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Jeunesse

Violences policières : les manifestants répondent

Conférence de presse : « la violence, c’est celle de la police qui tue et de la justice qui acquitte »

Mercredi 4 mai, à 15h30 s'est tenue à la Bourse du travail de Paris une conférence de presse pour dénoncer les violences policières qui se multiplient depuis le début du mouvement contre la loi travail. Dernière en date, la traditionnelle manifestation du 1er mai où l'ont a vu un niveau de provocations policières jamais atteint : nasse, flashballs et grenade de dispersion tirées à bout portant. Face à cela, et aux médias qui n'ont de cesse de rappeler la soit disant violence des « casseurs », niant toujours celle venant de la police, les organisations des manifestants répondent. Une offensive de contre-pouvoir médiatique, riposte de la propagande gouvernementale et à ses chiens de gardes, en attendant la constitution d'un réel contre pouvoir politique contre la loi du travail et son monde. Nina Kirmizi

Étaient présents des représentants de la Coordination Nationale Etudiante, Ludivine Bantigny, Nacira Guénif, enseignants chercheurs, signataires de la tribune publiée dans Libération, « un pouvoir qui matraque la jeunesse est faible et méprisable », des lycéens de la Coordination Nationale Lycéenne, un parent d’élève du Comité Voltaire contre la répression des lycéens, un porte parole de Nuit Debout, des membres de l’équipe de Street Medic, et des victimes de violences policières, Mehdi lycéen à Léonard de Vinci à Levallois-Perret et Marco, étudiant de Paris 8, tous deux poursuivis pour s’être mobilisés contre la loi travail.

Une montée de la violence inouïe

Elsa, représentante pour la Coordination Nationale Etudiante a commencé par rappeler les faits : de la brutalité policière du 17 mars à Tolbiac dont Marco a été victime jusqu’à la dernière manifestation du 1er mai, avec ces méthodes d’encerclement et de recherche systématique de la provocation mises en place par les forces de l’ordre. Elle a dénoncé et rappelé les conséquences physiques de l’usage des flashballs par la police qui ont causé la perte d’un œil d’un étudiant à Rennes, des grenades de désencerclement lancées à bout-portant dans les airs par les forces de police, qui ont également touché au visage un journaliste le 1er mai, l’usage des Tasers recensé à Clermont-Ferrand. A Nantes, la préfecture parle actuellement de remettre en place les « voltigeurs », ces escouades qui avaient été à l’œuvre en 1986 lors des mobilisations contre la loi Devaquet et « qui ont causé la mort de Malik Oussekine » à cette époque.


Faute de recensement, le nombre de blessés et d’interpellations dans le cadre de ces mobilisations n’est pas encore éclairci a précisé Elsa. L’équipe de Street Medic, chargé de prendre en charge et d’aider les manifestants blessés, a rappelé le chiffre de « plus d’une centaine de blessés aidés » lors de la manifestation du 1er mai. Elsa a quant à elle rappelé le nombre de « 47 interpellations » uniquement pour les lycéens. L’un d’entre eux, Mehdi, lycéen à Levallois-Perret a raconté les circonstances de son interpellation : avec quatre de ses camarades, il a passé 24 heures de garde à vue. Lui même est poursuivi pour « violence contre les forces de l’ordre, autrement dit, pour un jet d’œuf ». Un déchaînement de violence - « un de mes camarades arrêté à été frappé aux testicules, une autre frappée à terre »- qui ne s’explique que par « une volonté de nous faire taire, en particulier nous, les lycéens de banlieues ». « Ce qu’on réclame face à cela, c’est le respect de notre droit à faire grève en tant que lycéens ».

Face à cette répression, des collectifs s’organisent : le Comité Voltaire, dont Max, parent d’élève, était venu porter sa voix et sa dénonciation des poursuites et des violences policières envers les lycéens. « Ryan, 15 ans, a été mis en garde à vue pendant 24h dans des conditions ignobles, sans avoir pu voir un avocat ». C’est un bon élève. Sa seule faute : avoir brûlé un papier. « Un autre, qu’on appellera David, également lycéen à Voltaire, a été arrêté à son domicile par la police et la BAC ». Il est poursuivi pour avoir déversé des gravats aux pieds du lycée et de la proviseure. C’est cette dernière qui a porté plainte, « alors que la direction devrait protéger les élèves, c’est la première à appeler la police ». Cette interpellation musclée n’a pourtant pas suffit à la direction : « de retour à l’école, David a été convoqué en conseil de discipline et exclu de l’établissement ». « Tout ça alors que le procès n’a même pas eu lieu et que la justice ne s’est pas encore prononcée sur la réalité des faits ».


« Nous refusons la division entre manifestants et casseurs »

La propagande gouvernementale qui consiste à opposer bon manifestants et casseurs a été largement dénoncée : « nous refusons la division entre manifestants et casseurs » a rappelé Nathan pour la Coordination Nationale Lycéenne. Une division entretenue, « car ce que craint par dessus tout le gouvernement, c’est la convergence des luttes » a appuyé Ludivine Bantigny, signataire de la tribune publiée dans Libération « un pouvoir qui matraque la jeunesse est faible et méprisable ». Citant mai 68, 1986, elle a rappelé à quels points ces méthodes de division sont typiques des gouvernements pour décrédibiliser les mouvements. « Cazeneuve fait la guerre non pas aux casseurs, mais aux manifestants » (Kenza de la CNL) avec des méthodes qui sont permises par l’état d’urgence.


Ces méthodes policières n’ont en réalité pas grand chose de nouveau. Pour Nacira Guénif, enseignante-chercheur à Paris 8, « L’usage disproportionné de la force est une pratique courante au sein des quartiers populaires et envers les populations racisées. C’était le terrain de jeu privilégié de la police, visant prioritairement la jeunesse, considérée comme un segment pathologique de la société française. » « Ces droits de manifester ont été d’abord interdits en 2005, suite à la mort « d’un noir et d’un arabe », reprenant ainsi les termes « qui sont employés par les forces de l’ordre » et cette manière d’agir a été réprimée dans le sang. Aujourd’hui le pouvoir étend le domaine de cette lutte parmi de larges segments de la société française qui n’y sont pas véritablement habitués. »

« La violence, c’est surtout celle de la police qui tue et de la justice qui l’acquitte »

« Le mode de discussion de la police, c’est la bombe » a déclaré Camille, porte parole de Nuit Debout. « Un terrorisme d’Etat dont l’objectif est d’empêcher aux gens de descendre dans la rue ». Sur les questions des journalistes, les intervenants ont rappelé, que face aux œufs et aux pierres, la police dispose d’armes létales et tue : Rémi Fraisse récemment, mais aussi Zyed et Bouna en 2005, Malik Oussekine en 1986 et biens d’autres.

La violence, c’est aussi la violence sociale, de la loi travail et de son monde de misère et de précarité a insisté Nathan. Allant dans ce sens Ludivine Bantigny cite Brecht : « pire que de braquer une banque, c’est en créer une  ». En effet, comment ne pas comprendre la colère et les vitrines dévastées des banques, quand c’est tout le symbole de la finance, de la corruption, de l’évasion fiscale des puissants qu’il s’agirait de dénoncer.

Face à cette violence policière, les organisations présentes revendiquent l’auto-organisation et la constitution de services d’ordre et de défense autonome, afin de se protéger des violences policières. « Il faut constituer un contre-pouvoir médiatique  » à ce gouvernement qui revendiquait le rôle de la jeunesse et qui aujourd’hui la frappe à terre ; mais aussi « un contre-pouvoir politique ». Après la conférence de presse, une réunion des organisations était prévue également à la Bourse du Travail pour penser les méthodes de défense concrètes face à ces violences policières. Un premier pas pour ouvrir la brèche sur des méthodes policières qui restent largement couvertes et masquées par le pouvoir et les grands médias.




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