Politique

Les présidentielles en ligne de mire

Congrès de Poitiers : Hollande reprend les rênes du PS, mais rien ne garantit sa candidature pour 2017

Publié le 10 juin 2015

Yano Lesage

Pour le Congrès du PS qui se tient à Poitiers ce week-end, les jeux sont déjà faits. La motion et la candidature de Jean-Christophe Cambadélis, relais de la ligne gouvernementale dans le parti, a obtenu la majorité, assénant un coup d’airain à la politique des « frondeurs ». Distribuer les postes et les faveurs de manière à ne froisser personne, là est le véritable enjeu de ce week-end : il s’agit de mettre le parti en ordre de bataille derrière la candidature d’Hollande pour 2017. Sans pour autant avoir l’appareil derrière lui, Manuel Valls se révèle déjà être un rival de poids dans la course à la présidentielle.

Un parti remanié à la sauce hollandaise

La reconquête du PS par Hollande s’est concrétisée par la victoire de Jean-Christophe Cambadélis comme premier secrétaire du parti et de la motion A, lors des votes de préparation au Congrès. Après des mois de « frondes » au sein de la majorité et du PS, l’opération de Hollande pour ce Congrès est réussie, la reprise en main assurée, et les frondeurs invités à regagner les rangs

Ce qu’il reste à faire, c’est répartir les places au sein du conseil national, parlement du parti, à hauteur des soutiens obtenus. Au sein de la motion A, le clan de Martine Aubry réclame sa part du gâteau - 30% des places – pour un soutien de barons du PS, caution plus à gauche et pour laquelle la victoire de Cambadélis sera décisive. Les proches de Hollande ne sont pas en reste, tout comme les protégés des membres de l’exécutif, qui comptent bien garder leurs places au sein de l’appareil. Les sensibilités sont multiples et la négociation sera rude, avec le risque, en cas d’insatisfaction, de voir se retourner les alliances contre Hollande.

L’exercice est tout aussi délicat du côté de la motion B qui a récolté 29%, des voix, et doit répartir les 58 sièges obtenus entre les proches d’Emmanuel Maurel, de Benoit Hamon, les « ex-frondeurs » et les proches d’Arnaud Montebourg, plutôt en retrait ces derniers temps. La mue du parti socialiste, initiée par Hollande premier secrétaire du parti, est en train de s’achever sous Hollande, chef de l’Etat : la lutte d’orientation fait place à la guerre des postes et à la logique de clan, vidant toujours un peu plus le parti de sa consistance idéologique comme de ses militants.

Quoique puisse révéler le Congrès de Poitiers sur l’état de déliquescence du parti, l’effondrement de sa base militante qui poursuit la trajectoire de la courbe électorale, Hollande est parvenu à resserrer les rangs de l’appareil autour de la ligne gouvernementale et à liquider les velléités d’opposition des frondeurs, mal positionnés pour proposer un candidat pour 2017. Hollande assure ses arrières et sa reconduction au pouvoir à la prochaine échéance.

Une primaire et Manuel Valls

Tandis qu’Hollande consolide le front du parti à Poitiers en vue de 2017, la parution du sondage Opinion Ways -LCI du 4 juin semble contrarier ses ambitions : les sympathisants socialistes se prononcent à 76% pour l’organisation d’une primaire au PS, et la candidature de Manuel Valls recueillerait 42% d’opinions favorables contre 27% pour Hollande.

Ce qu’Hollande a réussi à mettre en place au sein de l’appareil par un rappel à l’ordre, il n’est pas sûr qu’il y parvienne au sein de son gouvernement, qui constitue également un marche-pied essentiel pour se présenter aux présidentielles.

Manuel Valls, l’a bien compris : plutôt discret lors du Congrès, d’autres ressorts sont à sa disposition pour lancer sa campagne. Le boycott d’un dîner à l’Élysée, pour préférer l’organisation d’une rencontre internationale sur « l’avenir de la social-démocratie », avec la fine fleur des dirigeants sociaux-libéraux européens dans son fief, à Evry, peut être interprétée comme un renforcement de la stature internationale du futur présidentiable.

Malgré les tractations dans les coulisses du Congrès, les allégeances qui lui sont faites à l’heure actuelle au sein du parti, Hollande bénéficie d’une stabilité toute relative. Avec une popularité supérieure dans les sondages, rien n’empêche un retournement en faveur du candidat le plus apte à éviter la défaite, à conserver le pouvoir et les postes, soit Manuel Valls pour le moment.

05/06/2014