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Société

Attentat antimusulmans

Créteil. Un homme en 4x4 attaque les fidèles de la mosquée Sahaba

Jeudi 29 juin à 18h30, un homme au volant d’un 4x4 a foncé à plusieurs reprises sur les barrières et alentours de la mosquée Sahaba à Créteil. Les quelques centaines de fidèles sortant de la troisième prière quotidienne ont pu sauver leur vie. Alors, fait divers ou attentat ?

Photo : GONZALO FUENTES / REUTERS

« On a évité le pire »

Au volant d’un 4x4, un homme a foncé à plusieurs reprises dans les plots et barrières qui entourent la mosquée. Ne parvenant pas à passer au travers, il s’est détourné, a heurté un terre-plein puis a pris la fuite.

Selon le recteur de la mosquée et président de l’Union des associations musulmanes de Créteil, Karim Benaïssa « Des fidèles l’ont évité. On a frôlé le pire, à une minute près,. C’est à cette heure-ci que les fidèles sortent de la troisième prière de la journée. Cela représente quelques centaines de personnes. »

« Profil psychiatrique »

L’homme a été Identifié par la Police, il aurait 43 ans et serait de nationalité arménienne. Il a été Interpellé à son domicile le soir des faits. Le parquet a annoncé la levée de la garde à vue ce vendredi à 18h sous prétexte que l’homme aurait un « profil psychiatrique ». Hospitalisé deux fois en 2006 et 2007 pour cause de schizophrénie, il serait toujours sous traitements médicaux.

Pour la Police et le Parquet, c’est son dossier médical qui sert en premier lieu d’explication à son geste. On peut ainsi lire sur le Communiqué de la Préfecture que l’auteur de l’attaque aurait tenu des « propos délirants et incohérents ». Vraiment ?

« Référence aux attentats »

Sur place, les témoins font état des propos de l’homme, que la Préfecture qualifie de « confus ». Pourtant, ils ont semblé suffisamment clairs pour comprendre que l’attaquant faisait « référence aux attentats ».

Par ailleurs, l’homme était assez stable psychologiquement pour préméditer son geste, comme l’explique M. Benaïssa : « Cette personne a repéré les lieux, c’est d’une gravité extrême ». En effet, des fidèles témoignent avoir vu l’homme, la veille de l’attaque, venir
« déposer des fleurs sur une plaque à la mémoire des enfants arméniens, en face de la mosquée ».

Le « profil psychiatrique » de l’attaquant sert ainsi surtout à masquer le caractère éminemment politique du geste.

Attentats à deux vitesse

Alors que les médias s’empressent à chaque attaque contre des policiers ou des institutions de crier sur les chaînes que l’assaillant aurait hurlé « Allah Akbar ! », affirmant dans la foulée un acte terroriste, quitte à démentir ensuite, on assiste ici à une timidité bien orchestrée pour qualifier le crime.

C’est ainsi que le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) dénonce « l’euphémisation de ces agissements terroristes » dans un communiqué. « La qualification d’attentat ou de tentative d’attentat terroriste échoit-elle uniquement aux groupes violents se prétendant de référence islamique ? »

Prégnance des actes antimusulmans

Si certains hauts-placés ont beau jeu de plaindre l’assimilation faite par des « individus » entre Islam et terrorisme, l’attentat perpétré ce jeudi à Créteil illustre bien d’où cet « amalgame » prend racine. Plus qu’un racisme individuel, il est bel et bien orchestré par les Institutions judiciaires et policières lorsque celles-ci jouent du deux poids deux mesures dans la prise en charge des différentes attaques.

« Attentats » à tout va contre des policiers ou des églises, et « déséquilibré psychiatrique » contre des mosquées. Mais si cet acte résulte d’une instabilité personnelle, comment expliquer alors la redondance des cibles ?

Peu après les attentats du 13 novembre 2015, cette même mosquée avait été recouverte de croix et marques peintes en rouge sang. L’attaque de ce jeudi rappelle également froidement celle qui a frappé le 19 juin dernier la mosquée de Finsbury Park, dans le nord-est de Londres. Un homme au volant d’une camionnette avait alors foncé dans les fidèles qui sortaient après le repas de rupture du jeûne. Un mort, onze blessés.

Deux exemples parmi les nombreux qui constituent l’augmentation des actes antimusulmans en France, comme l’a encore démontré le CCIF dans son rapport de janvier 2017.

Au-delà des « déséquilibrés », on se souvient des faits les plus marquants de la main même des policiers qui ont forcé une femme à se déshabiller sur la plage, lors de l’été 2016, en pleine campagne médiatique contre le burkini. Des attentats antimusulmans donc, bel et bien nourris par les Institutions.




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