Politique

A l’approche des présidentielles

Crise du PS, primaire à gauche, Hamon et Montebourg en embuscade

Publié le 20 août 2016

Après avoir remporté les élections en 2012, l’institution PS est aujourd’hui en crise profonde. Entre fonte des effectifs, rejet profond et guerre des chefs déjà en marche, l’élection de 2017 pourrait s’annoncer, sauf surprise des « frondeurs », comme une véritable déroute pour le parti gouvernemental.

Julian Vadis

Le Parti socialiste, ou ce qu’il en reste ...

Sur fond d’anti-sarkozysme, l’année 2012 s’était révélée être un grand cru pour le parti socialiste. Outre la conquête du trône élyséen par François Hollande, le PS se retrouvait avec les rênes des principales institutions du pays : Assemblée nationale, Sénat mais aussi une majorité des régions et des municipalités. Depuis, les socialistes ont systématiquement reculé dans toutes les élections intermédiaires, adoptant par la force ses contre-réformes phares telles que la loi Macron ou la loi travail à grand coup de 49.3, ne trouvant de bol d’air politique, ne serait-ce que pour quelques mois, qu’au lendemain des attentats de janvier et novembre 2015 sous perfusion d’état d’urgence. Des accalmies bien moins profitables pour l’exécutif lors des attentats de l’été, où l’inefficacité de ces dispositifs dans le cadre de la lutte anti-terroriste - à contrario de leurs utilisations à outrance pour matraquer le mouvement social - a largement limité l’impact. Si une vague rose avait déferlé sur l’hexagone, 4 ans plus tard le reflux est quasi total, en attendant 2017 et la très probable perte de la présidence de la République. Pire, au moins 40 000 adhérents, à minima, ont depuis rendu leurs cartes, ce qui représente près d’un tiers des cotisants du parti en 2012 ! Indéniablement, il s’agit là d’une des crises les plus profondes de l’histoire de la formation socialiste. Un vaste champ de ruines, en somme.

Crise du PS. Que va-t-il sortir de la « primaire de la gauche » ?

En juin dernier, le PS annonçait l’annulation de son université d’été, craignant des manifestations hostiles d’opposants à la loi travail, qui regroupent en grande partie l’électorat ayant amené Hollande au pouvoir en 2012. L’absence de contestation de cette décision au sein même du parti, qui pourrait sembler être un refus du débat dit démocratique, a en réalité contenté les opposants à Hollande, dont les « frondeurs ». En effet, dans le même temps, Cambadélis a finalement, poussé par la pression et la crise profonde dans laquelle s’enferre l’exécutif, accepté la tenue de « primaires de la gauche », de quoi contenter les opposants, et notamment les « frondeurs », déjà largement occupés à jouer au jeu de l’opposition formelle à la loi travail et des motions de censures toujours loupées de très peu. Quoiqu’il en soit même si Hollande ressort vainqueur de ces primaires, ce qui semble peu probable, le spectre de se retrouver en quatrième position de l’élection, derrière le Front National, les Républicains et Jean Luc Mélenchon est une hypothèse fortement possible. Hollande, président sortant pourrait bien ne pas en prendre le risque pour ne pas finir dans les poubelles de l’histoire.

A la gauche du parti, les frondeurs tentent de se distancier un maximum du bilan d’Hollande, tout en évitant soigneusement le sujet du « non » vote lors de la présentation des différentes motions de censure au moment des 5 mois de lutte contre la loi travail. Certains, à l’image de Benoît Hamon, tirent à boulets rouges sur le gouvernement Hollande. Emmanuel Macron, bien que non membre du PS, a tenté de doubler tout son monde en lançant son mouvement En marche. La même stratégie a été de mise pour Cambadélis, avec sa Belle alliance populaire. Dans les deux cas - outre le fait que tous deux devraient sérieusement songer à remplacer leur conseiller en communication, tant la qualité des noms donnés à ces deux formations n’ont d’égal que leur degré d’opportunisme populiste - les résultats sont pour l’instant peu probants. Dans un autre registre, Manuel Valls prend son mal en patience, attendant la chute programmée de l’institution PS pour se poser en « reconstructeur ». Mais son isolement au sein du parti rend l’issue ici aussi improbable. Autant dire que la crise profonde de la formation socialiste n’en est qu’à ses débuts.

La primaire pour 2017. Qui pour entrer dans l’arène ? La guerre est déclarée !

« On vit en monarchie républicaine. C’est incroyable qu’un président de la République puisse imposer une loi sans vote ! » a déclaré Benoit Hamon ce vendredi, au lendemain de l’annonce de sa candidature pour les primaires aux présidentielles, lors de laquelle il a réaffirmé sa volonté d’abroger la loi travail s’il était élu. Jugeant que le président sortant « n’est pas le bon candidat car dans beaucoup de domaines, l’économie, le social, il n’a même pas essayé une politique de gauche », l’ex-ministre a poursuivi sa charge : « Je crois fondamentalement que la capacité de François Hollande à réunir sa famille politique est émoussée, je pense qu’il est trop tard pour lui aujourd’hui. Il est trop tard pour qu’il recrée une relation de confiance avec son électorat. Et puis, quel est son projet ? ». Le ton est donné et tout est bon pour tenter de capitaliser sur un terrain institutionnel les cinq mois de lutte de classe contre la loi travail.

En attendant l’annonce de Montebourg, qui devrait être lui aussi candidat à la primaire, d’autres figures de l’aile gauche du PS sont déjà dans les starting blocks : Gérard Filoche et Marie-Noëlle Lienemann entre autres. Sans une base sociale suffisante au sein de son propre parti, François Hollande est dans la quasi obligation de passer par la case primaire, mais il est clair que cette situation a ouvert une véritable boîte de Pandore. En effet, c’est bien une VI° République que les Montebourg, Filoche and co ont en ligne de mire, sans parler d’un Jean-Luc Mélenchon qui en a fait un cheval de bataille depuis longtemps. Cela étant, l’heure est aujourd’hui à une bataille sans merci pour incarner une solution sur la gauche du gouvernement, Aubry pour sa part a déjà jeté l’éponge. Un SMS a fuité dans la presse, où des proches de Benoît Hamon ont envoyé à des journalistes : « 9 à 10 députés pour Montebourg, dont Christian Paul, 22 pour Hamon. Les frondeurs ont choisi !!! » Réponse de l’entourage de Montebourg : « On verra bien qui sera à Frangy », en référence à l’événement politique de l’ex-ministre censé lancer sa candidature. Une chose est sûre, jusqu’aux résultats des primaires, la guerre va faire rage. Et il s’agit là d’une expression manifeste d’un état de crise avancé pour le PS, au bord de l’explosion et ou les égo passent à l’offensive pour apparaître comme sauveurs. Une reprise du mouvement social contre la loi travail et la politique sécuritaire du gouvernement en septembre pourrait bien reprendre de plus belle.