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Société

Pour éteindre la révolte suite à l'agression de Théo

Couvre-feu sur les transports dans le 93. Une méthode de division et d’intimidation de la part de l’Etat

N. Suite à l’agression et au viol de Théo le 2 Février, aucun bus ni tramway n’a circulé durant trois jours en Seine-Saint-Denis (93) à partir de 22h. Une décision appliquée du jeudi 11 au samedi 13 février et qui témoigne de la manière dont l'Etat français considère ces quartiers populaires.

Dans une lettre adressée ce lundi au ministre de l’intérieur Bruno Le Roux, Valérie Pécresse, présidente (LR) du conseil régional d’Ile-de-France accuse « l’autorité préfectorale » d’être responsable de cet arrêt de service des transports publics dans le 93. La préfecture de Seine-Saint-Denis et de Paris assurent « ne pas être à l’origine de cette initiative ».

C’est la RATP qui, par la suite, a reconnu avoir mis en place cette « mesure de précaution » en faisant rentrer au dépôt les bus et tramways à partir de 22h. Une décision dont l’auteur n’est pas encore identifié et qui n’a pas été communiquée ni aux élu.es ni aux usager.es. « Les maires n’ont pas été prévenus ce qui est regrettable, car nous aurions pu mettre en place des navettes municipales à destination des gares RER, » s’insurge Sylvine Thomassin, maire (PS) de Bondy. « D’autant que beaucoup de gens travaillant notamment dans les métiers de services comme le ménage, la restauration ou la garde d’enfants ont des horaires décalés. »

De son côté, Philippe Dallier, maire (LR) des Pavillons-sous-Bois regrette l’ampleur d’une telle décision. « Même durant les émeutes de 2005 avec des situations plus dramatiques qu’aujourd’hui, il n’y avait pas eu de suspension des transports RATP en soirée sur l’ensemble du territoire, » pointe-t-il. « On fait payer l’ensemble des habitants du département pour quelques casseurs ». Il s’agit donc bien d’une politique cherchant à pénaliser la population pour l’expression d’une violence légitime. La punir pour faire taire cette voix dissidente et monter les « travailleur.ses » contre la jeunesse révoltée.

Pour Nicolas Bay, Secrétaire général du Front National, les quartiers populaires du 93 « sont des zones de non-droit, de non-France, où les lois de la République ne s’appliquent plus ». Une vision bien particulière de la réalité de ces quartiers ségrégués où les services publics sont à l’abandon, où le chômage est un des symptômes, où être considéré comme un.e « bamboula est encore convenable » selon la police. Cette réalité que vivent les habitant.es de Seine-Saint-Denis et notamment la jeunesse qui subie au quotidien les provocations, insultes, violences et attouchements lors des contrôles aux faciès. 

La réponse de Madame Pécresse aux prétendues « agressions des personnels et des voyageurs » « pris en otage par des bandes » est d’« augmenter les effectifs de sécurité des opérateurs de transports et accéléré la couverture en vidéo-protection du réseau (…), la rénovation des commissariats de police et des casernes de gendarmerie » dans sa région. Les bus et tramways fonctionnent de nouveau normalement dans le département depuis dimanche, à l’exception du T8, que la RATP annonce lundi soir « interrompu entre Epinay - Orgemont et Rose Bertin » pour « raisons de sécurité ».

A petite échelle, cet arrêt des bus et tramway, qui a dû alourdir la journée de travail des habitants de Seine-Saint-Denis, est un symbole de la politique menée par les classes dominantes dans les quartiers populaires : exploiter, ségréguer, diviser pour mieux régner.




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