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Tribune libre

Coup de gueule d’un cheminot : « le 7 mai, pour moi c’est l’abstention ! »

Face à la poussée de Marine Le Pen, de nombreux électeurs refusent de tomber dans le piège du front républicain et de cautionner la politique ultra-libérale proposée par Macron. Nous relayons ci-dessous la tribune d’un cheminot qui explique son choix de ne pas voter lors de ce second tour de la présidentielle.

Voter ou s’abstenir ?
Voter blanc ou pour l’un des deux candidats ?
Voter pour ou voter contre ?

Faire barrage à l’extrême droite et ainsi avaliser la stratégie du front républicain ou bien s’abstenir dans un profond rejet des deux candidats ?
Tant de questions qui laissent perplexes bon nombre de nos concitoyens aujourd’hui perdus dans le marasme des consignes de vote et des inflexions moralisantes d’une grande partie de la population.
Qui peut s’étonner de voir le Front national accéder une nouvelle fois au second tour d’une élection présidentielle à part celles et ceux qui ne s’intéressent point à la vie politique française.

Soyons certains d’une chose, de surprise il n’y en a point. Partant de ce constat, identifions les causes de l’ascension irrésistible du Front national à chaque élection, qu’elle soit locale, régionale, européenne ou bien nationale.
Cette ascension trouve sa cause première et réelle dans les politiques institutionnelles menées par des gouvernements successifs de droite comme de gauche depuis plus de 30 ans. 
Ces politiques n’ont eu de cesse d’accroître les inégalités, d’accentuer la pauvreté et la précarité, de favoriser l’explosion du chômage de masse, de démanteler les acquis sociaux qui protègent les salariés, de détricoter le Code du travail garant de la sécurité de l’emploi face aux licenciements, d’enrichir les plus riches, de favoriser la spéculation financière et l’évasion fiscale, d’entretenir la corruption des élus, de conforter le système capitaliste en place… en somme, les mêmes politiques néo-libérales qu’à l’échelle européenne et mondiale.
Ce sont bien ces programmes politiques qui, par l’exaspération croissante de la population, créent les conditions d’existence d’un Front national aujourd’hui plus que jamais solidement et durablement implanté dans notre paysage politique. Ce sont ces programmes politiques menés par la droite et la gauche qui sont LES RESPONSABLES de la présence de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle. 

La responsabilité ne peut en aucun cas être imputée à la population seule comme voudrait nous le faire croire nos élites, ces nantis de la politique qui craignent aujourd’hui de voir le monstre qu’ils ont eux-mêmes engendré, s’emparer des rennes du pouvoir, les privant ainsi de leurs postes confortables.
Bien que n’ayant aucune attente quant à la monarchie présidentielle pérennisée par le système électoral, l’offre pléthorique du premier tour ne laissait guère la place ni à l’abstention ni au vote blanc, tant la diversité des programmes correspondait à la diversité de pensée de notre société. 
Ce que l’on a nommément désigné comme étant le besoin du « vote utile » du premier tour ne se justifiait absolument pas, si ce n’est par l’absurdité de mesquins calculs électoraux qui se substitueraient à notre vision idéologique personnelle. Tout ce qu’en somme nous détestons profondément chez celles et ceux qui nous gouvernent. 
 
Mais qu’en est-il du second tour, lorsque les deux candidats restant ne correspondent en aucun point à la vision idéologique et sociétal de notre conception personnelle ? La question même se pose-t-elle ?
Une fois n’est pas coutume, la notion de front républicain est mise en avant par ceux-là même qui ont contribué à alimenter la bête immonde. Ceux-là même qui mènent les politiques économiques et sociales les plus infâmes nous demandent une fois encore de les sauver du pire qu’ils ont alimenté. 
Tomber dans ce piège maintes fois éculé du front républicain, c’est plus que jamais conforter ces politiciens vauriens, principaux responsables de la situation présente, et contribuer à sauver leurs petits privilèges liés à leurs fonctions politiciennes. 
De front républicain je ne vois donc aujourd’hui, plus que jamais, qu’une grande et vaste fypocrisie. 
Il serait utopique de croire combattre le Front national par un vote d’opposition dans l’urne en avalisant un programme politique (celui de Macron) qui contribuera inexorablement à son ascension future (le FN). 
Le combat idéologique passera par une réelle confrontation. L’empêcher c’est repousser l’inévitable et faire grossir aussi bien le nombre que la force de notre adversaire.

Ne vous voilez pas la face, faire du vote Macron un vote d’opposition au Front national implique tout autant une trahison pour toutes celles et ceux qui auront combattu la loi Travail par la grève lors du printemps 2016. C’est faire preuve d’une incohérence manifeste sous prétexte de se donner bonne conscience. La bonne conscience rassure notre égo alors que la cohérence rassure notre intellect, quand bien même elle conduirait au pire. Mais ce pire que vous redoutez tant, nous n’en sommes pas la cause et c’est bien là que se situe la nuance.

Voter Macron c’est faire preuve d’une contorsion cérébrale qui a déjà montré son inefficacité par le passé. C’est, que vous le vouliez ou non, adouber une politique libérale que vous combattrez dès demain dans la rue. C’est panser éternellement les plaies saignantes de notre classe sans jamais faire usage du bon remède. Je ne participerai pas à cette mascarade masochiste, fidèle que je suis à mes idéaux, soient-ils bons ou mauvais.
Petite parenthèse : le positionnement du leader de la France insoumise, JLM, qui ne donne pas de consigne de vote tout en affirmant ne pas voter FN (laissant libre champ au vote blanc comme à l’abstention), reste fidèle aux orientations de ses idées et fait donc sens à l’inverse de celles et ceux qui en appellent à voter pour le candidat d’En Marche !, trahissant ainsi leurs convictions propres. 
Parce que je ne suis pas un pantin, un opportuniste qui change de candidat comme de chaussettes sous prétexte de petit calcul électoral propre à ces professionnels de la politique ; 
parce que je reste intègre et ne dévie pas de ma conscience politique entre deux tours ; 
parce que je suis conscient de l’analyse des causes amenant aux conséquences, je peux donc dire de manière parfaitement assumée que je m’abstiendrai. Je sais qui sont les véritables coupables et je n’ai donc point à culpabiliser.
En quelques mots : qu’ils se démerdent.

Jamais ô grand jamais je ne cautionnerai celles et ceux qui nous ont conduits dans cette situation, tout comme je ne cautionnerai nullement celles et ceux qui demain aggraveront encore plus la propagation et la montée d’un parti politique xénophobe. 

Ne pas prendre conscience de cela dès à présent, c’est faire inconsciemment le jeu de l’extrême droite pour les générations à venir. C’est repousser l’inéluctable au lieu de créer les conditions d’une explosion sociale dès aujourd’hui, pour faire naître demain les conditions favorables d’un changement de société plus humaine, plus solidaire, plus généreuse, plus fraternelle et plus charitable.

NON à l’hypocrisie du front républicain et OUI à l’abstention (ou vote blanc) le 7 mai 2017.