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Politique

Édito

Congrès de Versailles : moins serein, Macron infléchit son discours

Pour la seconde fois de son mandat Macron a réuni ce lundi 9 juillet un congrès à Versailles, réunion des deux chambres du Parlement et du Sénat. À l’issue de sa première année de quinquennat, Jupiter est affaibli : sa popularité est en berne, la bataille du rail n’a pas écrasé la résistance du mouvement ouvrier comme il l’espérait, et le projet néolibéral européiste au centre de son mandat est en crise dans toute l’Europe. Un congrès pour réaffirmer et expliquer son projet, mais aussi pour la première fois radoucir sa posture dans ce contexte de craquellement de son assise.

Crédits photo : Martin BUREAU / AFP

À l’aube de son an II, Macron en mauvaise posture

Alors qu’il semble depuis un an avoir accumulé les victoires, le macronisme n’est pas à l’heure du triomphe. Au contraire, tous les éditorialistes notent une situation difficile pour le président jupitérien. Lui, comme son premier ministre Édouard Philippe dévissent dans les sondages , 59 % des sondés n’approuvent pas son action, et ce chiffre tombe encore plus bas pour le chef du gouvernement. La succession d’affaires qui ces derniers mois n’ont fait que consolider son image de Président des riches, ainsi que sa politique anti-migrants particulièrement réactionnaire, ont fini de lui faire perdre ses derniers oripeaux progressistes, et avec eux, la gauche de son électorat.

Plus généralement, comme le souligne un article du Monde, « l’optimisme post-élection s’est dissipé ». La foi en la capacité de Macron à pouvoir faire passer ses contre-réformes et libéraliser le pays à grande vitesse, vacille. Au lendemain du second tour, il y a un peu plus d’un an, nous écrivions que malgré la victoire, en apparence solide, de Macron, l’étroitesse de sa base sociale faisait du macronisme un système d’une grande fragilité. Un an plus tard, loin d’avoir consolidé un bloc social plus large lui permettant de gouverner, Macron a perdu une partie de ses soutiens et de son électorat, sans pour autant convaincre de nouveaux pans de la population de son projet politique.

Le congrès de Versailles ou le défi d’explicabilité du macronisme

Dans ce contexte de fragilité structurelle et de désalignement des planètes, l’enjeu pour Macron était de tenter à nouveau de répondre au déficit d’explicabilité de son projet politique. Or pour une Présidence bonapartiste dans laquelle la mystique individuelle prend une grande place, « il n’y a guère mieux que Macron pour expliquer le macronisme  comme le souligne une députée LREM. D’où l’enjeu de ces congrès, exceptionnels chez ses prédécesseurs, mais que Macron veut instituer en évènements annuels, lui permettant de ressouder sa majorité parlementaire, qui refuse parfois de se mettre au diapason de sa politique. « Pas d’annonces concrètes mais la volonté de rappeler ce que c’est que le macronisme » titrait hier Le Monde. « Le congrès doit servir non pas à changer de cap », prévient Édouard Philippe dans une ode à la « ténacité » ; ce n’est pas le moment. Mais à la pédagogie. Donner du sens, assumer des choix, définir cet objet non encore identifié qu’est le macronisme. » explique Cécile Cornudet, éditorialiste pour Les Échos.

« Nouveau contrat social » et plan pauvreté : le Président des riches fait mine de renouer le dialogue social

Alors que depuis son élection la présidence jupitérienne avait été marquée par une succession ininterrompue de réformes et par une stratégie de sidération du mouvement de masse, une inflexion semble se faire sentir dans le discours du gouvernement. En effet alors que la bataille du rail devait consolider son projet politique et défaire l’un des principaux bastions de la classe ouvrière, Macron est loin d’avoir réussi à écraser la combativité des cheminots. Aujourd’hui, si l’affrontement et la fermeté ont été payants pour réussir à faire passer la plupart de ses attaques, sur le long terme le macronisme apparaît comme une fabrique à radicalité dangereuse pour les classes dominantes, rendant plus compliqué que prévu le passage des importantes contre-réformes à venir.

« Un an après son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron a l’intuition qu’il doit faire autrement et corriger un autoritarisme qui pourrait finir par bloquer son ambition réformatrice. Il s’adoucit donc, promet de mieux écouter et associer. » explique toujours l’éditorialiste des Échos. Alors que dans la continuité de sa première année de règne on aurait pu attendre le lancement, tambour battant, de la réforme des retraites et de la fonction publique, si elles ont été annoncées, quelques reculs ont déjà été esquissés. Autour de la suppression des pensions de réversion d’abord, qui avait suscité une levée de boucliers jusque dans les rangs des Républicains – c’est dire. « Faire croire que nous voudrions supprimer les pensions de réversion est une rumeur malsaine », « rien ne changera pour les retraités d’aujourd’hui » a dû se défendre Macron devant ses parlementaires. De même, face à la gronde, Macron avait il y a quelques jours reculé sur la suppression de la mention de la sécurité sociale dans la constitution.

Au contraire le discours de Macron, comme l’ont souligné la plupart des articles de presse, a été particulièrement marqué par la question d’un « nouveau contrat social » et l’annonce du plan pauvreté. Son image entachée à raison par son étiquette de Président des riches, Macron a affiché sa volonté de « sortir les pauvres de la pauvreté » et construire un « État-providence du XXIème siècle », « émancipateur, universel, efficace, responsabilisant ». Conscient de la contradiction essentielle entre l’étroitesse de sa base sociale et ses ambitions réformatrices Macron est en train de devoir revoir sa posture pour son an II et reprendre les vieilles recettes de ses prédécesseurs : faire mine de faire du social pour agréger à sa base des franges des classes populaires.

Alors que Macron comptait sur une victoire nette et claire dans la bataille des cheminots en vue d’enclencher la vitesse supérieure dans son train de contre-réformes, le président des riches se voit obliger d’infléchir du moins sur la forme. Une illustration de plus des contradictions de fond que les réformes engagées par Macron génèrent. Ou encore, une démonstration que Macron n’est pas aussi invincible qu’il veut le faire croire.




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