Monde

24 mars

Coup d’État argentin. Le PTS et le FIT mobilisent massivement pour le 40ème anniversaire

Publié le 28 mars 2016

Elise Duvel

Ce jeudi 24 mars, l’Argentine commémorait les 40 ans du coup d’État militaire qui a marqué l’avènement de la dictature, l’épisode le plus sanglant de l’histoire du pays. Pendant que Mauricio Macri, le nouveau président de droite, et Barack Obama, « rendaient hommage » aux victimes d’une dictature mise sur pied avec la complicité des Etats-Unis, 100.000 personnes défilaient à Buenos Aires en hommage aux 30.000 disparus et contre le gouvernement à l’initiative de « Encuentro Memoria, Verdad y Justicia ». C’est là que l’on trouvait les colonnes du Parti des Travailleurs Socialistes (PTS) et du FIT.

Le 24 mars, 100.000 personnes ont manifesté jusqu’à la Place de Mai à Buenos Aires ; 50.000 personnes à Cordoba, 30.000 personnes à Rosario, et plusieurs autres milliers de personnes dans tout le pays.

Ni oubli, ni pardon, vérité et justice

Les travailleurs se sont d’abord rassemblés pour célébrer la mémoire de la dictature la plus meurtrière d’Argentine, pour réclamer justice pour les milliers de disparus qu’a laissés derrière elle la dictature. En effet, de 1976 à 1983, durant la dictature militaire en Argentine, près de 30.000 ont disparu, en plus des milliers d’opposants emprisonnés et/ou fusillés. Mais c’est aussi plusieurs centaines de bébés enlevés aux parents disparus et élevés par les familles ou militaires proches du pouvoir.

C’est cette mémoire que les travailleurs ont voulu commémorer, notamment à Buenos Aires, en achevant la manifestation sur la Place de Mai. Cette place est le symbole de la résistance « des Mères de la Place de Mai », cette association des mères argentines qui dès le début de la dictature exigeaient toutes les semaines, par une ronde, le retour de leurs enfants disparus mais aussi des petits-enfants enlevés. Elles se battent encore aujourd’hui pour retrouver ces derniers.

Sebastian, jeune travailleur de FATE (fabrication de pneumatiques), présent lors de cette manifestation raconte la raison de sa présence dans la cortège de l’extrême-gauche : « Je considère que c’est important pour le mouvement ouvrier de ne pas perdre cette mémoire, continuer à exiger la justice et surtout maintenant, avec ce gouvernement qui, il y a quelques jours, a accepté de payer les dettes à toutes les entreprises qui ont participé et appuyé la dictature. Nous devons maintenir la résistance d’hier et d’aujourd’hui. »

Daniel, travailleur de Lear (sous-traitance automobile), déclarait vouloir être sur la Place de Mai plus que jamais « pour défendre la mémoire des 30000 disparus, réclamer justice et vérité, et dire non à l’impunité ».


Une manifestation aux tonalités anti-impérialistes

Les manifestants qui réclamaient justice et vérité revendiquaient également d’une seule voix le départ d’Obama, invité par le gouvernement de droite le Jour de la Mémoire. Pour eux, cette visite du président états-unien est une véritable provocation.

Plusieurs travailleurs ont témoigné leur rejet. Pour Teresa, par exemple, travailleuse d’une entreprise agro-alimentaire Mondelex, « c’est un manque de respect. Ça ne me semblait pas le moment pour mettre des drapeaux américains. Je sais qu’ils le font pour le protocole, mais cela me paraît être une provocation et ils sous-estiment trop le peuple. »

Le coup d’État en Argentine était planifié depuis octobre 1974 et le département de l’État des États-Unis savait qu’il était en préparation un an avant. En 1946, le Département de défense des États-Unis avait fondé l’École des Amériques, implanté dans la zone du Canal de Panama, où s’entraînèrent par la suite les militaires de tous les pays d’Amérique Latine apprenant les techniques de torture et l’art de mater les révoltes.

Des centaines de milliers de latino-américains furent torturés, assassinés, persécutés, portés disparus par le fait d’officiers entraînés dans cette école. Durant tout le XXe siècle, nombre de dictatures militaires furent impulsées par les États-Unis. Tout ceci explique le sentiment anti-impérialiste des manifestants et le rejet de la venue du principal représentant de l’impérialisme : Barak Obama.

Les travailleurs gardent aussi en mémoire les alliances entre la bureaucratie syndicale, le patronat et le gouvernement dictatorial, visant à brider la contestation ouvrière de la base. A l’intérieur de l’usine Ford, par exemple, un centre de détention clandestin dans lequel étaient torturés des opposants avait été mis en place. L’usine servait à l’exploitation des travailleurs mais aussi à torturer tous les militants s’opposant à la dictature.


Protester contre les mesures austéritaires mises en place par le gouvernement Macri

La présence des travailleurs dans le cortège du PTS qui a défilé aux côtés des autres partis intégrant le FIT (Front de Gauche et des Travailleurs) marque un point d’appui solide pour les luttes en cours et pour celles à venir contre l’austérité. En effet, l’arrivée au pouvoir de Macri s’est accompagnée, entre autre, par des mesures de libéralisation mais aussi par un plan de licenciement très important dans le secteur public. De telles mesures signifient un appauvrissement de leurs conditions de vie pour une grande partie de la population. Des mesures anti-sociales accompagnent la libéralisation de l’économie : hausse du prix de l’eau et de l’électricité et diminution des subventions pour les transports en commun ne sont que quelques exemples de la politique menée par l’actuel gouvernement.

C’est pourquoi, les grand-mères, mères, enfants et petits-enfants récupérés, les enseignants, travailleurs publics et privés, étudiants, LGBT, et des milliers d’autres personnes de différents secteurs ont marché ensemble jusqu’à la place de mai, avec le FIT, contre les licenciements, contre la précarisation, contre la répression, contre le paiement des dettes, contre la vente du sol argentin aux multinationales comme Monsanto. Un combat que seule l’extrême-gauche entend mener jusqu’au bout, avec les secteurs combatifs du mouvement ouvrier et de la jeunesse, dans la rue.