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Monde

De la tension à l’incendie

Corée du Nord : montée des tensions avec les USA

4 Juillet, fête de l'indépendance américaine et jour de lancé de missile intercontinental pour la Corée du Nord. Le régime de Kim Jong-un n'a pas choisi au hasard cette date pour faire monter la pression en Asie du Sud-est. Alors que Donald Trump a durci son discours envers le régime nord-coréen, c'est tout l'équilibre des forces avec la Chine, le Japon, la Corée du Sud et la Russie qui se trouve au centre de cette crise militaire et diplomatique.

« Ce type n’a rien de mieux à faire de sa vie ? Difficile de croire que la Corée du sud et le Japon vont supporter ça très longtemps. Peut-être que la Chine va faire un geste fort au sujet de la Corée du Nord et mettre fin à cette absurdité une bonne fois pour toutes ! ». La réaction de Donald Trump en cette journée de fête d’indépendance nationale traduit le degré de tension que le régime de Kim Jong-un a réussi à susciter avec son nouvel essai de missile intercontinental. Cette nouvelle provocation du régime allié à la Chine et à la Russie met à nue les rapports de forces à l’œuvre en Asie entre les deux grandes puissances qui se disputent le leadership sur la région.

La Corée du Nord est fière de cet essai de missile intercontinental que les médias du régime qualifient d’« historique ». Dans sa volonté d’être « une puissance nucléaire forte » capable de « frapper tout endroit au monde », Pyongyang réalise un pas de géant pour réaliser son objectif qui est de pouvoir menacer directement les États-Unis avec une arme nucléaire. L’armée nord-coréenne a, en effet, réussi à envoyer un missile Hwasong-14 à 2 802 km d’altitude et à la faire voler sur une distance de 933 km. Une performance qui inquiète Washington d’autant plus que les tirs de missile se sont intensifiés récemment.

La course à un armement nucléaire et de longue portée est une nécessité vitale pour le régime de Pyongyang ouvertement opposé aux américains et très critique sur leur intervention en Syrie. C’est aussi un moyen d’entretenir l’antagonisme avec la Corée du Sud, alliée historique des États-Unis, qui accueille le bouclier anti-missile américain (THAAD). Ce déploiement militaire américain dépasse cependant largement le cas de la Corée du Nord puisque son rayon d’influence s’étend aussi à la Chine et à la Russie, ce que les deux puissances voient d’un mauvais œil.

Face à la montée des tensions, la Chine a appelé à de « la retenue » en attendant la concertation entre les États-Unis, la Corée du Sud et le Japon lors du prochain G20. Le régime chinois entend temporiser la situation tout en montrant qu’il n’entend pas réduire ses prétentions impérialistes en mer de Chine méridionale. Dans cette optique, le président chinois a fait un voyage auprès de son homologue russe pour accorder leur position dans cette affaire. Ainsi, Poutine et Xi Jinping ont-ils appelé au « dialogue et la négociation ». La Russie, quant à elle, minimise la puissance de feu coréenne en ne voyant dans ce tir de missile qu’un tir de « moyenne portée ».

De son côté, le premier ministre japonais, Shinzo Abe, a encouragé les deux présidents à « prendre davantage de mesures constructives ». Le Japon se voit, en effet, directement visé par ce tir de missile puisque ce dernier s’est écrasé à 200 miles nautiques des ses côtes dans sa zone économique exclusive. Le pays du Soleil levant a entrepris depuis 2012 un grand programme de renforcement militaire en vue d’une opposition croissante avec la Chine qui conteste son influence dans la région. Le soutien chinois au régime de Pyongyang est donc un élément supplémentaire dans cette montée dans tensions impérialistes dans la région.

Le régime nord-coréen, bien qu’il apparaisse comme anachronique et caricatural, est une pièce maîtresse dans les enjeux économiques et impérialistes en Asie, une région réputée pour ses ressources en pétrole et en espace de pêche. Ses provocations répétées et ses tirs balistiques ont pour but de provoquer la réaction des États-Unis et de tester la force de leur influence dans la région. Depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, les tensions dans la région se sont renforcées au point qu’un affrontement direct entre la puissance américaine et Corée du Nord soit désormais envisageable. Mais l’influence de la Chine, elle-même en voie de militarisation accélérée, dans la région laisse peut de probabilité à un conflit ouvert. En attendant, la dernière provocation de la Corée du Nord agit comme un révélateur des tensions sino-américaines.




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