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Politique

Dehors la police d’Aulnay-sous-Bois !

Contre les violeurs de Théo. Nouvelle nuit de tensions dans le 93

Une nouvelle fois depuis dimanche, la nuit de mardi à mercredi a été marquée par un quadrillage policier de la Cité des 3000 à Aulnay. Preuve que les déclarations de Hollande au sujet d'une « justice qui fait son travail » et les appels au calme, c’est pour la galerie.

Jean-Patrick Clech

Visite à l’hôpital

Compte-tenu de la situation explosive à Aulnay et pour éviter que l’ensemble de la banlieue Nord ne bascule dans un scénario à la 2005, l’exécutif a changé de braquet et prend le contre-pied de ce qui avait été fait à l’époque de l’assassinat de Zyed et Bouna. En 2005, le préfet du 93 et le directeur départemental de la sécurité publique s’étaient empressés d’affirmer qu’il n’y avait pas eu de faute de la part des policiers alors que le gouvernement n’avait fait preuve d’aucune compassion pour la famille des adolescents morts électrocutés. En revanche, Après la nuit d’affrontements de lundi à mardi, Hollande lui-même s’est rendu au chevet de Théo, toujours hospitalisé à Robert-Ballanger à la suite du viol qu’il a subi par quatre policiers lors d’un contrôle, jeudi dernier. Parallèlement, Bruno Le Roux, ministre de l’Intérieur, sortant de sa réserve habituelle au nom de la « présomption d’innocence », condamnait à l’Assemblée des « faits d’une gravité évidente ». Il est désormais clair pour tout le monde que les violences qu’a subies Théo, décrites sur BFM et reprises dans Le Parisien, sont d’une brutalité inouïe. Pendant ce temps, l’Elysée se chargeait de diffuser largement la vidéo du président en compagnie de Théo, visiblement choqué, l’invitant à lancer un appel au calme en direction des jeunes d’Aulnay. Mais tout en gérant la question comme une opération de com’ et en dépit de cette visite censée montrer la compassion présidentielle, la situation sur le terrain est tout autre.

Quadrillage des 3000

Mardi soir, un hélicoptère de la police muni d’éclairages a recommencé à tourner dans la nuit au-dessus d’une cité à demi-plongée dans le noir, alors que les CRS continuaient à patrouiller, secondés par des effectifs de police montée, envoyés en nombre. Malgré les gestes d’apaisement et les promesses de justice du gouvernement, que Théo a été invité à soutenir, ce sont 17 jeunes qui seront déférés dès aujourd’hui devant le parquet de Bobigny sur les 25 interpellés dans la nuit de lundi à mardi, auxquels il faut rajouter les cinq gardés-à-vue de dimanche soir. Les jeunes interpellés, dont onze mineurs, seront jugés pour « embuscade » et « attroupement avec arme et violences volontaires » là où les seuls véritables coupables de traquenards et d’attroupements armés et dangereux, dans le 93, c’est la police.

Sur le terrain, donc, la violence contre les jeunes se poursuit. La stratégie de l’Elysée n’est pas seulement d’une hypocrisie sans nom : il faut tout faire pour éteindre l’incendie avant qu’il ne se propage en envoyant des signes de bonne volonté tout en donnant carte-blanche sur le terrain pour frapper un grand coup. On ne saurait, sinon, s’expliquer comment deux équipages de la BAC ont pu faire usage de leurs armes de poing en tirant « en direction du ciel », selon la direction de la police, car à court de grenades lacrymogènes et car ayant épuisé leurs réserves de cartouches de flashball pour LBD40. C’est le double climat d’impunité, qui règne à la suite des manifs de flics, et de soutien tacite du gouvernement « tant qu’il n’y a pas de bavures », selon l’entourage de Cazeneuve, qui crée cette situation absolument intolérable à Aulnay. Dans la nuit de mardi à mercredi, encore, les affrontements se sont poursuivis.

Faire front pour imposer la justice et le départ des forces de répression

Si tant est qu’il soit possible de les hiérarchiser, les violences qu’a subies Théo sont d’une extrême gravité. En ce sens, la réaction des jeunes d’Aulnay est absolument légitime et c’est bien pour cela que, tous ensemble, il faudrait les soutenir. Les manifestations localisées qui ont pu avoir lieu à Paris ou à Toulouse, mardi soir, sont un premier pas, mais ne sont pas suffisantes si l’on veut appuyer ce combat contre les violences policières et la répression.

La seule façon de désenclaver la mobilisation, ce dont le gouvernement a peur, ce serait en lui permettant de sortir du face-à-face nocturne et local avec les forces de répression. Pour ne pas répéter le scénario de 2005, à savoir la solitude des émeutes et le silence passif des organisations de notre classe, il faudrait que l’ensemble des courants syndicaux et politiques du mouvement ouvrier, de la jeunesse et des classes populaires dénoncent ce qui s’est passé, se fassent le relais des exigences de justice des jeunes du quartier de la Rose-des-Vents et exigent l’arrêt du quadrillage militaire de la cité et de la ville par la gendarmerie et la police.

Les syndicats enseignants des établissements d’Aulnay et du département devraient appeler à arrêter le travail par solidarité avec une jeunesse traquée et pourchassée par la police ; les unions locales et départementales des syndicats, à commencer par la CGT, Solidaires et la FSU, devraient appeler à la solidarité pour que cesse cette situation d’occupation militaire des quartiers. Si Le Pen a son « principe de base », à savoir de « soutenir les policiers », nous ne pouvons pas ne pas avoir les nôtres.

Entourer le mouvement actuel, le relayer et l’appuyer pourrait jouer un rôle fondamental pour que nous puissions faire front contre le racisme institutionnel des contrôles au faciès et contre les violences policières. Ce n’est ni le gouvernement, ni le président, ni le maire d’Aulnay, qui permettront que toute lumière soit faite sur « l’affaire Théo ». Si tous, de droite comme de gauche, craignent un embrasement de la jeunesse à la veille d’une « présidentielle toboggan », c’est bien parce que, tous ensemble, nous aurions la force d’imposer que justice soit faite et que les forces de police se retirent des quartiers occupés.




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