio Albamonte.

Le rapport introductif a commencé par souligner le fait que les nouveaux phénomènes politiques constituent l’élément le plus dynamique de la situation internationale. Ces phénomènes émergent sur la base des conditions créées par la crise capitaliste initiée avec la Grande Récession de 2008, qui n’a pas produit une situation de krach, mais elle n’a pas non plus donné lieu à une relance économique solide.

L’émergence des phénomènes politiques nouveaux, à gauche comme à droite, se développe sur fond d’une forte polarisation politique et sociale, héritée des conditions inscrites dans la crise de 2008. Cette tendance est plus aiguë dans les pays capitalistes avancés, en particulier les Etats-Unis et l’Union Européenne.

La crise des partis traditionnels s’exprime, par exemple, dans l’effondrement des partis sociaux-démocrates en Europe, dans la profonde crise du Parti Républicain aux Etats-Unis et dans le surgissement de phénomènes « populistes » de gauche et d’extrême-droite, comme le montre la candidature de Donald Trump, l’émergence du « phénomène Bernie Sanders », ou encore le renforcement des partis d’extrême-droite européens. La victoire du Brexit, qui a soulevé la crise profonde du projet de l’Union Européenne sous la direction de l’impérialisme allemand, ainsi que la crise au sein de l’Etat espagnol où ils n’ont toujours pas réussi à constituer le gouvernement, sont des manifestations du fait que la crise capitaliste a développé des tendances à la crise organique dans plusieurs pays du centre, et des crises organiques ouvertes dans certains pays de la périphérie capitaliste, comme le Brésil et le Vénézuela.

Nous avons décidé de reprendre cette catégorie que Gramsci utilise pour définir une crise structurelle, et qui permet de soulever les profondes contradictions que les classes dominantes ne peuvent pas résoudre au moyen de leurs méthodes de domination politique habituelles. Cela ouvre une période de remise en question profonde et de rupture d’importants secteurs des classes exploitées avec les partis traditionnels qui, dans leurs diverses variantes, conservateurs ou sociaux-démocrates, n’ont pas hésité à appliquer le programme néo-libéral.

Le contexte général est celui d’une décadence du leadership des Etats-Unis sur la scène internationale qui se manifeste également dans les crises non-résolues au Moyen-Orient, et en particulier dans la guerre civile en Syrie qui concentre les principales contradictions de la situation internationale. La sanglante bataille pour le contrôle de la ville d’Alep est le symbole de la complexité de ce conflit qui a pris un cours réactionnaire et qui dépend des intérêts des multiples acteurs, en particulier des Etats-Unis et de la Russie. Avec l’excuse de vouloir « combattre le terrorisme » et l’Etat islamique, ces pays interviennent dans la région soit directement, soit à travers des groupes locaux. Si Hillary Clinton est élue lors des prochaines élections présidentielles aux Etats-Unis, comme semblent l’indiquer les sondages, elle a déjà annoncé qu’elle renforcera cette politique guerrière et d’intervention impérialiste.
La guerre civile en Syrie, conséquence la plus dramatique de la défaite qu’ont subi les processus révolutionnaires du printemps arabe, est devenue un problème de premier ordre pour les gouvernements occidentaux, comme nous avons pu le constater avec la crise des réfugiés qui a secoué l’Union Européenne ainsi qu’avec la vague d’attentats terroristes en France, Allemagne, Belgique et aux Etats-Unis. Ces événements sont déjà en train de reconfigurer la scène politique. Par exemple, dans le cas de la France, cette situation est utilisée par le gouvernement « socialiste » de Hollande pour opérer un tournant autoritaire et pour imposer la loi travail même après un fort mouvement de lutte. Ces événements sont également la raison du renforcement du discours xénophobe, anti-immigrés et raciste de la part de l’extrême-droite, qui manipule la peur des secteurs qui voient leurs conditions de vie menacés et détourne cette peur contre les immigrés et les musulmans.

La tentative de coup d’Etat en Turquie a permis au président Recep Tayyip Erdogan de lancer une purge sans précédent afin de liquider toute opposition, et en particulier de discipliner la minorité kurde, afin d’imposer un régime plus autoritaire et de recomposer les alliances internationales de son pays, qui joue un rôle stratégique dans la région, en raison de sa localisation géographique, entre orient et occident.

La signification de la lutte contre la loi travail en France a été débattue en profondeur, en tant que symptôme qui montre que la situation de faible croissance ou stagnation économique, de polarisation et de crise politique est en train de créer les conditions pour le développement des nouveaux phénomènes de la lutte de classes. La discussion sur la situation en France fera l’objet d’une session dédiée de la Conférence, étant donné l’importante intervention des camarades du Courant Communiste Révolutionnaire et le fait que Révolution Permanente, qui fait partie du réseau international des quotidiens de La Izquierda Diario, est devenu un des médias du mouvement.

Nous sommes dans une étape de virages brusques, dans laquelle seront à l’ordre du jour aussi bien des virages bonapartistes, que des nouveaux phénomènes de la lutte de classes et de radicalité politique. Cette situation fait de l’intervention des révolutionnaires quelque chose de fondamental afin d’avoir une influence décisive au sein de ces phénomènes et ainsi proposer une issue ouvrière et progressiste à la crise. Dans le cas contraire, ce sont les variantes les plus réactionnaires de la bourgeoisie qui finiront par s’imposer, comme nous l’avons déjà vu au long du XXᵉ siècle.