Politique

Motion de censure de gauche

Coup d’épée dans l’eau pour les frondeurs. La riposte au 49.3 sera dans la rue et par la grève

Publié le 11 mai 2016

Pierre Reip

A deux voix près, les députés frondeurs et Front de gauche ont échoué aujourd’hui à rassembler les 58 signatures nécessaires pour faire voter une motion de censure « de gauche », après celle déposée mardi par les députés LR et UDI.

Ils avaient haussé le ton hier, les farouches frondeurs, à l’instar de Christian Paul, député de la Nièvre, qui s’était jeté sur les cameras à sa sortie de Matignon pour déclarer que « Manuel Valls [n’avait] visiblement pas envie d’aller vers un compromis » et qu’il n’excluait pas de voter la motion de censure de la droite, « un outil constitutionnel ».

S’en était suivi un échange par twitter interposé avec le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis, affirmant que la « ligne jaune » était franchie, Christian Paul répondant du tac au tac : « Nous discutons sérieusement à cet instant. Ne pas souffler sur les braises svp. ». Et Chassaigne, chef de file du PCF à l’Assemblée, et Mélenchon de déclarer à l’unisson qu’ils appelleraient à voter de toute façon pour la motion de censure de la droite, si la gauche ne parvenait pas à déposer la sienne.

En pleine crise, le PS montrait son visage purulent. L’atmosphère était fiévreuse dans l’Hémicycle, tandis que dehors, séparés du Palais Bourbon par les fourgons de CRS, plus de 2000 manifestant-e-s exprimaient, à l’appel de Nuit Debout, leur détermination à ne rien lâcher face à ce nouveau coup de force d’un gouvernement aux abois.

Mis à mal par la bombe du 49.3 qu’il a décidé lui même d’enclencher, le gouvernement a haussé le ton ce matin, par la voix de Myriam El Khomri, qui a jugé « inconcevable que des députés PS votent la motion de censure ». Et le député vallsien Christophe Caresche, de menacer d’« expulsion » les députés PS qui soutiendraient une motion de censure.

Redoutant d’avoir à suivre les pas des députés Front de Gauche en votant la motion de censure LR-UDI, les frondeurs s’étaient accrochés vaille que vaille à la bouée de sauvetage d’une hypothétique motion de censure de gauche, qui de toute façon ne pourrait pas faire bien mal, puisqu’ils disposent d’un « réservoir de voix » bien moins conséquent que la droite.

A 16h30, il fallait se rendre à l’évidence, il manquait deux signatures pour la « motion de gauche ». Si les frondeurs peuvent parler haut, surtout devant les caméras, ils ne se risqueront pas à faire tomber le gouvernement en joignant leurs voix à celles de la droite. Benoit Hamon et Christian Paul ont annoncé clairement qu’ils s’opposaient au vote de la motion de censure de la droite.

Même si les députés Front de Gauche et les non inscrits votent la motion de censure LR-UDI, il est mathématiquement très peu probable qu’elle passe, puisqu’il manquerait encore 35 voix pour atteindre les 288 nécessaires.

Enième coup d’épée dans l’eau pour les frondeurs, toujours dans une opposition de posture. Rideau. La tactique parlementaire montre encore une fois, s’il le fallait, toutes ses limites. C’est, dès demain, dans la rue et par la grève que se jouera la riposte face au gouvernement et sa tactique du quitte ou double.