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Politique

Renforcement de l’État policier

Création d’une « task force » anti-terroriste aux ordres de Macron

C'est une mesure qui va de pair avec l'intégration de l'état d'urgence dans le droit commun. La création d'un Centre national du contre-terrorisme sous l'autorité directe du président est une mesure de plus renforçant les prérogatives de l’exécutif.

Crédit Photo : LP/Olivier Arandel

Un Centre national du contre-terrorisme sous l’autorité de Macron

Ce mercredi, Macron a révélé un projet de loi visant à « renforcer la lutte contre le terrorisme et la sécurité intérieure ». Ce projet vise à intégrer une partie des mesures exceptionnelles permises par l’État d’urgence dans le droit commun et marque un tournant autoritaire et sécuritaire important de l’État français. A titre d’exemple, des assignations à résidence, des perquisitions administratives ou encore des fermetures de lieux de culte pourront continuer à être décidées par les préfets, comme c’est le cas actuellement sous l’état d’urgence, sans aucune intervention du pouvoir judiciaire. Les prérogatives des services dépendant du ministère de l’Intérieur s’en trouvent ainsi considérablement renforcées, et ce de manière permanente.

Parmi ces mesures sécuritaires, la création d’une « task force » anti-terroriste pour « décloisonner » les différents services de renseignement français. Ce centre national du contre-terrorisme (CNCT) aura notamment pour but de coordonner la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure) et la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure). Cette cellule a peu ou proue la même mission que l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat), créée en 1984, et rattachée au ministère de l’Intérieur. La particularité du nouveau CNCT est qu’il est rattaché directement à l’Élysée, en lien permanent avec le président et placé sous son autorité directe.

Avec ce projet de loi, Macron s’octroie donc le rôle de numéro un de la « lutte anti-terroriste », avec cette cellule de « coordination stratégique » directement basée à l’Élysée. Une annonce qui au premier abord semble s’apparenter à un coup médiatique, au lendemain de l’attaque d’un policier sur le parvis de Notre-Dame, mais qui en réalité renforce les traits bonapartistes du nouveau chef d’État. Ces mesures sont en effet un pas supplémentaire dans l’attribution des pleins pouvoirs à l’exécutif, au détriment de l’appareil judiciaire. Et le fait que ce soit Macron qui dirige les opérations, et non pas Édouard Philippe, vise à renforcer les caractéristiques de chef de guerre du nouveau président, qui concentre tous les pouvoirs.

Un chiraquien de la première heure à la tête de cette nouvelle officine

Le CNCT sera installé au sein de la Coordination nationale du renseignement (CNR), et a la tête de ces services a été nommé Pierre de Bousquet de Florian, ex-numéro 1 de la DST sous Jacques Chirac (de 2002 à 2007). La DST a été fusionnée avec les renseignements généraux par Sarkozy, afin de former l’actuelle DGSI, sur le modèle des services de renseignement américain. De Bousquet de Florian, ayant enquêté sur l’affaire Clearstream mettant en cause Nicolas Sarkozy, il avait par la suite été momentanément écarté par ce dernier.

Le nouveau patron de la « task force », ces dernières années, a été successivement nommé préfet des Hauts-de-Seine, du Pas-de-Calais, de la Haute-Normandie, puis du Languedoc-Roussillon. Récemment, il était devenu le dirigeant du Civipol Conseil, société publique dont le rôle est « d’exporter à l’étranger le savoir-faire du ministère de l’Intérieur ». Ce membre de la vieille noblesse française n’est donc pas novice en termes de surveillance et de répression.

Pour quels résultats ?

Le rôle de coordination du CNTC ne semble pas être une nouveauté, puisqu’il s’inspire de l’Uclat vieille de 30 ans et regroupe des représentants de différents services de renseignement déjà existant ainsi que des analystes. Le grand changement, en revanche, réside dans le rôle prépondérant que va y jouer le président et l’écartement de fait de l’autorité judiciaire. Cette mesure s’inscrit en effet dans un ensemble plus large qui marque un indéniable virage répressif et autoritaire de l’État.

A titre de rappel, l’état d’urgence et la « lutte anti-terroriste » ont avant tout été le prétexte à une répression féroce des quartiers populaires et des militants, comme lors de la COP21. Avec ces dernières mesures, le gouvernement Macron cherche avant tout à renforcer et légitimer son arsenal ultra-sécuritaire. Car le prétexte de la « lutte anti-terroriste » est bien hypocrite, alors que l’impérialisme français pille et bombarde le Moyen-Orient, créant le terreau fertile au développement de groupes réactionnaires comme Daesh.




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