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« Construire l’opposition ». Cambadélis, Bertrand and co tentent-ils de ressusciter le bipartisme ?

Alors que l’éviction des Républicains et du PS du deuxième tour de la présidentielle a entrainé une forte recomposition du paysage politique français, mettant à mal le bipartisme, plusieurs pontes de droite et de gauche sortent du bois à trois jours des législatives.

Crédits photo : Patrick Schulze-Heil, Lionel Jullien

Éviter l’hémorragie. Un objectif à gauche comme à droite

On le sait, les élections présidentielles n’ont pas été de tout repos pour les appareils traditionnels de la gauche et de la droite. D’un côté, le Parti Socialiste a payé cash le quinquennat Hollande, souffrant de la percée de Jean-Luc Mélenchon et réalisant un score à peine supérieur à celui de Gaston Defferre en 1969. De l’autre, Les Républicains, à qui le pouvoir semblait promis, n’ont pu se relever de l’affaire du « Pénélope Gate » qui a littéralement fait exploser en plein vol la candidature Fillon. Deux situations différente mais qui amènent les deux formations historiques du pouvoir dans une profonde crise, sur fond d’effondrement pur et simple du bipartisme à la française, ouvrant à une situation de recomposition du paysage politique français.

Après l’élection d’Emmanuel Macron, ce sont maintenant de nombreux pontes LR et PS qui ont ralliés la « majorité présidentielle » pour les législatives, soit en s’étiquetant directement sous la bannière La République En Marche, soit par des candidatures indépendantes – comme celle de Manuel Valls – ou par des soutiens affichés à des candidatures issus de la nouvelle formation politique au pouvoir, l’exemple le plus frappant étant celui d’Alain Juppé. Si cette situation n’est en rien surprenante, elle ne fait qu’aggraver la crise des deux partis de gouvernement historique des classes dominantes françaises. En ce sens, et à trois jours du premier tour des législatives qui voit, pour l’heure, La République En Marche en tête, Jean-Christophe Cambadélis, patron du PS, et Xavier Bertrand, patron de la région Hauts-de-France, sont montés au créneau : il s’agit de faire émerger une « opposition » au gouvernement Macron qui se traduit dans les faits par une sortie visant à colmater les brèches pour éviter l’effondrement. Si, du côté du Parti Socialiste, la tâche s’annonce quasi insurmontable au vue des sondages, Les Républicains semblent en possibilité, si ce n’est d’obtenir la majorité, de conquérir un nombre relativement conséquent de sièges à l’Assemblée. Du moins c’est ce que Bertrand espère.

Sur les réformes importantes, LR et PS seront avec Macron…

L’objectif reste avant tout, pour Les Républicains comme pour le PS, d’éviter une majorité absolue des candidatures La République En Marche et de ses alliés afin que les « historiques » du bipartisme français continuent de jouer un rôle influant sur la vie politique française. Mais ne nous y trompons pas, PS et LR apporteront les appuis nécessaires lorsque les réformes centrales aux yeux des classes dominantes seront sur la table. Une opération délicate en somme afin, d’un côté, de redorer leur blason respectif tout en contentant les aspirations de la bourgeoisie française qui se juge « en retard » sur son principal partenaire et concurrent, l’Allemagne. Très concrètement, les différences de lignes possible ne seront conditionnées qu’au travers d’une appréciation potentiellement différentes des « risques sociaux » (comprendre, les risques d’explosion sociale) que pourrait provoquer tel ou tel texte, adopté par telle ou telle méthode. Républicains et socialistes en savent quelque chose, ayant tour-à-tour dû faire face à des mobilisations massives à l’occasion d’attaques frontales contre les travailleurs, sur le code du travail, la sécurité sociale ou bien encore les retraites.

Le bipartisme français peut-il renaître de ses cendres ?

L’incertitude autour du résultat du scrutin législatif et la situation d’instabilité générale du champ politique français permet pour l’heure de laisser la porte ouverte à tous les scénarios. Toutefois, il semble quasi-acté, après une présidentielles qui a vu quatre blocs électoraux distincts se former, qu’il est tout à fait improbable que les formations historique du bipartisme français reprennent la main. Si Les Républicains disposent d’une (mince) marge de manœuvre, le Parti Socialiste est aujourd’hui totalement en ruine. Dans tous les cas de figure, dans l’hypothèse de la réémergence d’un bipartisme fort en France, cela se concrétisera autour de nouvelle formation politique, intégrant ou non les appareils LR et PS.

Toutefois, il s’agit bien, pour la période qui s’ouvre, d’observer avec attention l’évolution à « la gauche de la gauche » et à l’extrême droite, qui sera déterminante dans la recomposition du champ politique français. La France Insoumise arrivera-t-elle à se constituer en organisation plus pérenne, englobant le PCF, certains écologistes et une partie de l’appareil socialiste (ou, à minima, en étant un centre de gravité autour duquel ces formations graviteront), alors que Benoît Hamon d’un côté et Anne Hidalgo essayent, chacun de leur côté, de mettre en place des mouvements post-PS ? Rien ne permet de le dire. Au niveau du Front National, l’inconnue réside dans l’issue de la crise ouverte entre Philippot, Marine Le Pen et les franges les plus traditionnelles de la formation d’extrême droite. L’évolution de la situation pourrait avoir des conséquences pour l’aile droite des Républicains, qui voit aujourd’hui les franges centristes rejoindre (ou être tenter de rejoindre) Emmanuel Macron. En d’autres termes, c’est bel et bien la crise du FN qui conditionne l’espace politique au sein duquel Les Républicains pourraient se reconstituer. Et tout ceci n’est que le début d’un phénomène plus large qui pourrait avoir des effets en cascades plus importants encore au cours des mois à venir.




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