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Crise au Qatar, ingérence russe. Trump dans l’œil du cyclone

Le début de mandat de Donald Trump n’a rien d’un long fleuve tranquille. Alors que le scénario d’une destitution est aujourd’hui ouvert, le président américain peine à imposer ses promesses les plus réactionnaires et se trouve en difficulté sur le plan international.

Une situation « interne » qui se détériore pour Donald Trump

Qualifier le début de mandat de Donald Trump de « difficile » serait un doux euphémisme. Mis à part sur le dossier de la remise en cause de l’« Obamacare », qui va dans le sens de l’aspiration des classes dominantes états-uniennes, force est de constater que les réformes les plus réactionnaires promises par Trump lors de la campagne présidentielle sont rendu difficilement applicables par une résistance forte, sur le plan institutionnel. Très vite, certaines villes influentes (San Francisco, Los Angeles, New York etc.) se sont déclarées « sanctuaires » contre les dispositions ouvertement xénophobe de l’administration Trump. D’autres exemples sont parlant, comme lors de l’annonce de la sortie des Etats-Unis de la COP 21.

Soyons clair, il ne s’agit pas d’une opposition « humaniste », mais plutôt une opposition aux politiques de Trump jugé comme potentiellement néfaste pour les intérêts immédiats de frange significatif du grand patronat américains.

Mais plus encore que les difficultés vis-à-vis des réformes voulues par Trump, c’est bien évidemment la crise ouverte par l’affaire des ingérences russe lors de l’élection américaines - un sujet ô combien sensible aux Etats-Unis – et la mise à pied de l’ex-directeur du FBI qui ouvre la possibilité d’une destitution de Donald Trump. Alors que jeudi dernier,le grand oral de James Comey devant le Sénat a constitué un coup très fort contre le président en exercice, et cette crise pourrait encore s’approfondir puisque, à la surprise générale, Jeff Sessions, actuel ministre de la justice, a annoncé qu’il allait témoigner devant le Sénat ce mardi !

Sur le plan international, une situation délicate pour Trump dans le Golfe sous fond de crise d’hégémonie de l’impérialisme des Etats-Unis

Il est de notoriété publique que l’explosion de l’actuelle crise qui secoue le Golfe est en grande partie de la responsabilité de Donald Trump. En effet, si les tensions dans cette région ne sont évidemment pas nouvelles, le soutien militaire et politique du président américain à l’Arabie Saoudite – dans l’optique d’une hausse de ton envers l’Iran – aura profondément bousculé les lignes. La victime principale, pour l’heure, de cette reconfiguration est bien évidemment le Qatar, un pays par ailleurs allié stratégique des Etats-Unis dans la région. Le bilan est que non seulement un bloc anti-Qatar/Iran s’est cristallisé, mais désormais un bloc plutôt favorable à l’Iran autours de la Turquie pourrait voir le jour.

Face à cette hausse significative des tensions, les Etats-Unis fait pour l’heure preuve de son déclin hégémonique partiel sur le plan international. Bien évidemment, la puissance impérialiste nord américaine n’est pas face au risque de perte de leadership, mais son autorité quelque peu érodé, et ses échecs militaires répété ces dernières années, s’exprime au travers d’une position sur le dossier qatari qui amène à des déclarations contradictoires. Une situation qui permet à l’Arabie Saoudite d’envisager une intervention militaire. L’ensemble de ces coordonné sont un camouflet énorme pour Trump, qui pour faire face aux difficulté de son début de mandat s’est jusque là montré extrêmement virulent sur le plan militaire, la déferlante de bombe sur la Syrie, l’affaire de « la plus grosse bombeconventionnelle du monde » largué sur l’Afghanistanou encore l’opération militairecontre la Corée du Nord en sont des exemples significatifs. Une figure de chef de guerre qui prend du plomb dans l’aile puisque Trump, qui souhaitait mettre la pression sur l’Iran mais vois, par sa manœuvre, l’un de ses principaux alliés dans la région en grande difficulté, apparaît avant tout comme certes un chef de guerre brutal, mais aussi un bien piètre stratège.

Une situation de crise qui polarise et divise les classes dominantes états-uniennes

On le sait, et même si Donald Trump ne représente pas un danger vital pour les intérêts des classes dominantes états-uniennes, Hilary Clinton était la candidate souhaité par de larges franges du patronat nord-américains. Avec un début de mandat difficile, et l’affaire de l’ingérence russe en est un symptôme important, les classes dominantes sont pour l’heure partagées : entre le risque d’une instabilité politique, sociale et économique qu’entrainerait une destitution de Donald Trump et le scénario d’une poursuite de la politique extrêmement brutale du président américain… qui pourrait amené à une instabilité politique, sociale et économique ! En d’autre terme, la question qui divise actuellement les classes dominantes états-uniennes est « quel est le meilleur scénario possible », ou tout du moins « le moins pire ».

L’ouverture d’une profonde crise dans les pays du Golfe est un nouvel élément à rajouter à l’équation, et qui bien évidemment donne de l’eau au moulin des franges de la bourgeoisie nord-américaine favorable à un scénario de destitution. Pour l’heure, l’inconnu réside avant tout sur l’enracinement ou non des tensions, voire de leur exacerbation. Qu’on se le dise, Donald Trump est aujourd’hui dans l’oeil du cyclone, et l’évolution de la situation aux Etats-Unis auront bien évidemment des conséquences profonde à échelle mondiale.




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