Monde

Grèce

Congrès de Syriza. Tsipras et son austérité largement reconduits

Publié le 20 octobre 2016

Le président grec Alexis Tsipras a obtenu un large soutien de Syriza en obtenant plus de 92% des voix pour la présidence de la formation au congrès militant qui avait lieu entre le 13 et le 16 octobre. C’est un large appui aux politiques d’austérité et à son application aux travailleurs grecs.

Alexis Tsipras a été réélu président de Syriza, lundi soir, lors du deuxième congrès de l’organisation. 2758 participants sur 2926 ont voté et Tsipras, qui était l’unique candidat à la présidence, a obtenu 2548 voix, réalisant un score de 92,39%, ce qui en fait le leader indiscutable de la formation. Durant le congrès ont également été élus les 151 membres du comité central et une nouvelle organisation régionale.
Désormais, le comité central se compose de 151 membres au lieu de 201 auparavant, et est composé, comme le prévoient les règlements, d’un tiers de femmes et de pas plus de 25% de cadres gouvernementaux.

Si il a existé des voix critiques contre les politiques mises en œuvre par le gouvernement grec, et notamment en raison de la distance entre le discours de campagne et les renoncements face à la Troïka une fois arrivé au pouvoir, il n’y a donc pas eu lors de ce congrès de forte remise en cause de la figure de Tsipras, qui a obtenu 18 points de plus que lors du précédent congrès, en 2013. Les voix dissonantes sont restées minoritaires.

Le nouveau Comité Central devra se réunir le plus tôt possible pour élire un nouveau secrétaire général du parti et son secrétariat politique. L’information a déjà filtré que Tsipras souhaiterait que le nouveau secrétaire général soit un de ses ministres les plus éminents, un indice sur un probable changement à venir au sein de l’Exécutif.
L’un de ces ministres, Panos Skurletis, qui détient le ministère de l’Énergie, habitué à entraver les privatisations et beaucoup d’autres réformes du programme d’ajustement conclu avec la Troïka, a d’ores et déjà refusé le poste de secrétaire général. Et ce alors même que les médias grecs disaient qu’il était possible que Tsipras le voit bien à ce poste lorsqu’il avait prononcé les phrases suivantes : « Il est plus important pour un membre du parti d’être élu membre du Secrétariat Politique que d’être ministre » mais aussi « Les postes ministérielles ne se déléguent pas sur des critères permanents ».

Samedi dernier, lors du congrès, Tsipras avait déclaré lors de sa seconde intervention qu’il espérait obtenir « une réduction significative de la dette publique grecque » et rompre le « cercle vicieux » de la dette, la récession et l’austérité. Il a également promis que, dans les prochains mois, il mènerait la bataille pour éviter que les droits des travailleurs soient charcutés, comme le voudrait le Fonds Monétaire International (FMI) et à parvenir à ce que les créanciers acceptent de réduire la dette.

Le fossé entre le discours et la réalité

Cependant, de telles déclarations apparaissent bien hypocrites quand on sait comment Tsipras s’est évertué à appliquer les plans d’ajustement de la Troïka. Deux semaines avant seulement, le gouvernement grec réprimait à coups de gaz lacrymogènes et de tirs de flashball les retraités qui protestaient contre la baisse des pensions.

La Grèce pourrait bien renouer avec le spectre d’énormes mobilisations et de grèves générales, à l’image des luttes très dures menées dans certains secteurs, notamment dans le domaine de la santé, de l’éducation, des docks et des transports. Ces derniers ont joué un rôle central dans la lutte contre la privatisation des services mise en œuvre par Tsipras et les institutions de la Troïka.

Les promesses de Syriza à son arrivée au pouvoir d’en finir avec les plans d’austérité paraissent bien loin maintenant, et se sont même transformées en coupes budgétaires drastiques et la capitulation face à Merkel et à la Troika. Sous couvert de prétendre « gagner la confiance des partenaires européens », d’éviter le « Grexit », le gouvernement « anti-austérité » de Tsipras s’est converti en bien peu de temps en un gouvernement qui a mis en œuvre les pires plans d’austérité, les pires coupes budgétaires et programmes de privatisation.

La lutte pour l’annulation de la dette grecque est bien le seul chemin réaliste, comme première étape, face à la crise sociale qui sévit en Grèce. Le néo-réformisme, lui, a désormais montré ses limites.

Traduction par Georges Camac, www.laizquierdadiario.com