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Notre classe

Le point de vue d'Anasse Kazib

Coupe du Monde : Pourquoi est-il erroné de comparer liesse populaire et lutte de classe ?

Les supporters sont-ils tous des cons ? Anasse Kazib, cheminot et militant syndical, réagit aux différents tweets qui ont inondés les réseaux sociaux comparant la liesse populaire qui a suivi la victoire de l'équipe de France aux manifestations contre les contre-réforme des différents gouvernements contre le monde du travail et la jeunesse.

Je trouve ça absurde les discours gauchistes et moralisateurs, en mode « Les gens sortent pour du foot et ferment leur gueule pour le code du travail ».

Bien sur on peut pointer avec légèreté, les choses par moment, en montrant la récupération politique, le lien entre la liesse d’un match, le bleu blanc rouge, le jacobinisme et le patriotisme à outrance.

Mais penser que ce sont les gens qui sont cons et aiment se faire « niquer » comme certains disent vulgairement, je ne pense pas cela une seule seconde.

N’oubliez jamais que la bourgeoisie a sa police, sa justice, ses médias et sa bureaucratie syndicale... Et oublier cela, en comparant la liesse d’une finale et celle d’une manifestation contre la loi travail, c’est omettre que la bourgeoisie n’intervient pas de la même manière entre une grève et une coupe du monde. Pour la première, elle met tout son appareil pour la réprimer et pour l’autre elle l’encourage pour pouvoir en tirer le plus de profit et se faire oublier le temps d’une tête de Zidane ou un but de Mbappé.

Personnellement, je n’ai jamais vu 20 chaines de télé écrire « Tf1 derrière la CGT », ou encore Jean Luc Reichman présenter les 12 coups de midi avec un gilet Sud Rail. Pourtant je les ai vu le faire pour les bleus.

Je n’ai jamais vu non plus des patrons aménager les horaires de travail pour permettre à leurs salariés de se rendre à une manif. Ou encore faire des challenges « histoire du mouvement ouvrier » à leurs employés. Pourtant je l’ai vu pour faciliter aux salariés de regarder un match, ou de les aliéner pour gagner un maillot de foot.

Le jour ou on va te dire « t’es fou tu supporte l’équipe de France, arrête c’est mal vu tu risque de te faire réprimer », comme ça peut être le cas, pour celui qui veut se syndiquer ou faire grève on en reparlera. Plus facile encore de regarder 4 ou 5 match de 90min de foot, que de construire une grève reconductible en tenant le piquet et les AG tous les matins pendant une semaine ou parfois 3 mois d’affilé.

Je n’ai jamais vu BFM TV faire 24h d’antenne pour faire le tour des usines et demander aux travailleurs leurs impressions sur une réforme. Pourtant je l’ai vu faire pour la finale.

Je n’ai jamais vu non plus BFM titrer « Les bleus prennent en otage les français » , par contre je l’ai vu pour les cheminots.

Enfin je n’ai jamais vu un gouvernement annuler une réforme pour n’importe quel événement. Pourtant j’ai vu Martinez de la CGT en 2016 dire qu’il ne souhaite pas qu’il y ait grève durant l’Euro, j’ai vu Berger de la CFDT, suspendre une grève pour le BAC ou les vacances.

Et je pourrais faire toute la liste de ce qui fait, qu’il est plus facile de remplir un boulevard pour un match que pour une réforme.

Pourtant je vous l’assure les travailleurs-ses, même s’ils s’adonnent à la passion du foot, ne sont pas cons et je m’en-foutiste des attaques libérales. En 1945 ils étaient dehors pour la fin de la guerre et ça n’a pas empêché les grèves monstrueuses de 1947, ni même quelques années en 1968 face à De Gaulle.

Je me dis que d’un coté cette liesse, témoigne d’une grande frustration de notre classe qui subit chaque jour, et qui, lors d’événements comme celui là extériorise et profite comme si tout était possible le temps d’une soirée, de se jeter dans la seine, monter sur des bus, danser dans les rues... Ça montre à quel point notre classe éprouve un besoin de liberté de joie de solidarité, en somme de s’émanciper contre une bourgeoisie qui l’exploite et l’empêche de VIVRE.

En conclusion je pense qu’il faut condamner la récupération par la politique bourgeoise, patriote de cette coupe du monde, en mode bleu blanc rouge, le coq, la marseillaise et le rosé. Mais voir pourquoi et comment faire pour que cette liesse ne soit pas que lors des match, mais pour une révolution prolétarienne, un nouveau mai 68 mais qui celui là ira jusqu’au bout et se battra contre la bureaucratie syndicale qui préfère aujourd’hui faire un front uni avec le patronat.

Voila en tout cas mon sentiment sur la situation, il va falloir que nous trouvions le remède contre chaque maladie qui nous fait reculer et perdre depuis des décennies maintenant.

Crédits photos : LUCAS BARIOULET/AFP




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