Genres et Sexualités

« Sortir de la prison de la honte »

Contre les violences faites aux femmes. Appel à témoignages

Publié le 23 novembre 2016

Le 25 novembre se tiendra la journée contre les violences faites aux femmes. Une journée où les femmes et minorités de genre descendront dans la rue pour dénoncer les violences machistes et sexuelles quotidiennes qui nous concernent personnellement, ou touchent une proche, une amie et concernent aussi les femmes à l’autre bout du monde, souvent de manière encore plus violente : harcèlement sexuel, harcèlement au travail, harcèlement de rue, violences et viols conjugaux, viol par inceste, crimes de guerre, transphobie, lesbophobie, féminicide… Ces violences sont nombreuses et restent encore sous silence, étouffées par la honte, la peur, la culpabilité, le déni. Un silence savamment entretenue par un système judiciaire qui en décourage plus d’une : policiers sexistes, plaintes qui n’aboutissent pas, délais de prescription, viols redéfinis en « agression sexuelle ». Des violences également reproduites par ce même système : agressions sexuelles commises par les forces de « l’ordre », politiciens qui déversent des propos sexistes et homophobes à longueur de journée. Comment face à cela ne pas se résoudre à se taire, à garder tout cela dans la sphère intime et privée ? Comment transformer la honte, la colère, la peur en lutte contre son/ses agresseur.s et avant tout contre le système qui génère, banalise, ces violences ?

Nous parlons d’un système hétéro-patriarcal qui maintient une division sexuelle et de genre, binaire, entre les « hommes » et les « femmes ». Une division qui inscrit profondément dans tous les rouages de la société la domination d’un sexe sur un autre. Une division qui permet de faire des « femmes » et minorités de genre des « sous-hommes », des « sous-citoyenn.es » opprimées et exploitables à loisir. Un système qui enseigne et socialise les hommes à la « virilité », à intégrer que les femmes sont des êtres « dociles » et inférieurs, qui naturalise et essentialise la différence homme-femme, que le corps des femmes est un objet de désir à la disposition des hommes. Une domination sexuelle sur les femmes et minorités de genre légitimée par l’Etat et qui s’exprime quotidiennement : quand un homme harcèle une femme dans la rue, quand il la harcèle au travail entre deux couloirs, qu’il l’isole du reste du monde, quand il lève la main sur elle pour se défouler, parce qu’elle ne reste pas dans son « rôle », quand il lève la main sur elle jusqu’à qu’elle en meurt.

Comment ne pas s’emmurer dans le silence et la culpabilité quand on est victime d’une agression sexuelle, sexiste, homophobe ? Comment s’affronter aux flots d’injures des uns et au silence des autres, quand une femme ose dénoncer l’agression, l’injustice, la discrimination, le crime qu’elle vient de subir ? Comment passer de la hargne à la lutte ? Nous pensons qu’il faut dénoncer ces violences partout où elles se produisent : à l’école, au travail, dans la rue, à la maison, dans la famille, à n’importe quelle date : hier, il y a trois mois, il y a dix ans, par n’importe qui : le patron, le frère, l’ami de la famille, l’inconnu. Nous pensons qu’ouvrir la boîte de pandore en mettant des mots sur une violence de genre c’est permettre à d’autres d’en prendre conscience, de se relever, de comprendre et de trouver la force pour s’organiser contre l’ensemble de ces violences. Que c’est à celles qui subissent ces violences de chercher à élever la conscience, lever le voile sur ce que c’est d’être une femme, une personne trans, homosexuelle, bisexuelle dans la société d’aujourd’hui. Ecrire sur ces violences c’est ce que nous faisons dans la section « Genre et sexualités » pour qu’elles ne soient pas reléguées aux « faits divers », pour quece qui constitue un féminicide ne soit pas considéré comme un « crime passionnel ». C’est partir d’une expérience personnelle, traumatique, violente, partir de ces voix de femmes et minorités de genre qui témoignent pour passer à la dénonciation profonde de ce qu’est le sexisme structurel des institutions et des agressions machistes. Partir de ces témoignages pour mettre en lumière les rouages qui concourent à la perpétuation du sexisme et de toutes ses voies d’expression.

Des dénonciations qui doivent être données à lire à des centaines de milliers de femmes et minorités de genre, parce qu’elles peuvent donner lieu à des mobilisations et à des victoires pour les femmes et l’ensemble des opprimé.es, mettre en lien des femmes et amener à ce que l’on s’organise ensemble, à prendre en charge nous-mêmes sur nos lieux de travail, dans la rue, dans nos sphères, la question du sexisme, des violences faites aux femmes.

Pour témoigner : envoyer la contribution à l’équipe de rédaction, via notre page facebook ou bien par mail à siterevolutionpermanente@gmail.com.